La flèche du temps étant inexorable, le festival Les Chants de Mars fête, du 12 au 28 mars, ses 20 ans. Une édition forcément un peu particulière mais qui ne déroge pas à ses habitudes et son credo : célébrer, dans la meilleure des humeurs et avec fantaisie, la jeune chanson francophone.
Les Chants de Mars ont toujours été un peu plus qu’un festival. Déjà, il y a l’éclatement des lieux, certes de plus en plus utilisés s’agissant des raouts musicaux, mais que Les Chants de Mars ont presque inventé en s’appuyant sur un réseau de lieux de programmation toujours plus vaste. Qui va de la MJC des Rancy au Sucre, en passant par Le Transbordeur ou La Rayonne.
De Feyzin (Épicerie Moderne) à Rillieux-la-Pape (MJC Ô Totem), en passant par Bron (Jack Jack), c’est aussi l’occasion d’un petit tour de la métropole à peu de frais. Il y a aussi la transversalité, la pluridisciplinarité, appelons ça comme on veut, qui accompagne la chanson et la musique d’une exposition (aux Rancy et à la MJC du Vieux-Lyon) en partenariat avec la BmL, visant à célébrer les 20 ans du festival de la chanson francophone. Exposition participative composée d’archives visuelles et sonores, d’œuvres issues de la collection de la BmL et d’œuvres originales des adhérents des MJC.
L’affaire se complète aussi, toujours dans la dimension participative, d’ateliers et de rencontres pros. De cartes blanches confiées au Collectif Ados (quinze ados de 12 à 16 ans programment une soirée de A à Z). Et, bien sûr, des désormais incontournables 24H du mot, une soirée toujours animée par les anciens dirigeants d’A Thou Bout d’Chant, les sémillants Matthias Bouffay et Lucas Roullet-Marchand. Le principe : vingt-quatre artistes, réunis par groupes de trois, et qui n’ont jamais travaillé ensemble, ont pour mission de composer une chanson originale sur un thème imposé, en 24 heures chrono (pour les dix ans de l’épreuve, les organisateurs proposent une édition très spéciale qui se tiendra au Transbordeur et accueillera quelques grandes figures de cette drôle de course).
Réunion de famille
Mais, et la musique alors ? Déjà, on ne parlait guère d’autre chose mais, comme d’habitude, Les Chants de Mars accueillent, toujours en toute francophonie, un échantillon très représentatif de la chanson d’aujourd’hui. Oscillant habilement entre valeurs sûres (ou presque sûres ou très bientôt sûres) et talents émergents. Et sans se contenter de ratisser cette belle francophonie uniquement dans les faubourgs lyonno-parisiens.
En témoigne par exemple, en ouverture du festival, la présence de Juliette Magnevasoa, chanteuse franco-malgacho-basque, aux commandes d’un folk délicat mâtiné de chaloupes jazzy. Il s’agit toujours aux Chants de Mars de jouer avec les frontières de la chanson, de privilégier l’expression au genre comme avec la rappeuse Juste Shani ou la chanteuse franco-chinoise Sheng.
Idem pour le collectif MPL que l’on ne sait jamais trop qualifier (pop ?) depuis qu’il a gentiment explosé avec Elle disait, irrésistible ritournelle au riff panafricain, comme du Fauve pour bal du 14 juillet.
Pas plus facile à classer, parce que (dé)rangé dans l’éclectisme, il y a le Parisien James Baker. Tout comme le phénomène Sam Sauvage, sorte de croisement échevelé et façon tronche en biais, entre Capdevielle, Philippe Katerine et David Byrne des Talking Heads.
D’autres sont plus francs du collier quant à leurs intentions et les suiveurs disent merci, comme Étienne Fletcher, canadien, définitivement folk et grand dévoreur de festivals des deux côtés de l’Atlantique.
Pour parrainer ce petit monde qui se complète d’artistes comme Mauvaise Bouche, Pierre et La Rose (prix du jury des iNOUïS du Printemps de Bourges et pensionnaire régulier du cabaret Madame Arthur), de Joe la panic et du cabaret Les Dessous Lesbiens (qui invite entre autres Carmen Maria Vega et Melba), les organisateurs ont choisi Terrenoire. Le duo stéphanois, révélation de l’année aux Victoires de la musique 2022, est bien sûr déjà passé par Les Chants de Mars et renvoie l’ascenseur en y important son concept de tournée qui prend son temps.
Outre le concert de clôture des Chants qui sera aussi leur Carte Blanche (une poignée de jeunes artistes est conviée par leurs soins), les frères Herrerias s’attarderont à Lyon lors d’une table ronde (au Transbo le 24 mars), d’une lecture musicale à la BmL de Lyon Part-Dieu et d’une séance de travail avec la Chorale Pop de la MPT des Rancy. Un petit peu plus qu’un festival, on vous dit. Quasiment une réunion de famille.
Les Chants de Mars – Du 12 au 28 mars dans plusieurs lieux à Lyon
