Siège social de bioMérieux à Marcy-l’Étoile dans le Rhône © bioMérieux

Isère : bioMérieux parie 250 millions d'euros sur la souveraineté sanitaire en plein creux épidémique

Les tests respiratoires vendus en Europe par bioMérieux sortent aujourd'hui d'une usine américaine. Le groupe engage 250 millions d'euros en Isère pour les produire ici. Ses comptes du 28 juillet 2026 signalent pourtant un recul de 17 % sur cette gamme.

Les résultats sont tombés ce mardi 28 juillet 2026. Sur le premier semestre, les ventes de panels respiratoires BIOFIRE de bioMérieux ont reculé de 17 % à périmètre et taux de change constants. Le groupe invoque une saison épidémique moins active qu'en 2025. Or cette gamme est précisément celle qu'il vient d'implanter en Isère.

La famille et la région se trouvent au cœur de l'histoire. bioMérieux naît voilà plus de soixante ans à Marcy-l'Étoile, dans le Rhône, où le groupe conserve son siège. Le père, Alain Mérieux préside désormais l'Institut Mérieux, tandis qu'Alexandre, son fils, dirige bioMérieux. L'entreprise conçoit des tests de diagnostic in vitro, ces analyses réalisées en laboratoire à partir de prélèvements. Elle a dégagé 4,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025, dont plus de 94 % à l'international.

Ses implantations dessinent un arc régional dense. Marcy-l'Étoile et Craponne dans le Rhône, Grenoble et La Balme-les-Grottes en Isère. À une quarantaine de kilomètres à l'est de Lyon, ce dernier site existe depuis plus de quarante ans et emploie près de 600 personnes en recherche et en production.

Produire ici pour stocker ici

La future usine de Balme-les-Grottes fabriquera des tests PCR dits syndromiques, de la gamme BIOFIRE. Autrement dit, des analyses qui identifient en quinze à soixante minutes, à partir d'un seul prélèvement, les causes possibles d'une infection respiratoire, sanguine, digestive ou méningée. bioMérieux annonce environ 400 emplois directs à terme, pour une mise en route en 2030.

Les tests syndromiques BIOFIRE pèsent près de 40 % du chiffre d'affaires de bioMérieux. © bioMérieux

Aujourd'hui, ces tests partent d'une usine américaine, à Salt Lake City. Le site isérois viendra compléter ces capacités. L'enjeu dépasse la logistique. En période de crise sanitaire, la demande mondiale grimpe partout en même temps, et les flux transatlantiques deviennent le maillon faible. Un producteur européen garantit en revanche des stocks physiquement disponibles, hors de portée d'une décision d'export étrangère.

L'exposition financière justifie cette prudence. Pierre Boulud, directeur général, précisait le 29 mai que « les tests syndromiques représentent près de 40 % de notre chiffre d'affaires ». Une part considérable, adossée pour l'essentiel à un outil situé hors d'Europe. Alexandre Mérieux évoquait le même jour « notre volonté de consolider notre ancrage industriel en France ».

Un pari lancé pendant un creux

Les comptes du semestre rappellent la volatilité du produit. Sur six mois, les ventes atteignent 1 965 millions d'euros, en hausse de 0,2 % seulement à taux de change et périmètre constants.

Un détail change pourtant la lecture. Sans les tests respiratoires, le deuxième trimestre progresse de 7 % au lieu de 5 %. Les panels dédiés aux infections sanguines, digestives et méningées, eux, gagnent 5,5 % sur le semestre. Autrement dit, une seule gamme explique presque tout le tassement du groupe.

Un chiffre éclaire mieux le pari isérois. La trésorerie disponible a bondi de 76 % en six mois, à 299 millions d'euros. bioMérieux a donc dégagé en un semestre de quoi financer l'intégralité de son usine iséroise, dont la facture s'étalera pourtant sur quatre ans. Le groupe confirme dans la foulée ses prévisions annuelles, entre 3 % et 5 % de croissance.

Reste le pari lui-même. Une épidémie suffit à faire décoller les ventes, une saison calme à les faire retomber. bioMérieux engage un quart de milliard d'euros sur cette incertitude, en misant sur autre chose : le jour où l'Europe cherchera des tests, elle en trouvera sur son sol.

Lire aussi : A Lyon, le chiffre d'affaires de bioMérieux en chute libre

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