Près de 200 habitants de la Vallée de la chimie ont assigné en justice les entreprises Arkema et Daikin, responsables de rejets massifs de polluants éternels, dits PFAS, au sud de Lyon. Ils réclament 36 millions d’euros en réparation de préjudices.
Près de 200 riverains de la Vallée de la chimie, au sud de Lyon, ont assigné en justice deux groupes émetteurs de polluants éternels (PFAS), réclamant plus de 36 millions d’euros en réparation de préjudices, a-t-on appris samedi auprès d’une des associations accompagnant les requérants.
"C’est la plus importante action civile en justice d’Europe", a déclaré à l’AFP Emma Feyeux, juriste pour l’association Notre affaire à tous, à l’origine de l’assignation déposée contre Arkema et Daikin Chemical, jeudi, avec trois autres associations (Eau bien commun Lyon-Métropole, Sauvegarde des Coteaux du Lyonnais et Sauvegarde de la vallée de Francheville). "Nous reprochons aux deux groupes d’avoir déversé 3,5 tonnes de PFAS par an dans le Rhône, ce qui a abouti à une contamination généralisée du territoire, alors qu’ils avaient connaissance des risques liés à ces molécules depuis les années 90", a-t-elle affirmé. Au total, 192 requérants, dont 25 mineurs, réclament chacun 190 000 euros, soit 36,5 millions d’euros.
L’assignation devant le tribunal judiciaire de Lyon vise "une diversité de préjudices", selon Emma Feyeux. D’abord les conséquences sur la santé : cancers, dysfonctionnements hormonaux, cholestérol, puberté précoce, retards de grossesse, etc. Un deuxième préjudice concerne l’aspect psychologique avec "le stress et l’anxiété liés au fait de découvrir une telle contamination". Enfin, il y a un "préjudice de jouissance", car les habitants de la zone ne doivent plus consommer d’eau, d’œufs de leurs poules ou de produits de leur jardin.
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Les industriels se défendent
Daikin Chemical France (DCF) a dit avoir "pris connaissance de l’assignation" et analyser "son contenu". Le groupe "défendra ses intérêts dans le cadre de cette procédure" et assure qu’il met "tout en œuvre depuis plusieurs années pour produire de manière responsable et maîtriser son impact sur l’environnement, à travers des actions concrètes et continues". De son côté, Arkema n’a pas souhaité commenter "une affaire en cours".
Les PFAS ou substances per- et polyfluoroalkylées sont surnommés polluants éternels car ils sont quasi indestructibles une fois rejetés dans l’environnement. Les groupes français Arkema et japonais Daikin en utilisent depuis des années dans leurs usines de la Vallée de la chimie, à Oullins-Pierre-Bénite, zone répertoriée à ce stade comme une des plus polluées aux PFAS en France et où vivent quelque 200 000 personnes.
Une enquête judiciaire est en cours après des plaintes de mairies de la région, associations et citoyens pour "mise en danger de la vie d’autrui" ou "écocide". La justice, saisie au civil par la Métropole de Lyon, a par ailleurs ordonné une expertise indépendante pour évaluer la responsabilité historique des industriels dans cette pollution.
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