"La situation n’est plus tenable, elle est devenue incontrôlable." Le constat est sans appel pour Alain Barberis, secrétaire départemental du Rhône du syndicat Alliance Police nationale. Face à la montée des violences criminelles dans la métropole lyonnaise, le syndicaliste décrit une réalité marquée par le narcotrafic, les règlements de comptes et un manque criant de moyens humains.
Selon lui, les violences criminelles auraient augmenté de plus de 15 % sur un an, dans l'agglomération. "On est passé sur du narcotrafic, voire du narcoterrorisme. Toutes les semaines, il y a des tirs, des homicides, des tentatives d’homicide", déplore-t-il, évoquant même des mutilations utilisées comme moyen d’intimidation dans des guerres de territoire.
Une analyse qui trouve un écho dans l’actualité récente. Dans la nuit du 18 au 19 janvier, cinq hommes, dont quatre ressortissants colombiens, ont été interpellés à Lyon alors qu’ils étaient lourdement armés. Les suspects, arrêtés près de la gare de Perrache, sont soupçonnés d’avoir été envoyés pour participer à un règlement de comptes lié à des réseaux de trafic de drogue. Plusieurs armes et munitions ont été saisies, laissant penser à une action imminente.
Pour Alain Barberis, cette affaire illustre la transformation de la criminalité locale : "on fait face à une délinquance de plus en plus organisée, structurée, avec parfois des réseaux internationaux." Il dénonce également l’insuffisance d’effectifs dans la police nationale, estimant qu’il manquerait au moins 300 policiers dans la métropole pour atteindre un niveau minimal de fonctionnement. À Lyon, environ 3 000 policiers nationaux seraient actuellement en poste, un chiffre jugé insuffisant au regard de l’ampleur des missions.
Cette pénurie a des conséquences directes sur le suivi des enquêtes. "Faute de moyens humains, de nombreuses procédures ne peuvent pas être traitées et finissent en classement sans suite", regrette-t-il, parlant d’une forme d’"impuissance publique" qui pénalise avant tout les victimes.
Dans ce contexte, le syndicat Alliance appelle à une marche citoyenne le 31 janvier au départ de la place Maréchal-Lyautey, afin d’alerter élus et citoyens sur la situation sécuritaire. L’objectif : obtenir des moyens supplémentaires, mais aussi remettre la question de la sécurité au centre du débat politique local, alors que plusieurs candidats aux municipales proposent la création d’une police métropolitaine des transports.
Entre discours d’alerte syndicale et faits divers spectaculaires, la question du narcotrafic s’impose désormais comme l’un des enjeux majeurs de la sécurité à Lyon.
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La retranscription intégrale de l'entretien avec Alain Barberis
Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Alain Barberis, bonjour. Alain Barberis, vous êtes secrétaire départemental du Rhône Alliance Police nationale. Le 31 janvier, à l’appel de votre syndicat, il va y avoir une grande marche au départ de la place Maréchal-Lyautey, dans le 6e. Je lis votre communiqué : « La France s’enfonce dans l’insécurité. Pendant que la criminalité s’organise, se structure et se radicalise, l’État recule. » L’insécurité, pour vous, on n’est pas dans le sentiment d’insécurité, on est bien dans l’insécurité. Donnez-moi deux ou trois chiffres, puisque les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Déjà, ce que je peux vous dire, c’est que sur l’année 2025, on a une augmentation de plus de 15 % sur les violences criminelles, par rapport à Marseille, sachant que Marseille a plus d’effectifs de policiers qu’à Lyon, donc cela n’échappe à personne. Lyon et sa métropole, qui est la deuxième plus grande agglomération de France après Paris, aujourd’hui, on a basculé sur du narcotrafic, sur du narcoterrorisme. On a, toutes les semaines, des tirs, des homicides, des tentatives d’homicide. On a même eu des mutilations, entre guillemets, pour intimider, sur des guerres de territoire. Donc la situation est plus que critique et cela fait partie de ce pour quoi on appelle en effet les élus, les citoyens, les associations, les entreprises, tout le monde, à venir soutenir les policiers à cette marche citoyenne le 31 janvier, parce que la situation n’est plus tenable, elle est incontrôlable. Les policiers vont de partout, font leur travail du mieux possible.
Alors vous parlez d’insuffisance d’effectifs. C’est vrai que c’est un discours qui revient depuis plusieurs années, ce n’est pas nouveau. Mais aujourd’hui, si on doit faire un panorama de la police nationale dans la métropole de Lyon et de la police municipale à Lyon, quels sont les chiffres ?
