Candidat aux primaires du Modem, Azouz Begag assassine son "meilleur ami", Michel Mercier (président du Modem-Rhône), qu'il accuse de rouler pour Dominique Perben (UMP). Signe sans doute que le Modem aura du mal à se remettre de ses divisions.
Lyon Capitale : Quels sont vos rapports avec François Bayrou ?
Azouz Begag : Je lui ai envoyé une lettre dénonçant les crapuleries de ces primaires à Lyon. Et notamment la tricherie déguisée du candidat de Michel Mercier, Christophe Geourjon, qui a refusé dans sa profession de foi de s'engager clairement aux côtés du candidat qui sera désigné par le Modem. Si je suis désigné, dans l'heure d'après ils se rallieront à Perben, avec Condemine, Bertrix, Augoyard... Autre crapulerie : la date limite des candidatures était le 15/11 à 20 heures. Celle de Geourjon est tombée à 19h59, en même temps que les retraits de Condemine, Bertrix et Augoyard. Cette mesquinerie indigne d'une démocratie était conçue depuis des semaines. Et ça se passe au Mouvement démocrate !
Bayrou a-t-il tenté de vous dissuader ?
En aucun cas. Je suis le meilleur candidat, après Anne-Marie Comparini. J'ai fait 15% aux législatives, elle 17%. Mais Bayrou nous dit : vous êtes des grands garçons, débrouillez vous. Et il a raison. Les militants choisiront entre un candidat incontrôlable et libre démocrate, Azouz Begag, et le candidat de 19h59, Christophe Geourgeon, qui est contrôlable et bien contrôlé. Si Begag gagne, il va y avoir du déménagement chez les UDF historiques !
Qu'est-ce qui motive Mercier ?
Il ne veut pas voir Begag gagner cette primaire. Mais je continue, pour faire de Lyon la capitale des grandes gueules démocrates. On ne veut pas être contrôlables par des puissances politiques ou économiques. J'espère que je ne menace pas la survie de Lyon Capitale en disant cela... Dans cette primaire, il y a d'un côté Begag qui n'a rien, pas de réseaux, qui est en plus un pestiféré de la Sarkozie. De l'autre côté, il y a Mercier, qui a des intérêts à sauvegarder : il veut conserver le conseil général, avec le soutien de l'UMP. C'est pas forcément avec Begag, qui a affirmé si vaillamment ses conflits avec Sarkozy, qu'on va pouvoir recoller les morceaux avec l'UMP... Les tentacules sarkozyennes ont alléché Mercier avec une entrée au gouvernement. S'il arrive à amener le Modem aux côtés de Perben, il sera remercié.
Vos rapports sont devenus très mauvais avec Mercier...
Je ne le crois plus. Je ne travaille plus qu'avec des vrais démocrates, qui ont tout à perdre, sauf leur âme, pour reprendre une formule célèbre à Lyon.
N'est-ce pas légitime que Mercier essaye de conserver la dernière grande collectivité tenue par le Modem ?
Sauf qu'il y a Begag, qui a dit que la sémantique guerrière de Sarkozy ne servait pas la réconciliation des Français, les pauvres et les riches, du centre et des banlieues, nés en France et immigrés... Si j'avais pris ma brosse à reluire, j'aurais pu rester ministre. Ce n'est jamais légitime de composer avec ses intérêts privés aux dépens de ses convictions. Ou alors on légitime l'alliance Millon-FN pour garder la Région. Être politique, c'est un sacerdoce, pas une source de privilèges. C'est pour ça que je suis favorable à une ligne claire : un mandat et puis tu t'en vas. Moi, je suis électrotechnicien, économiste, écrivain, scénariste... Le jour où je ne suis plus homme politique, je sais faire autre chose.
Les proches de Mercier vous disent "incontrôlable". Façon de dire aussi que vous êtes incapable de la jouer collectif...
Ça, il fallait le dire quand je me suis rallié à Bayrou : lui, on n'en veut pas, il est incontrôlable. Mais au contraire, ils m'ont trimballé partout. Toutes ces mesquineries ont sérieusement entamé le capital d'énergie que j'étais capable de donner au Modem. Je suis prêt à rassembler, mais j'ai la mémoire vive. Toutes les blessures, les souillures, que l'équipe de Mercier m'a infligées resteront dans la mémoire de Lyon : le 3e tome* que je vais écrire, ce sera celui là. Je prends des notes tous les jours. C'est ce que je disais à Hortefeux et Sarkozy quand ils m'insultaient : vous êtes fous, je vais tout écrire. Ils ne m'ont pas cru...
