Hôtel Formule 1 Chanas
Capture écran Google streetview

Génération identitaire poursuit son coup de com’ sur fond de fake news

Après avoir proposé de l’aide à Gérard Collomb pour couper les routes migratoires vendredi, le groupuscule d’extrême droite lyonnais occupait le toit d’un immeuble Formule 1 ce samedi matin. Immeuble qui a vocation à accueillir des migrants en attente de demande d’asile.

"Stop invasion". Les slogans des banderoles déployées par les Identitaires ce samedi matin sur le toit de l'hôtel Formule 1 de Chanas, s'opposent à l'arrivée de migrants dans la petite ville du nord Isère. Cet hôtel est destiné à devenir un centre d'accueil pour demandeurs d'asile.

Génération Identitaire poursuit ainsi son opération communication, après avoir interpellé Gérard Collomb ce vendredi par voie de communiqué. Les Identitaires ont proposé au maire de Lyon, désormais ministre de l'Intérieur, de l'aider à couper les routes migratoires. Un brin provocateurs, ils ont même annoncé une demande de subvention en ce sens.

Ce matin à Chanas, ils étaient une vingtaine à protester. "Nous occupons actuellement le toit de l'hôtel Formule 1 de Chanas contre l'accueil de clandestins par l'État", annonçait un membre sur Twitter. L'extrême droite critique depuis plusieurs semaines la transformation d'hôtels Formule 1 en centres d'hébergement. C'est le Front national qui avait lancé la polémique lors de son agressive campagne d'entre-deux-tours de la présidentielle. Jean-Lin Lacapelle évoquait alors "62 hôtels qui vont accueillir des migrants".

Fake news

Une vraie "fake news" comme l'extrême droite sait les diffuser et les utiliser. En déformant une information au départ partiellement vraie et en instrumentalisant la réalité. Car il y a un peu de vrai dans ce que critiquent les Identitaires. Des hôtels Formule 1 vont bien accueillir des migrants. Mais dans le même temps, les places d'accueil pour les publics vulnérables, les SDF et les familles notamment vont aussi être accrues. Ce qu'a oublié de dire le Front national.

En septembre 2016, deux appels d'offres ont été lancés pour augmenter le parc d'hébergement d'urgence français de 10 000 places, dont la moitié seront consacrées aux demandeurs d'asile. Les 5 000 autres places créées seront consacrées aux publics vulnérables – familles, SDF. On s'éloigne déjà du tableau dressé par l'extrême droite. Un tour de table de six investisseurs privés a permis à la SNI, filiale de la Caisse des dépôts et consignations, de racheter 62 hôtels Formule 1 au groupe Accor. Et ainsi de remporter une bonne partie des deux appels d'offres. La totalité des 5 000 places de demandeurs d'asile notamment. Sur ce volet, c'est donc le privé qui financera l'accueil des populations en difficulté, avec ce que cela implique d'obligation de rendement.

Ce sont donc 44 hôtels Formule 1, et non 62, qui accueilleront des demandeurs d'asile. Et 18 des populations vulnérables. Mais, en prenant en compte l'ensemble des deux appels d'offres, la répartition du nombre de places créées est de 5 000 et 5 000. Le but de ces places supplémentaires est de décharger l'Etat du surcoût induit par le paiement de nuitées d'hôtel. La situation d'urgence et le manque de places d'hébergement, pour les migrants comme pour les SDF, conduit souvent à cette solution onéreuse. Notons aussi que, depuis 2012, le nombre de places d’hébergement d’urgence est passé de 80 000 à 120 000, soit une progression de 50 %.

“Les nôtres avant les autres”

Sur le modèle idéologique de la "préférence nationale", introduit par le Front national, l'ensemble de l'extrême droite utilise depuis quelques mois une rhétorique traduite par le slogan "Les nôtres avant les autres". Rhétorique selon laquelle l'Etat se soucierait davantage des demandeurs d'asile étrangers que des populations vulnérables françaises. Des allégations en grande partie fausses, comme démontré ci-dessus, mais appuyées sur l'instrumentalisation d'informations partielles.

Le concept séduit les jeunes militants, comme ce petit groupe rencontré par Lyon Capitale au soir du premier tour de la présidentielle. "Ce qui nous plaît au FN, c'est cette idée de faire passer les Français avant, nous expliquaient-ils. La préférence nationale doit s'appliquer à tous les niveaux : immigration, économie..."

Forts de leur maîtrise de la communication numérique, les groupuscules d'extrême droite, en dépit de troupes réduites, parviennent à inonder la Toile de ces informations biaisées. Grâce aux relais de nombreux sites dits de "ré-information" en novlangue identitaire. Comme lorsque Génération Identitaire, mais aussi le Gud, se mettaient en scène l'hiver dernier à Lyon distribuant de la nourriture "aux SDF français". Des maraudes très ponctuelles et peu importantes mais largement relayées sur leurs réseaux sociaux.

Dans la même veine, le Gud a récemment tenté de créer un "lieu d'accueil pour les Français démunis" sur le modèle du mouvement néo-fasciste italien Casapound. Le "Bastion social", c'était son nom, a suscité un fort engouement de la fachosphère. Cette action de communication a largement été relayée, y compris par les médias traditionnels. Les militants du Gud discutant même avec les journalistes pour l'occasion.

Lire aussi : L’extrême droite radicale poursuit son implantation dans le Vieux-Lyon
1 commentaire
  1. LyobRebelle - 24 juin 2017

    Malgré des petites nuances dignes de la Pravda, vous n'arrivez pas à casser la vérité dénoncée par GÉNÉRATION IDENTITAIRE. Argent public pour accueil de clandestins au détriment des pauvres français qui malheureusement pour eux sont blancs.

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