Livres : Houellebecq, détour à Lyon avant l’anéantissement

Heureuse surprise ! Le dernier, et tant attendu, roman de Michel Houellebecq, anéantir, se déroule en grande partie à Lyon et dans le Beaujolais.

Beaucoup d’encre a déjà coulé pour saluer le nouveau roman de Michel Houellebecq, anéantir, paru le 7 janvier et d’ores et déjà promis à un tirage d’au moins trois cent mille exemplaires.

Il est amusant de constater que les avis sont souvent liés à la couleur politique des organes de presse. La tendance étant de marquer sa déception à gauche et de s’enthousiasmer à droite.

En tout cas, il nous paraît intéressant de signaler quelque chose qui, nous semble-t-il, n’a été mentionné nulle part : une bonne partie du roman se passe à Lyon, avec de très belles descriptions des quais de Saône ou du Rhône. Mais aussi dans les vignobles du Beaujolais puisque le père du héros principal y a une superbe propriété, qui fait l’objet d’un des croquis glissés parmi les 734 pages que compte le roman. Voilà qui change des décors habituels, grisâtres, de l’écrivain, tels stations d’autoroute ou bureaux du quartier de La Défense.


Il se moque aussi de la société contemporaine, en tapant encore sur ses cibles habituelles, les bobos écolos moralisateurs et conformistes.


Par ailleurs, le lecteur qui apprécie celui qui est l’écrivain français le plus traduit au monde trouvera là encore son bonheur.

Houellebecq creuse ses obsessions. Il malmène la politique actuelle en imaginant Emmanuel Macron mettant en selle un bouffon médiatique (type Hanouna) pour lui succéder en 2027 (oui, il a donc été réélu), avec un cynisme assumé.

Il se moque aussi de la société contemporaine, en tapant encore sur ses cibles habituelles, les bobos écolos moralisateurs et conformistes. Tandis qu’il rend sympathiques, humains même, des hommes et femmes proches, ou l’ayant été, de Civitas. Fallait oser !

Mais ce qui est touchant, bouleversant, c’est le couple de cinquantenaires qu’il met en scène. Les deux tourtereaux quinquas retrouvent une manière de fièvre érotique alors que la maladie de l’homme devrait au contraire les en empêcher. Tout comme la mort qui s’invite partout autour d’eux.

Entre la tendresse avec laquelle il dépeint ce couple (enfin des héros houellebecquiens qui échappent à la solitude) et l’alacrité qui lui permet de démolir les cuistres, anéantir prend place parmi les plus réussis des romans de l’écrivain. Un nouveau chef-d’œuvre ? À vous d’en juger.


anéantir – Michel Houellebecq, éditions Flammarion, 738 p., 26 €.


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