Le château de Grignan © Loïc Julien / Châteaux de la Drôme

Escapades : Un hiver en Drôme provençale, entre villages perchés, truffe et vin

Invitée de maître sur les tables de fin d’année, c’est pourtant aux mois de janvier et février que la truffe atteint le pic de sa saison. Le temps d’un week-end, une virée en Drôme provençale, autour du pimpant village de Grignan, nous replonge avec bonheur au temps de madame de Sévigné, dans un terroir célébrant la truffe et le vin.

À deux heures en voiture de Lyon, le joli village de Grignan arbore fièrement sur son éperon rocheux un château à l’éblouissante façade de style Renaissance tandis qu’autour le paysage, entre plaines et collines, se découpe en damier géant alternant champs de lavande, oliviers et parcelles de vignes palissées. Si la Drôme provençale, avec ses boules de lavande mauve, affiche un visage de carte postale au printemps et au début de l’été, en hiver le paysage se révèle étonnamment verdoyant, grâce à ses bois où domine le chêne vert, aux feuilles d’un éclatant vert olive. Une échappée nature qui permet de découvrir en toute tranquillité un chapelet de villages perchés, dont deux, Grignan et La Garde-Adhémar, sont classés plus beaux villages de France.

La Garde-Adhémar © Nadège Druzkowski

Sur les traces de la si convoitée truffe...

À cette période, les belles tables de la région ne manquent pas de célébrer la truffe, la fameuse tuber melanosporum, certains établissements proposant des menus spécialement élaborés pour elle. Mais pour vivre une expérience au plus près du terroir, pourquoi ne pas aller les dénicher en sous-bois ? À Grignan, le domaine de Montine propose des demi-journées ou journées de cavage, c’est-à-dire la recherche de truffes à l’aide d’un chien.

Récolte de truffe au domaine de Montine avec Rémi Monteillet © Nadège Druzkowski

Accompagné de Rémi Monteillet et de son berger australien, vous pourrez arpenter les plantations de chênes truffiers du domaine et tenter de percer les mystères de ce champignon aux délicates nervures blanches. Un plaisir venant rarement seul, ici, comme chez de nombreux autres trufficulteurs, c’est la polyculture qui domine. “Dans la région, tous les vignerons sont un peu trufficulteurs, c’est une culture, avec la lavande, qui se fait en alternance avec la vigne. Les trois vont bien ensemble”, explique Rémi Monteillet, 4e génération du domaine de Montine, l’un des pionniers de l’œnotourisme de la région. Car on est ici au cœur de l’appellation Grignan-les-Adhémar, et la production locale, particulièrement le viognier, un cépage blanc à la riche palette aromatique, s’accorde à merveille avec la truffe.

© Domaine de Montine

Une lente gestation de “l’or noir”

Se formant au printemps, il faut à la truffe neuf mois, comme pour la gestation d’un être humain, pour arriver à maturité, les orages d’été permettant sa croissance. Les truffes se déclinent en plusieurs variétés : si la melanosporum, la plus prisée, se râpe sur un plat juste à la fin, la tuber brumale est parfaite pour les fonds de sauce ou terrines. “La brumale tient mieux la chaleur tandis que la melanosporum ne doit pas être chauffée au-dessus de 60 degrés pour préserver sa saveur”, explique Gérald Calvier, trufficulteur et viticulteur au domaine Saint-Paulet.

Marché des trufficulteurs de Saint-Paul-Trois-Châteaux © Syl R

C’est quand la truffe est mûre, qu’elle s’apprête à disséminer ses spores et qu’elle dégage une odeur forte, que les chiens truffiers pourront la repérer. Le lagoto, au pelage bouclé, d’abord utilisé pour rapporter le gibier d’eau, figure parmi les races les plus prisées pour la truffe. Si le tilleul, le noisetier ou le charme sont propices à la truffe, “c’est avec le chêne que le mariage est le plus fidèle”, précise Gérald Calvier, l’un des membres fondateurs du marché des trufficulteurs de Saint-Paul-Trois-Châteaux, tourné vers les particuliers*. Cette association valide la qualité des truffes (extra, premier ou deuxième choix) tandis qu’une équipe de bénévoles s’active à servir des bols de ravioles parfumées à la truffe avec un verre de vin de l’AOC. Chaque semaine, de mi-décembre à mi-mars, un chef et un vigneron animent également ces matinées de marché.


Grignan fête cette année les 400 ans de la naissance de la marquise de Sévigné, qui fut l’une des invités prestigieux du château © Blaise Adilon / Châteaux de la Drôme

Le saviez-vous ?

