Cluny et son abbaye © Destination Saône-et-Loire

Escapades en Saône-et-Loire : Cluny, entre patrimoine et vallons bourguignons

Au sud de la Bourgogne, entourée de coteaux de vignes et verdoyants vallons s’étirant à perte de vue, la petite cité de Cluny nous replonge dans un temps où son abbaye rayonnait sur l’Europe entière. Demeures d’exception et châteaux ponctuent le paysage, comme Saint-Point, refuge de Lamartine, où le visiteur peut se plonger dans la vie du poète, grande figure du romantisme français. Pour des dégustations de vin, direction le château historique de Pierreclos, dans un cadre bucolique à souhait.

À 1 heure 15 en voiture de Lyon, la charmante petite ville de Cluny et ses douces collines environnantes offrent une bulle de déconnexion loin de la métropole lyonnaise. 

Si son charme tranquille, un brin désuet, invite à un week-end de flânerie, une visite historique rappelle que cette bourgade bourguignonne, édifiée dans une vallée isolée, fut pourtant au Moyen Âge l’un des phares spirituel et culturel les plus influents d’Europe. 

Son emplacement n’est pas dû au hasard ! Suffisamment retirée, loin des zones de guerre du Xe siècle et des invasions vikings (qui remontent les fleuves), le monastère de Cluny n’en est pas pour autant isolé, connecté aux routes de la vallée de la Saône, du Rhône et de Rome. 

“Pour comprendre pourquoi Cluny a été la plus grande église du monde chrétien pendant cinq cents ans, il faut remonter au contexte historique de sa création”, explique Thomas Chevalier, directeur de l’office de tourisme. 

L’empire de Charlemagne a alors été divisé en trois entre ses petits-fils. L’éclatement de l’Empire carolingien est accéléré par les guerres de dynasties, qui affaiblissent également le pouvoir central face aux Vikings et aux grands seigneurs, dont l’influence devient de plus en plus importante. 

C’est dans ce contexte que le duc d’Aquitaine Guillaume Ier fonde, sur ses terres, l’abbaye de Cluny en 910, en Francie occidentale mais aux confins d’une zone frontière avec le royaume de Lothaire. 

Cluny est donné aux apôtres Pierre et Paul, plaçant l’abbaye sous l’autorité de Rome. Les dons, pour assurer le salut de son âme, affluent rapidement renforçant l’autonomie du monastère face aux seigneurs locaux, et lançant un réseau religieux majeur. “À son apogée, à la fin du XIe-milieu du XIIe siècle, plus de 1 450 sites dépendent de l’abbaye de Cluny, grâce à des donations dans toute l’Europe”, partage Thomas Chevalier.

Porte d’honneur de l’abbaye © Nadège Druzkowski

La plus grande église du monde chrétien au Moyen Âge

L’église de Cluny, déjà agrandie, devient trop petite et en 1088, l’abbé Hugues lance la construction de la plus grande abbatiale jamais construite au Moyen Âge, la Maior Ecclesia. Avec sa nef de 187 mètres de long (60 de plus que Notre-Dame de Paris), le bâtiment est totalement surdimensionné pour l’époque. Il ne sera surpassé que par Saint-Pierre de Rome quelque cinq cents ans plus tard. 

“Quand les gens arrivaient à Cluny, ils étaient subjugués par la taille de l’édifice et sa lumière”, commente Thomas Chevalier. 

Pour donner une idée de sa splendeur, seul subsiste aujourd’hui le grand transept sud avec sa tour octogonale révélant une hauteur sous voûtes de 33 mètres, une prouesse pour un édifice roman.

Le bras sud du grand transept datant du Moyen âge © Nadège Druzkowski

Après la Révolution française, l’abbatiale est convertie en écurie puis progressivement détruite, seul 8 % du bâtiment existant restant debout. Quant au cloître roman, constitué de deux cents chapiteaux sculptés, il n’a pas pâti de la Révolution mais du désir de changement des moines eux-mêmes. “Au XVIIIe siècle, il y a un désintérêt pour le médiéval, qui ne redeviendra en vogue qu’au XIXe. En 1750, les moines détruisent leur cloître roman. Pour imaginer ce qu’il a pu être, il faut se rendre à Moissac, qui a gardé ses chapiteaux romans, mais moins d’une centaine”, explique Thomas Chevalier. Lorsque la Révolution arrive, le chantier est encore en cours, le cloître et la façade actuelle affichent ainsi un style classique XVIIIe bien ordonné.

Le cloître du XVIIIe siècle © Nadège Druzkowski

Le saviez-vous ?

