St Jean
AFP

Quand l’extrême droite instrumentalise la cause gay

photo : en mai 2010, un kiss-in avait été organisé devant la Cathédrale Saint-Jean. L'extrême droite avait répondu par des saluts nazis.

Le kiss-in prévu le samedi 7 mai face à la Grande Mosquée de Lyon est annulé. Selon des sources concordantes, confirmées par les services préfectoraux, cet appel "au baiser contre l'homophobie" aurait en réalité été instrumentalisé par des personnes "proches de l’extrême droite".

C'est sur Facebook, ce mercredi 4 mai que les organisateurs ont annoncé l'annulation du "kiss-in" devant la Grande Mosquée de Lyon, prévu samedi. Les causes évoquées dans le communiqué : des pressions qu’ils assurent avoir reçues de la part de musulmans intégristes et le manque de soutien de la part de l'inter-associative lesbienne gay bi et transsexuel (LGBT).

Les organisateurs se disent surpris par l'ampleur qu'a pris l'événement en quelques semaines: "en lançant cette idée de kiss-in, nous ne nous attendions pas à tant de polémiques et de pressions. Nous voulions simplement témoigner notre soutien aux homosexuels victimes d'homophobie de la part de certains musulmans extrémistes et intolérants, en France ou dans les pays islamiques", expliquent-ils sur Facebook.

La Grande Mosquée prône la tolérance

Lancé le 20 avril sur Facebook, l’événement nommé "Kiss-in devant la Grande Mosquée de Lyon" avait vite été relayé sur les pages nationales du mouvement kiss-in, et invitait hétérosexuels et homosexuels à se retrouver dans le but de "combattre l'homophobie dans les pays islamiques, et l'homophobie d'une petite minorité de musulmans en France", selon le communiqué. Après avoir organisé des kiss-in devant des églises partout en France, le mouvement national souhaitait en effet s’associer à des kiss-in organisés devant des mosquées, comme l’explique Félix Pellefigues, co-administrateur du mouvement : "après s'être beaucoup attaqué aux catholiques, ça nous semblait juste de faire le point sur les mosquées".

Ils ont naturellement, dans un premier temps, regardé l’événement de Lyon avec bienveillance. Face à cette éventualité, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, Kamel Kabtane s’est montré inquiet, d’autant plus qu’une contre-manifestation avait aussi été initiée par l'association islamique, Forsane Alizza. Tout en demandant à la préfecture de "prendre ses responsabilités", devant cette situation "inédite", Kabtane a lui surtout insisté sur un discours d’ouverture concernant l’homosexualité : "On est dans un pays de liberté. Chacun fait comme il l'entend. Nous, musulmans de France, nous n'avons pas à interférer dans la vie de chacun. Je ne partage la position prise dans certains pays arabes".

Pour sa part, l'association Homosexuels Musulmans de France (HM2F) n’a pas souhaité s’associer à l’action : "Je n'ai rien contre les kiss-in, mais pas devant des institutions religieuses" déclare son fondateur, Ludovic Zahed. Selon lui, cette forme de manifestation "n'est pas une bonne façon pour entamer le dialogue". Car "l'homosexualité est tolérée dans l'Islam, mais pas dans l'espace public."

"Ni d'Ève, ni d'Adam"

Dès la première semaine, les réactions sont vives sur le réseau social. L'événement prend de l'ampleur. Mais le kiss-in va se confronter à un premier heurt. Dans la soirée du 28 avril, David Souvestre, président de la Lesbian and Gay Pride de Lyon rencontre les organisateurs. Trois étudiants d'une vingtaine d'années, deux garçons et une fille qui ne lui communiquent ni leurs numéros de téléphone, ni leurs vrais noms. Réaction au lendemain : "Il est hors de question de m'associer avec des gens que je ne connais ni d'Ève, ni d'Adam, inconnus du réseau homosexuel lyonnais". L'an passé, l'association avait pris part à l'organisation du kiss-in devant la cathédrale Saint-Jean, mais à la différence de cette année, "les organisateurs n'avaient pas tenu de discours antireligieux". Lors de cet entretien privé, "ils dénonçaient le Coran et faisaient des amalgames entre le point de vue d'une religion et celui de certains états". Didier Lestrade, co-fondateur d'Act-up, association de lutte contre le Sida rejoint David Souvestre."Il ne faut pas y aller, pas maintenant", il appelle sur Minorités à ne pas participer à la manifestation

"Si l'évènement dégénère, il nous sera bénéfique"

En réalité, ce sont les motivations réelles des organisateurs, restés anonymes, qui ont posé question. Malgré nos différentes tentatives, ils ont toujours refusé de répondre à nos questions, et sont restés cachés sous de faux noms. Plus curieux encore, cet événement censé défendre les droits des homosexuels a été particulièrement relayé… par des sites d'extrême droite comme Fdesouche. Les jeunes identitaires lyonnais nous ont d’ailleurs confié qu’il suivait cela avec intérêt : "On essaye de faire de la pub car si l'évènement dégénère, il nous sera bénéfique : les musulmans montreront leurs vrais visages", explique Damien Rieu, porte-parole de Rebeyne.

Alors, l’extrême droite a-t-elle organisé à Lyon un événement pour dénoncer l’Islam, ce qu’elle à l’habitude de faire, mais cette fois en défendant les homosexuels, ce qui aurait sans doute été une première à Lyon ? Pour la préfecture, cela ne fait aucun doute : oui, les initiateurs du kiss-in de la Grande Mosquée étaient en réalité liés aux réseaux d’extrême-droite.

Comme quoi, l’islamophobie semble être devenue à l’extrême-droite une motivation supérieure à toutes les autres. L’an passé, lorsqu’un kiss-in avait été organisé devant la cathédrale Saint-Jean, les militants de Rebeyne s’étaient fait remarquer… dans la contre-manifestation, particulièrement virulente. À en croire le sondage Opinion Way réalisé pour Lyon Capitale (n°700, mai 2011), l’électorat du FN a suivi la même tendance : 90% des électeurs du FN aux élections régionales de 2010 et/ou des élections cantonales de 2011 estiment que l'islam est un danger contre la République. Mais 47% se disent favorable au mariage homosexuel.

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