Le choix de la metteuse en scène Anne Kessler pourra étonner : dans sa version du chef-d’œuvre d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, c’est le comédien, homme de télé et de radio, humoriste et dandy Édouard Baer qui incarne le rôle-titre.
L’année dernière, en fin de saison, nous nous réjouissions de retrouver Édouard Baer dans le nouveau défi qu’il s’était lancé. Dans les différentes éditions de son spectacle intitulé Journal, programmé notamment en juin aux Nuits de Fourvière, il se faisait fort de réunir sur scène des personnages croisés dans la rue, dans sa vie ou lors d’auditions plus ou moins improvisées. Malheureusement, le spectacle fut annulé suite aux accusations de harcèlement reprises dans une enquête conjointe de Mediapart et du média féministe en ligne Cheek. In fine, aucune des six jeunes femmes concernées n’a porté plainte et l’humoriste a fait ses excuses pour son comportement “qui a pu mettre mal à l’aise ou blesser”. Dont acte.
C’est dans un projet beaucoup plus “cadré” qu’on le retrouvera deux soirs de suite au Radiant (les 26 et 27 février). Il tient en effet le rôle-titre, dans la mise en scène de la pièce emblématique d’Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac signée par Anne Kessler.
Sous la houlette de cette dernière, membre honoraire de la Comédie-Française, c’est une troupe de quatorze comédiens et comédiennes qui se déploie au service de ce chef-d’œuvre où tragique et sublime se marient dans une langue hors du commun.
Pour Édouard Baer c’est un sacré pari que de succéder dans ce rôle à des acteurs tels que Jean-Paul Belmondo, Jacques Weber, Gérard Depardieu, ou, plus récemment, Philippe Torreton.
Mais si l’on en croit les échos dans la presse et le succès public du spectacle, il a su relever le défi avec le panache qu’il se doit, et une forme d’humilité et de sobriété inattendues de sa part. Le fringant quinquagénaire (encore quelques mois, il est né le 1er décembre 1966) rencontre Cyrano comme une évidence, parce qu’il est tout comme lui un amoureux des mots, de la langue et de la poésie mais aussi, depuis ses débuts dans une carrière qui a pris différentes formes (animateur radio, présentateur télé, comédien, auteur, humoriste) un passeur d’émotions.
Belle occasion donc de le découvrir endossant le nez et le costume de cette icône du répertoire. Où, dans une mise en scène rythmée, alliant modernité et classicisme, il incarne Cyrano comme un roc… friable, multiple, sensible, entier, éperdu, brillant, fidèle, abandonné par les grâces et pourtant étincelant de cœur et d’âme.
Cyrano de Bergerac –Les 26 et 27 février au Radiant-Bellevue (Caluire)