Les ducs étaient d’abord des gouverneurs politico-militaires, sortes de fonctionnaires de l’Empire romain tardif puis des royaumes francs. Avec l’affaiblissement du pouvoir carolingien, à partir des IX-Xe siècles, les charges deviennent héréditaires et les ducs gardent terres et fonctions dans leur famille. Les autres titres (marquis, comtes…) évoluent de manière similaire. La grande noblesse féodale apparaît.

La façade du XVIIIe siècle © Nadège Druzkowski

Une école d’ingénieurs hébergée dans des bâtiments monastiques

Lors de votre visite, vous croiserez peut-être de jeunes gens vêtus d’une étrange tenue : il s’agit des Gadz’Arts, les étudiants de l’École nationale des arts et métiers qui est en partie abritée depuis 1901 dans les bâtiments historiques de l’abbaye de Cluny. Ils portent souvent une longue blouse de travail couverte de dessins, surnoms et souvenirs. Ceux-ci ont d’ailleurs participé à des travaux de recherche et de modélisation 3D de l’abbaye de Cluny telle qu’elle était au Moyen Âge et dont une version est visible dans le parcours de visite.


Une nouvelle exposition à la chapelle des moines de Berzé-la-Ville

À partir du 25 juin, le Centre des monuments nationaux, qui gère Cluny, présente une nouvelle exposition Pierres secrètes, histoires et archéologie de nos terroirs à la chapelle des moines de Berzé-la-Ville. Des panneaux dédiés à l’histoire antique du territoire mettent en lumière les pratiques religieuses et funéraires de l’époque gallo-romaine. L’occasion de découvrir les exceptionnelles fresques murales du XIIe siècle du prieuré de Berzé-la-Ville, seuls témoins de la peinture monumentale clunisienne. Une seconde exposition à la cave de Prissé dresse, elle, un panorama de l’occupation humaine du néolithique à la période médiévale, avec un focus sur la viticulture gallo-romaine et médiévale.


Le château de Saint-Point, ancienne demeure de Lamartine © Nadège Druzkowski

Sur les pas de Lamartine au château de Saint-Point

À une douzaine de kilomètres, dans un paysage de courbes vallonnées, le château de Saint-Point nous plonge dans une autre histoire qui a marqué la politique et la poésie françaises. 

Dans un grand parc arboré, on se laisse emporter sur les traces d’Alphonse de Lamartine, né non loin de là, à Mâcon. 

Ce château privé, resté jusqu’en 2004 au sein de la famille de Lamartine, a été racheté en 2021 par un couple de Lyonnais. Ouvert tout l’été pour des visites guidées et lors des Journées du patrimoine, le visiteur peut y découvrir la salle à manger du XVIIIe, la chambre et le cabinet de travail d’Alphonse de Lamartine ainsi qu’un petit musée rassemblant certains de ses effets personnels, comme son encrier, conservés par sa nièce Valentine de Cessiat. 

Lamartine hérite de ce château médiéval en 1820, qu’il transforme en manoir néogothique à l’anglaise, orné de tours, tourelle, portique et balcon et qui voit passer Victor Hugo, Franz Liszt, Frédéric Chopin, George Sand ou encore Eugène Sue. 

“1820 est une année charnière pour Lamartine. Il se marie à une aristocrate anglaise, Marianne Birch, hérite du château de son père et est nommé diplomate à Naples. C’est aussi l’année de la publication des Méditations poétiques”, explique Sophie de Baecque, la propriétaire du château. 

Publiées sans nom d’auteur, les Méditations poétiques sont un coup de tonnerre dans le milieu littéraire, marquant le début du romantisme poétique, et connaissent un immense succès. 30 000 exemplaires sont vendus en quelques années ! Des stations poétiques, avec des textes interprétés par Lambert Wilson, Guillaume Gallienne, Catherine Salviat et Stéphane Bern, installées dans le jardin par les nouveaux propriétaires permettent de se replonger dans l’œuvre du poète en contemplant les paysages qui l’ont tant inspiré.

Mais si on retient de Lamartine l’homme poète, une visite du château rappelle son implication politique, dès sa jeunesse. Député sous la monarchie de Juillet, il se fait remarquer par ses brillants discours et défend plusieurs causes de manière visionnaire comme l’abolition de la peine de mort et de l’esclavage, la séparation de l’Église et de l’État, l’enseignement laïc et obligatoire, la liberté de la presse. 

Lors de la Révolution de 1848, il devient brièvement ministre des Affaires étrangères sous la Deuxième République mais est largement battu lors de l’élection présidentielle de 1848, face à Louis-Napoléon Bonaparte. Il se retire alors de la vie politique et se consacre à la littérature. 