Grignan fête cette année les 400 ans de la naissance de la marquise de Sévigné. Ses lettres, la plupart destinées à sa fille, madame de Grignan, mêlent sentiments intimes et chronique de son temps. Le château de Grignan célébrera tout au long de 2026 cette célèbre épistolière.


*Le marché de Richerenches, à une quinzaine de kilomètres dans le Vaucluse, est davantage tourné vers les professionnels.

Grignan-les-Adhémar. Le nom de l’AOC fait référence à la maison d’Adhémar, qui était au Moyen Âge l’une des plus puissantes familles de la noblesse du secteur. Elle est à l’origine du nom de Montélimar. On retrouve également son patronyme au pittoresque village de La Garde-Adhémar (ci-dessus), site fortifié dominant la vallée, autrefois contrôlé par la famille.
© Nadège Druzkowski

Grignan-les-Adhémar : réinvention d’une AOC engagée

Une belle entrée en matière pour découvrir le vignoble le plus septentrional du Rhône sud. Pays de cocagne pour la vigne, cette terre de transition entre le Dauphiné et la Provence était déjà prisée des Romains.

Au Val des Nymphes, site enchanteur d’où naît une source, à deux kilomètres de La Garde-Adhémar, des fouloirs à raisin rupestres sont visibles après une courte et agréable promenade en forêt. S’étirant au sud de Montélimar jusqu’à Saint-Paul-Trois-Châteaux, sur la rive gauche du Rhône, l’AOC Grignan-les-Adhémar s’est réinventée en 2010, sous la houlette de Henri Bour, alors président du syndicat de l’appellation et vigneron au domaine de Grangeneuve.

Le nom jusqu’alors pénalisant de son ancienne appellation Coteaux du Tricastin, associée à la centrale un peu plus au sud, a été délaissé. Mais c’est également, à cette occasion, le renforcement de son cahier des charges – accroissement des encépagements de syrah et de viognier, diminution des rendements, interdiction du désherbage total et incitation à la production de vins biologiques… – qui aujourd’hui porte ses fruits.

De nombreux domaines portent haut le positionnement qualitatif de l’appellation, avec des vins d’un très bon rapport qualité-prix et une AOC que les vignerons revendiquent. “L’appellation est pour moi fondamentale, c’est une vraie identité, qui nous donne un petit côté rare”, confie Philippe Bonetto-Fabrol, vigneron à La Garde-Adhémar et vice-président du syndicat, dont les vins en bio se retrouvent notamment à Lyon sur les tables de La Mère Brazier et de la Brasserie Georges.

Domaine de l’Escalin. La syrah, cépage typique des rouges des côtes-du-rhône septentrionales, représente plus de la moitié du vignoble de Grignan-les-Adhémar, tandis que le grenache, typique de la basse vallée du Rhône, trouve ici sa limite septentrionale. © Nadège Druzkowski

Heureux mariage du Nord et du Sud en vallée du Rhône

“On prend un peu de l’influence du Sud avec le grenache et du Nord avec la syrah. On a une identité à part”, affirme Jimmy Audouard, responsable du domaine viticole de l’Escalin tandis que, comme un leitmotiv, vous entendrez souvent en poussant la porte des caveaux de vignerons : “On est le plus au Nord du Sud.” À juste titre. La syrah, cépage typique des rouges des côtes-du-rhône septentrionales (côte-rôtie, saint-joseph, cornas, hermitage, etc.), représente en effet plus de la moitié du vignoble de Grignan-les-Adhémar tandis que le grenache, typique de la basse vallée du Rhône, trouve ici sa limite septentrionale.

De nombreuses cuvées vigneronnes emblématiques de l’appellation reprennent d’ailleurs l’alliage de ces deux cépages comme Terre d’épices, du domaine de Grangeneuve, Terre d’ici du domaine du Chardon Bleu ou encore les cuvées Mas de Merlère et Les Grands Plans du domaine du Serre des Vignes. Mais ce ne sont pas les seuls cépages rouges de l’AOC, vous trouverez également du marselan, du cinsault, du mourvèdre et du carignan. Côté blanc, le viognier trouve ici toute son expression déclinant des arômes complexes avec de séduisantes cuvées, comme la cuvée Héritage de Bonetto-Fabrol ou Loulys, du domaine du Serre des Vignes. Se retrouvent également marsanne, roussanne, grenache blanc, bourboulenc et clairette. Le mistral, qui assainit les vignes, favorise une culture en bio, revendiquée par de nombreux domaines.