Quel sera le titre ?
"Je vous remercie" (rires)
Azouz Begag maire de Lyon, ça donnerait quoi ?
Ce serait dans la nature des choses. Cette ville a été construite par différentes vagues d'immigration : d'Italie, beaucoup, d'Espagne, de Suisse, d'Afrique du Nord, d'Arménie... Il y aura un jour à la tête de cette grande ville un maire issu de l'immigration.
Quel bilan faites vous du mandat de Gérard Collomb (PS) ?
Ça va être difficile de le critiquer, puisqu'il s'inscrit dans la continuité de Raymond Barre. C'est un bilan de centriste. Voilà pourquoi je l'invite à quitter les ornières de feu le PS et à nous rejoindre.
Pourquoi présenter une liste au premier tour alors ?
L'alternance, c'est vivifiant. Mes batailles prioritaires seront les transports, l'égalité des chances et la diversité. Je veux une ville douce, dont toute la Presqu'île serait livrée aux piétons et aux deux roues. Je construirai tout de suite les écoles de la 2e chance. Et il y aura sur nos listes des lyonnais issus de toute l'Europe. Parce qu'une grande ville, c'est ça : on y parle allemand, anglais, espagnol...
Mais que feriez vous d'autre ?
J'irai aussi chercher les producteurs de pétrole du Golfe persique qui sont en train d'accumuler des sommes fabuleuses, pour leur dire que Lyon, ville de la diversité, polyglotte, accueillerait avec plaisir leurs capitaux. Il faut faire de la diversité notre force de frappe. Trouver les Benzema et Govou de l'économie, de la politique, pour que le cœur de Lyon batte en dehors des frontières de l'hexagone.
Les pays du Golfe n'ont pas bonne presse, sur la condition des femmes, les droits de l'homme... L'argent n'a pas d'odeur ?
Avec un baril à 100 $, on a intérêt à faire descendre l'ambassadeur du Qatar place Bellecour... Il y a un savoir faire de petits artisans ancré à Lyon, comme Garbis Devar. Mais on ne les soutient pas assez, ils sont obligés de passer par Paris pour briller à l'international. On ne peut pas non plus rater le coche de la Chine. C'est pour ça que j'ai lancé un plan d'apprentissage du chinois dans les banlieues. Pour qu'ils aient une employabilité maximale.
Collomb semble souhaiter votre désignation. Ça veut dire que vous roulez pour lui ?
Il prend ses rêves pour mes réalités. Mon intérêt c'est de récupérer un maximum d'électeurs englués dans les ruines de ce qui fut naguère le PS. Collomb devrait plutôt craindre que je ne rallie au Modem tous ses électeurs déçus. Je me fiche de ce que souhaite Collomb, je veux atteindre 20% au premier tour.
Et au 2e tour, vous discuterez avec qui ?
J'ai d'excellentes relations avec Perben. Mais ça va être difficile, parce que ma référence politique, c'est Comparini, qui a subi les affres de la haine en 1998... Il y a aussi la Sarkozie, les villiéristes... La rupture est entamée.
Donc vous ne vous allierez pas avec Perben ?
Tout est possible. J'aime la France avec son triangle sacré : liberté, égalité, fraternité. On a planté nos valeurs, on n'en bougera pas. S'ils veulent y revenir, on discutera. Mais tout dépendra des résultats du premier tour. Ce sera d'ailleurs mon slogan : "Et si on créait la surprise ?"
Mais au 2e tour, ce sera Perben ou Collomb ?
Je m'en fiche moi. Les démocrates ne peuvent pas être ligotés... Je ne cherche pas à être conseiller municipal. Il y aura trois hypothèses : Collomb, Perben, ou que l'on laisse nos électeurs décider de ce qu'il faut faire. Pourquoi pas ? Internet permet d'organiser une grande consultation au soir du premier tour.
* Après "Un Mouton dans la baignoire", qui relate sa première année au gouvernement, et ses conflits avec Sarkozy, Begag doit sortir en février la suite : "La Guerre des Moutons."
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