Le tombeau de Lamartine © Nadège Druzkowski

Prodigue, dispendieux mais très mauvais gestionnaire, il meurt en 1869 avec plus de 2 millions de dettes. Son tombeau est visible, jouxtant son ancienne demeure.

Visites guidées tous les jours du 7 juillet au 30 août, départ à 11 h, 14 h, 15 h, 16 h et 17 h.


Château de Pierreclos : patrimoine historique et viticole

Non loin de là, Pierreclos, un autre château historique, perché sur son éperon rocheux, permet de s’immerger dans le patrimoine viticole de la région. 

Construit à partir du XIIe siècle, ses tours, remparts, chapelle et immense cour intérieure témoignent d’un mélange d’époques mais dans un style qui reste très harmonieux. 

Le château de Pierreclos, construit au XIIe siècle © Nadège Druzkowski

Son cadre naturel exceptionnel est l’endroit rêvé pour se prêter au jeu d’une des nombreuses dégustations proposées par la famille Pidault, les vignerons à la tête du château. 

“Notre cœur de métier c’est le vin. Les visiteurs viennent chez nous avec une envie de découverte et pour vivre une expérience. Le cadre est fabuleux mais c’est aussi un lieu de vie. On vit dans notre outil de travail”, partage Anne-Françoise Pidault. Plusieurs formules et ateliers permettent de s’initier à l’art de la dégustation et de découvrir les appellations du Mâconnais, la plus méridionale des cinq sous-régions du vignoble de Bourgogne.

Dégustation de vins dans la cave du château de Pierreclos © Étienne Ramousse

Galerie Substance : marier l’art et le vin

À Cluny, Nicolas Grégoire, le propriétaire de la toute nouvelle galerie Substance, qui a ouvert ses portes en avril dernier à Cluny, est à l’origine d’une collaboration entre l’artiste André Palais et le vigneron Julien Guillot du domaine Les Vignes du Maynes. 

Deux cuvées spéciales limitées à trente-cinq exemplaires chacune, disponibles en jéroboam et magnum, ont ainsi été imaginées avec des étiquettes élaborées par l’artiste, connu pour ses visuels d’albums pour Alain Bashung, MC Solaar, Juliette Gréco ou Vianney. 

Cuvée Les Chassagnes © André Palais

André Palais, qui se consacre désormais principalement à la peinture, travaille depuis plusieurs années sur une série de “moines modernes”. C’est un de ses personnages qui naturellement habille la cuvée 910, qui fait référence à l’année de création de Cluny, des bornes aux armes de l’abbaye de Cluny ayant été retrouvées sur les parcelles de Julien Guillot. 

L’étiquette de la cuvée Les Chassagnes, ornée de roches, fait, elle, référence à une petite parcelle pierreuse dans la forêt, au terroir singulier, que le vigneron a défrichée il y a plus de vingt ans.

Pratique

Où loger ?

-  Château de Pierreclos, élégante maison d’hôtes et gîte dans un domaine historique et viticole, à Pierreclos – chateaudepierreclos.com

- Le Potin Gourmand, six chambres confortables dans une maison du XVIIIe siècle, à Cluny  www.potingourmand.com

- Maison Rita, ambiance bourguignonne aux accents seventies, à La Vineuse-sur-Frégande – maison-rita.com/la-maison

Où se restaurer ?

- Aoki, belle cuisine au comptoir par la cheffe japano-bourguignonne Akane, à Cluny – www.aoki-restaurant.fr

- L’Embellie, cuisine gastronomique, Bib gourmand, à Sainte-Cécile – restaurantlembellie.wixsite.com/cluny

- Chez Arx, pour les amateurs de viande et de circuit court, le restaurateur est aussi producteur, à Cluny – chez-arx.com

Événements

- Championnat de France féminin de horse-ball pro élite, le 5 juin, à Cluny – cluny-tourisme.com

- Le Grand Bastringue, festival solidaire de musique reggae/dub, les 12 et 13 juin, à l’abbaye de Cluny – grandbastringue.com

- Concours hippique pour les jeunes chevaux, le 30 juin, à Cluny – cluny-tourisme.com

- Lamartine et les femmes, conversation poétique avec Catherine Salviat et Daniel de Montplaisir, le 15 juillet à 19 h au château de Saint-Point – chateaudelamartine.fr

Comment s’y rendre ?

- En voiture : 1 heure 15 depuis Lyon par l’A6, puis la N79

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