Littérature : Magnifique Zad

Un roman bourré d’humour de Bénédicte Dupré la Tour sur l’excès de modernité…

“Si j’ai choisi d’écrire, c’est que je n’aime pas parler. Au moins, quand on écrit, personne ne vous coupe la parole.” C’est ce qu’a déclaré Bénédicte Dupré la Tour lors de la présentation organisée par l’Arall (Auvergne Rhône-Alpes Livre et Lecture) où étaient conviés les auteurs de notre région qui publient un livre lors de cette rentrée littéraire. Force est de constater, si l’on en croit Zones à défendre, son deuxième roman après l’épatant Terres promises, qu’elle a fait le bon choix. Ce nouveau roman connaît déjà un remarquable succès critique (il fait partie de la sélection du journal Le Monde pour son prix annuel). Amplement mérité.

Clémence, l’héroïne de ce dernier opus, entretient avec sa mère des rapports passionnément conflictuels. Il faut dire que cette dernière a une personnalité gratinée. Comme beaucoup, elle est tombée dans la marmite du complotisme durant l’épidémie de Covid. À la fois bornée, raciste et intolérante, elle croit dur comme fer à toutes les fake news qu’elle débusque sur Internet, tout en étant une fervente catholique. Tout irait bien, ou pas si mal, si elle n’essayait pas, de surcroît, de convaincre son entourage du bien-fondé de ses plus délirantes théories.

Par-dessus le marché, son frère, dans un style différent, a lui aussi une vision quelque peu déformée de la réalité. Poète raté mais capable d’écrire des textes fulgurants, c’est un fainéant assumé, un indécrottable prétentieux (il croit qu’il va sauver le monde par la magie de son verbe) et un anticapitaliste enragé. Dans ce trio familial dysfonctionnel, Clémence s’efforce de garder les pieds sur terre. Mais elle a du mal à exprimer la voix de la raison. Les conflits et les brouilles se multiplient. D’autant que son job de cadre responsable dans une société d’enfouissement de déchets commence à lui peser sur la conscience…

À la description souvent hilarante de ces trois personnages s’ajoutent des chapitres consacrés à la vie dans une Zad autogérée, animée, entre autres, par un certain Charp (surnommé ainsi en raison de ses talents de charpentier). Dans un premier temps, on ne voit pas vraiment le rapport. Avant qu’il ne saute aux yeux (bon sang mais c’est bien sûr, comment n’y avions-nous pas pensé avant ?). La construction est en effet habile et les différents ingrédients (tous liés aux excès de notre modernité), ingénieusement mélangés, fournissent la matière d’un roman bourré d’humour jusqu’à la gueule. Qui apporte une réflexion à la fois juste et jubilatoire sur les failles béantes de notre monde contemporain.

Zones à défendre – Bénédicte Dupré la Tour, éditions Flammarion, 352 p., 21,50 €.

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