Je parlerai plus de la police nationale. De ce que je sais, c’est qu’on a un peu moins de 3 000 gardiens de la paix, policiers sur Lyon, également Givors et Villefranche-sur-Saône, ce sont deux circonscriptions qui dépendent de la police nationale. La police municipale, je crois qu’elle est aux alentours de 350 policiers municipaux, à vérifier avec la mairie de Lyon. Mais je vais reprendre simplement l’article de presse de monsieur Retailleau, qui a été ministre de l’Intérieur, rappelez-vous, il y a moins d’un an, qui a eu le courage de dire qu’il manquait plus de 300 policiers, et notamment des officiers de police judiciaire, des enquêteurs dont on a besoin pour…
Donc pour vous aussi, il manquerait environ 300 policiers ?
Mais pour être à peine à un niveau de ce qu’on devrait déjà être depuis quelques années. Mais là, en plus, on a une ultra-violence du quotidien, en plus du narcoterrorisme, qui est catastrophique aujourd’hui sur Lyon et sa métropole, oui.
Alors, vous parlez aussi de moyens inadaptés, sans protection juridique réelle. Vous parlez d’impuissance publique et du fait que les victimes sont oubliées. Pour vous, l’impuissance publique est vraiment une réalité ?
Oui, il y a une forme d’impuissance qui est clairement là. On a des milliers de procédures, pour ne pas dire beaucoup plus, sur le territoire, où les victimes, malheureusement, faute de moyens humains, faute d’enquêteurs, encore une fois, ne peuvent pas voir leurs procédures traitées. Donc ce seront des classements sans suite. Ce n’est pas nouveau, mais cela ne fait que s’aggraver d’année en année.
On parlait de policiers municipaux et de policiers nationaux. Vous êtes le représentant dans le Rhône de l’Alliance nationale. Quelle est pour vous la position sur la relation entre police nationale et police municipale à Lyon ?
On a une proximité sur le terrain déjà. Les policiers municipaux font également du flagrant délit, ce qui fait que nos enquêteurs derrière doivent traiter. Pour autant, c’est une difficulté. Ils font leur travail : s’ils constatent un flagrant délit et qu’une personne se fait agresser, ils sont là, bien sûr qu’ils vont faire leur travail. Après, ils ont aussi leurs propres prérogatives : police de proximité, police du maire. La police nationale, c’est la police d’État, la police régalienne. Elle est là aussi pour protéger, au-delà de la population, les institutions, faire appliquer la loi, notamment en termes de statut d’agent de police judiciaire ou d’officier de police judiciaire.
Vous n’êtes pas sans savoir qu’on est en période de pré-élections municipales. Plusieurs candidats, notamment Véronique Sarselli et Jean-Michel Hollas de Grand Cœur Lyonnais pour la métropole, proposent la création d’une police métropolitaine des transports avec 120 à 200 agents armés d’ici 2029. Bruno Bernard, président actuel de la métropole, estime quant à lui qu’il y a déjà tout ce qu’il faut. Quelle est votre position sur le sujet ?
Notre position va corroborer ce qu’on dit, ce qu’on dénonce. C’est un constat qui est factuel. Déjà, on ne fait que de la politique syndicale au niveau du syndicat. On n’est pas un parti politique. Mais ce qui est vrai, c’est qu’on a perdu plus de 50 % du service spécialisé des transports en commun à la police nationale. On est à peu près à 70 agents, alors qu’il y a 20 ans, quand cette brigade a été créée, on était à 140. Vous imaginez qu’en 20 ans, il y a eu une extension du réseau TCL, de nouveaux tramways, de nouvelles lignes, une augmentation de la violence, et on a 50 % d’effectifs en moins.
Donc il faudrait 120 à 200 agents armés d’ici 2029, c’est ce qu’il faudrait ?
En tout cas, toute initiative est une volonté et une décision politique pour la sécurité. Bien évidemment, nous ne pouvons que le valider à partir du moment où chacun est dans ses prérogatives et surtout que cela puisse profiter avant tout aux premières victimes aujourd’hui, ce sont bien les Lyonnais qui sont victimes de toutes les agressions qu’on peut constater. Je tiens d’ailleurs à vous faire remarquer qu’on a une collectivité aujourd’hui, le conseil régional, qui a eu cette décision politique avec des résultats au niveau de la SUGE, la police ferroviaire, au niveau de la SETF. Il y a plus de 30 % aujourd’hui de baisse de la délinquance sur le réseau TER dans la région Rhône-Alpes. On a également des forces de l’ordre qui ont cette gratuité, qui peuvent intervenir hors service pour protéger les voyageurs. C’est toute une question de volonté politique, je vous le confirme.
Notre émission s’achève. Je rappelle le 31 janvier prochain, au départ de la place MaréchalLyautey, une grande journée de mobilisation pour la police nationale. Merci Alain Barberis. Merci à vous. À très bientôt, au revoir.