Pousser la porte d’un domaine, c’est aussi nouer des rencontres humaines et découvrir, derrière sa bouteille de vin, le vigneron (ou la vigneronne !, comme ici Nathalie Bour qui œuvre aux côtés de son père au domaine de Grangeneuve).
© Domaine de Grangeneuve

Terre rêvée de l’œnotourisme

Villages historiques perchés, corps de fermes en pierre rénovés, alternance de cultures entre plaines et collines, le paysage déroule un décor de rêve qui se prête particulièrement bien à l’œnotourisme. Et depuis quelques années, ce n’est pas… un vain mot ! Le domaine de Montine propose ainsi des hébergements (hôtel de charme et gîtes) au cœur des vignes, un panel de dégustations gourmandes et d’activités – avec, saison de la truffe oblige, de nombreux événements autour de ce mystérieux champignon, tandis que le domaine de Grangeneuve, l’un des fleurons historiques de l’appellation, a mis en place de multiples ateliers allant de l’initiation à la dégustation à la création d’une cuvée, en passant par la dégustation verticale d’une cuvée sur plusieurs millésimes, mais aussi des balades à vélo.

Caves du Château Bizard

Pour les amoureux de nature, direction Roche-Saint-Secret-Béconne, au pied de la montagne de la Lance. Là, le vignoble s’épanouit en coteaux, dans une petite exclave de l’appellation. Dans un décor de rêve avec non loin la tour d’Alençon et les ruines du village abandonné de Béconne, le terroir montre davantage de fraîcheur.

“L’AOC présente une mosaïque de terroirs”, précise Jérôme Roux, président du syndicat de l’appellation et à la tête du domaine du Serre des Vignes. La pétillante Aurélia Spitaëls du domaine voisin du Chardon bleu partagera sa passion du vin et des paysages en vous emmenant pour un pique-nique et des dégustations dans les vignes.

“On fait des vins qu’on aimerait bien boire”, partage-t-elle. Le domaine du Serre des Vignes propose quant à lui un circuit pédestre, à réaliser en autonomie, de 5,8 kilomètres avec panneaux thématiques, à la découverte de la vigne et du patrimoine local.

Domaine Château Bizard © Château Bizard

Pour des soirées plus ambiancées, Philippe Bonetto-Fabrol organise l’été venu des soirées avec DJ dans les vignes tout comme le domaine Château Bizard, avec “Les Scintillantes”, soirées musicales dans les jardins du château tandis que l’hiver, ce sont les associations gourmandes avec la truffe qui sont mises en avant.

Philippe Bonetto-Fabrol organise, l’été venu, des soirées avec DJ dans les vignes

Pratique

Où loger ?

• La Ferme Chapouton, hôtel 4* dans une ancienne ferme en pierre du XVIIIe siècle restaurée avec vue sur le château de Grignan, à Grignan
clairplume.com

• Maison Roucas, cinq chambres et suites de charme dans un ancien mas coquettement rénové, à Solérieux
maison-roucas.com

• La Grange du Kaolin, meublé dans un mas en pierre 4* au cœur d’une truffière, dans une grande propriété arborée et viticole bio – lagrangedukaolin.com

Où se restaurer ?

• Bistro Chapouton, plats de saison (avec l’incontournable truffe) à partir de produits frais et locaux, ambiance cosy au coin de la cheminée, à Grignan
clairplume.com

• Le Poème de Grignan, belle adresse gastronomique, produits frais à la décoration soignée, avec un menu spécial truffe, à Grignan
poemedegrignan.com

• Maison Nalda, décor intimiste et chaleureux pour une cuisine gourmande, généreuse et de saison, à Grignan – Tél. : 04 75 50 22 63

Événements

• Marché aux Truffes de Saint-Paul-Trois-Châteaux, chaque dimanche de 10 h à 12 h 30, de mi-décembre à mi-mars

• Marché aux truffes de Richerenches, tous les samedis matin jusqu’à mi-mars

• Matinée cavage et repas autour de la truffe, domaine de Grangeneuve, à Roussas, les 17 et 31 janvier 2026

• Salon du livre, de la truffe et du vin, à Grignan, les 31 janvier et 1er février 2026

• Concours de vins, en hommage à la marquise de Sévigné, avec les vignerons de Grignan-les-Adhémar, château de Grignan, les 7 et 8 février 2026

Comment s’y rendre ?

• Comptez deux heures en voiture depuis Lyon

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