Patrick Lozano, président de l’UNIS Lyon-Rhône et Auvergne-Rhône-Alpes, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Alors que l’expérimentation de l’encadrement des loyers à Lyon et Villeurbanne doit arriver à échéance en novembre, le représentant des professionnels de l’immobilier revient sur les conséquences qu’il attribue au dispositif et plaide pour un autre équilibre entre locataires et propriétaires.
"Il faut trouver le bon compromis"
Patrick Lozano assure que l’expérimentation s’est traduite, selon les professionnels de l’immobilier qu’il représente, par une raréfaction de l’offre locative. "On l'a vécu concrètement avec un logement qui s'est effondré, des annonces locatives qui aujourd'hui sont absentes des réseaux", affirme-t-il, évoquant des annonces retirées parfois une heure après leur publication en raison du nombre de demandes. Il estime également que plusieurs facteurs expliquent le retrait de propriétaires du marché, parmi lesquels la hausse de la taxe foncière, la rénovation énergétique ou encore la législation issue de la loi Climat et Résilience. L’encadrement des loyers ferait, selon lui, partie intégrante de ces difficultés. Pour autant, le président de l’UNIS Lyon-Rhône ne défend pas simplement un retour au marché sans aucune régulation. Il rappelle que son organisation avait d’abord dénoncé un dispositif "pas réfléchi" et "pas concerté", avant de chercher à négocier avec la Métropole. "L'idée, c'est de trouver le bon compromis, c'est d'avoir des loyers qui soient effectivement au niveau du marché et que les propriétaires s'engagent à réaliser des travaux", explique-t-il.
Une expérimentation qui arrive à échéance
Interrogé sur le risque d’une forte hausse des loyers si l’encadrement disparaissait, Patrick Lozano estime qu’il est difficile d’anticiper une explosion des prix. Il souligne surtout la tension actuelle du marché locatif et la durée d’occupation des logements. "Les gens restent plus longtemps. Et la durée de vacances, c'est sept jours", indique-t-il, estimant que les professionnels disposent de moins en moins de temps pour assurer l’entretien des appartements et traiter les dossiers. Alors que le Sénat doit se prononcer en octobre sur la poursuite de l’expérimentation, le président de l’UNIS considère donc que la question doit être abordée plus largement, en tenant compte à la fois des intérêts des locataires et de ceux des propriétaires. "On représente les propriétaires, mais aussi les locataires, puisque ce sont nos clients aussi", rappelle-t-il.
Plus de détails dans la vidéo :
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La retranscription complète de l'émission avec Patrick Lozano :
Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler d'immobilier, on va parler d'encadrement des loyers avec Patrick Lozano, qui est président de l'UNIS Lyon-Rhône et de la région Auvergne-Rhône-Alpes. L'UNIS, c'est l'Union des syndicats de l'immobilier. L'UNIS vient de clore son congrès national, qui s'est tenu à Lyon, à la Cité internationale, la semaine dernière. Le thème était « Se réinventer ». On va en parler. Bonjour Patrick Lozano. Bonjour.
Merci d'être venu sur notre plateau.
Merci de m'accueillir.
Comment s'est passé votre congrès ?
Dense. Un congrès qui avait pour thème « Se réinventer », se réinventer dans notre management, dans la manière de travailler autrement, donc s'inspirer d'autres professions. Un congrès qui est très réussi puisque les retours des congressistes ont été merveilleux en fin de congrès. Voilà, on parle de plus de 1 200 personnes présentes lors du congrès.
De quoi parlent en ce moment les professionnels de l'immobilier ? Qu'est-ce qui nourrit leur discussion ? Qu'est-ce qui les inquiète ?
Vous imaginez bien qu'aujourd'hui, ce sont surtout les élections présidentielles qui arrivent à grands pas, et c'est le discours et les propositions qu'on doit faire aux futurs candidats pour effectivement faire avancer ce dossier qui est tellement important : le logement.
Alors, on va le prendre par un angle qui est celui de l'encadrement des loyers. On en parle aujourd'hui parce qu'au mois d'octobre, le Sénat va devoir voter sur une proposition de loi sur une poursuite ou non de l'expérimentation qui se tient dans plusieurs villes, dont Lyon et Villeurbanne, sur l'encadrement des loyers. Vous, vous avez pris position depuis longtemps, depuis 2021, lorsque la mesure a été mise en place par la Métropole écologiste du précédent mandat. Vous étiez défavorable à cette mesure.
On va aller dans le détail, bien sûr. Est-ce que vous pouvez d'abord nous dire, ou faire un petit bilan, vous, de l'UNIS Lyon-Rhône ? Comment est-ce que vous avez vécu ce temps d'expérimentation, qui expire, je le rappelle, au mois de novembre ?
On l'a vécu concrètement avec un logement qui s'est effondré, des annonces locatives qui aujourd'hui sont absentes des réseaux. Je vous passe un exemple : le matin, vous déposez une annonce sur un support, vous l'enlevez une heure après puisque vous avez 50, 60, 70, 80 demandes de candidats locataires.
Il n'y a pas assez d'offres, ça a réduit l'offre ?
Largement, pour différentes raisons d'ailleurs, mais plus d'offres du tout.
