Touraine
Tim Douet

Jean-Louis Touraine, porte-voix des militants pour l'euthanasie

Face à près de 200 personnes qui ont répondu l'appel de l'association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), le député LREM du Rhône Jean-Louis Touraine a dressé ce samedi à Lyon les principaux obstacles au passage de sa proposition de loi pour légaliser l'euthanasie et le suicide-assisté.

Les équipes de l'Hôtel Mercure poussent les murs. Dans le 3e arrondissement de Lyon, près de 200 personnes se sont déplacées ce samedi pour la réunion publique organisée par l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). Des dizaines de chaises supplémentaires sont amenées et les cloisons du fond de la salle déplacées. Fondée en 1980, l'association revendique aujourd'hui près de 70 000 adhérents en France, dont plus de deux tiers sont des femmes. Dans le Rhône, ils sont 2 331, ce qui en fait "l'une des délégations les plus importantes du département" comme l'expose le délégué Hubert Sapin. Avant de laisser la parole aux intervenants, le délégué du Rhône indique le caractère particulier de cette réunion. Quelques semaines plus tôt, le secrétaire général de l'association, Christophe Michel, décédait à l'âge de 31 ans. Une minute de silence a été tenue en l'hommage de celui qui avait fondé et qui animait le mouvement des Jeunes de l'ADMD.

"Choisir sa fin de vie"

Depuis des années, l'association présidée par l'ancien député PS Jean-Luc Roméro milite pour l'accès aux soins palliatifs et la lutte contre l'acharnement thérapeutique. Mais le but de l'association au cœur des débats est la volonté de légaliser l'euthanasie et le suicide assisté, à l'image des Pays-Bas en 2001, de la Belgique en 2002 ou du Luxembourg en 2009. "Nous revendiquons le droit de choisir sa fin de vie au nom de la liberté individuelle. Hormis en étant sous tutelle, une personne en fin de vie est capable de dire ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas", expose Hubert Sapin. En France, trois lois ont encadré la fin de vie en 2005, 2010 et 2016. Sous le mandat de François Hollande, les consultations se sont multipliées sur le sujet. Mais la loi qui en est sortie est loin de convaincre, elle est considérée par le délégué du Rhône comme "une façon hypocrite de faire croire au patient qu'il pourra mourir sereinement". Et si pour la première fois le thème de la fin de vie a été inscrit pour les Etats généraux de la bioéthique cette année, les consultations lyonnaises sont sévèrement jugées par l'association.

Réunion publique de l'ADMD à Lyon ©Mathilde Régis

"La France est le pays où l'on meurt le plus mal" 

Après une brève allocution de Muguette Dini, ancienne sénatrice du Rhône qui avait déposé une proposition sur la fin de vie dans sa carrière politique, c'est au tour de Jean-Louis Touraine de s'exprimer. Impliqué auprès de l'association depuis 1997, le député LREM du Rhône a déposé une proposition de loi en septembre et a convaincu 156 parlementaires de s'engager en signant une tribune dans le journal Le Monde en février.  "Nous allons réussir, nous avons le devoir de réussir",  lance-t-il à la salle. Selon le médecin, "la constatation est unanime, la France est le pays où l'on meurt le plus mal". En cause, le fait que la dernière loi en date ait choisi que soit possible à la demande d'un patient atteint d'une maladie incurable la "sédation continue et profonde" et non l'injection létale. "Un malade en fin de vie ne réclame pas d'être endormi pendant des semaines, voire des mois, sans boire et sans manger ! C'est une horreur" s'exclame Jean-Louis Touraine. "La fin naturelle sans que personne n'interfère, c'est respectable. Mais pour les autres, en cas de souffrance insupportable, ils doivent pouvoir dire qu'ils ne veulent pas de cette agonie" ajoute-t-il. Selon lui, près de 4000 euthanasies se font "en catimini" chaque année en France. Des médecins en feraient même "à tour de bras" quand en parallèle, "plusieurs centaines de Français vont s'exiler pour mourir ailleurs". 

"Vaincre les tièdes et les timorés"

Une "situation insupportable" pour Jean-Louis Touraine qui veut "corriger tout ça". "Sur le cancer, une grande majorité de patients reçoivent des chimios dans les quinze derniers jours de leur vie. Les médecins veulent repousser éternellement la fin de vie, mais il faut savoir se résigner lorsqu'il y a une impasse thérapeutique qui signifie qu'il n'y a plus d'espoir. La médecine ne doit pas prétendre atteindre à l'immortalité et la médicalisation de la mort à des inconvénients qu'il nous faut dénoncer". L'élu dresse ensuite les obstacles à une législation sur l'euthanasie et le suicide assisté. En premier lieu, il cible les "autorités ecclésiastiques des unes et des autres religions". S'appuyant sur des sondages estimant "que 72 % de catholiques très pratiquants réclamaient cette avancée", il estime que les autorités "imposent leur vision pour toute la population". Il cible ensuite plusieurs opposants parmi les médecins en soins palliatifs qui ont plutôt selon lui le "devoir d'écouter les malades et non de les forcer". "Le dernier groupe à vaincre ensemble, ce sont les tièdes et les timorés qui ne s'engagent ni d'un côté ni de l'autre" poursuit-il, conseillant à l'assistance de "lutter contre les frileux en disant que vous ne supportez plus que la France soit en retard". Le président de l'ADMD, Jean-Luc Roméro, prendra ensuite la parole et remerciera Jean-Louis Touraine pour son soutien. L'ancien député confie ne pas savoir si le texte de loi sera discuté ou non. Au plus haut niveau de l'Etat, la position du président sur cette question reste une énigme pour Jean-Luc Roméro. "Avec Jean-Louis, nous avons eu un dîner avec Emmanuel Macron. Rien ne nous permet de dire qu'il est pour ou qu'il est contre. Il a écouté".

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