Alors, vous représentez les professionnels de l'immobilier et aussi les propriétaires bailleurs à travers les agences. Comment convaincre aussi les locataires que votre position sur l'encadrement des loyers relève aussi de l'intérêt général ? C'est aussi ça, l'idée : vous voulez... Vous ne jouez pas que pour les propriétaires.
Vous avez raison, puisqu'on représente les propriétaires, mais aussi les locataires, puisque ce sont nos clients aussi. Tout ça en disant qu'on encadre nos loyers et qu'on demande à nos propriétaires d'en faire plus, de rénover leur logement, de poser des volets, d'entretenir leurs biens, sans autre moyen. Donc, c'est très compliqué pour eux d'avoir un appartement qui soit en bon état. L'idée, c'est de trouver le bon compromis : d'avoir des loyers qui soient effectivement au niveau du marché et que les propriétaires s'engagent à réaliser des travaux.
Mais vous, vous êtes pour une dérégulation totale comme avant l'expérimentation, que le marché se régule selon la loi de l'offre et la demande, ou est-ce que vous êtes justement pour un compromis où on peut inclure des mesures de régulation, de plafonnement, mais peut-être plus équilibrées, je ne sais pas ?
On a eu à l'UNIS un premier discours qui est de dire qu'effectivement, on est contre les encadrements parce qu'ils ne sont pas réfléchis, ils ne sont pas concertés. Et ensuite, on a vu une position très ferme, très dure de la Métropole. Voyant que ça ne bougeait pas, donc, on a voulu effectivement composer, négocier avec eux sur des problématiques qui sont simples : comment vous pouvez accepter qu'un propriétaire non vertueux ait un niveau de loyer identique à un propriétaire qui aura fait des travaux de rénovation ?
Pour moi, c'est inacceptable. Donc voilà, des propositions concrètes qui ont été faites à la Métropole sans qu'on aboutisse à quelque chose. On avait dit dès le départ, en 2021, j'avais dit à M. Renaud Payre qu'effectivement, la cartographie n'était pas acceptable, qu'il fallait élargir beaucoup plus la cartographie et on s'est contenté effectivement d'avoir un plan de Lyon qui était très limité. Une catastrophe puisque, effectivement, on a perdu, sur la période 2021-2026, quasiment 11 000 propriétaires qui ont voulu vendre leur appartement, puisque aucun intérêt de louer alors.
11 000 propriétaires, c'est 11 000 logements sur Lyon et Villeurbanne, vous voulez dire ? Ils sont sur Lyon et Villeurbanne, voilà. Et on l'impute uniquement à l'encadrement des loyers ou il y a un contexte plus général ?
Vous avez effectivement la hausse, la taxe foncière, vous avez la non-protection des propriétaires devant une juridiction, beaucoup de paramètres qui font qu'effectivement la rénovation énergétique également, la loi Climat et Résilience, beaucoup de paramètres. Mais l'encadrement fait partie effectivement intégrante de ce problème-là.
Et pour vous, si l'encadrement des loyers devait être supprimé demain, ce qui est possible après le mois de novembre, vous pensez que la concurrence entre propriétaires pourrait suffire à faire baisser les loyers, ou les maintenir du moins ? Vous pensez que les loyers ne vont pas exploser après la fin de l'encadrement des loyers ?
Il faut déjà se dire qu'un appartement sur trois est géré par un professionnel. Donc, ce qui veut dire que beaucoup de propriétaires gèrent directement leurs biens et je peux confirmer que ces propriétaires, pour un certain nombre en tout cas, ne respectent pas l'encadrement des loyers. Ce qui veut dire que le professionnel, lui, a des obligations vis-à-vis de son propriétaire, vis-à-vis soit de la bonne qualité et des éléments d'équipement qui soient conformes au bail, et avec un prix de loyer qui soit conforme également.
Donc, pour vous, ça ne va pas exploser ?
Il est difficile d'exploser le prix.
Je veux dire le prix du loyer, on ne va pas avoir des augmentations, des rattrapages de 10-20 % ?
Tant qu'aujourd'hui on est... Alors, tout à l'heure, en off, on se parlait de certains chiffres. Vous avez aujourd'hui un taux d'occupation qui est passé à plus de trois ans d'occupation.
Les gens restent plus longtemps. Et la durée de vacances, c'est sept jours. Aujourd'hui, sur Lyon intra-muros, un appartement se libère, sept jours après il est loué. On n'a plus le temps d'assurer l'entretien, on n'a plus le temps de travailler sur le fond nos dossiers sur les appartements, donc ça devient très compliqué.
On pourrait aussi dire que c'est ça qui pourrait faire monter les loyers puisque l'offre est très réduite. En tout cas, merci d'avoir expliqué la position, effectivement votre position de l'UNIS Lyon-Rhône et Auvergne-Rhône-Alpes, et puis peut-être qu'on vous réinvitera au mois de novembre, on verra comment la mesure, si elle perdure ou non. Merci d'avoir suivi cette émission. Vous pouvez retrouver plus de détails sur l'actualité immobilière sur le site lyoncapitale.fr. Je vous dis à très bientôt.
