En réunissant, l’univers enfantin et merveilleux de Roald Dahl (Charlie et la chocolaterie) et son obsession pour la famille, Wes Anderson (Darjeeling Limited, La Vie Aquatique), réalise un chef d’œuvre d’animation image par image. A voir absolument.
Mister Fox est un dandy de grand chemin, un esthète de la rapine de poule, un Arsène Lupin de la volaille, comme sa condition de renard l’y prédispose. Mais sous l’insistance de sa femme, il est contraint de raccrocher pour une vie nettement moins trépidante de père de famille et de journaliste. Mais comme Mister Fox n’écoute pas vraiment Madame, il tente un dernier gros coup en dépouillant trois grands fermiers, Boggis, Bean et Bunce. Il aura alors à subir leurs assauts vengeurs, mettant en péril la survie de sa famille et des animaux de la forêt.
C’est donc l’histoire d’un père de famille immature qui rejette en bloc la notion de responsabilité. Et dont la nature aventureuse et « sauvage » va reprendre le dessus. Mais c’est aussi l’histoire d’un fils, le sien, qui ne sait comment obtenir un peu de considération dans les yeux de son père (il rêve d’être un athlète, comme Fox, ancienne gloire du frappe-batte, un genre de cricket aux règles absurdes). Surtout avec l’arrivée de Kristofferson, ce cousin si parfait qui impressionne tant Fox. On nage ici en pleine thématique andersonienne : les relations parents-enfants, la difficulté à transmettre, plus simplement à aimer, et les ravages freudiens que cela peut faire. Surtout quand les parents sont des figures charismatiques, fantasques et égocentriques comme Fox (à l’image des pères dans La Vie Aquatique ou La Famille Tenenbaum, pour ne citer qu’eux).
Souci du détail
Comme toujours chez Anderson, le tout s’accompagne d’un sens de l’ironie qui lui permet d’aborder avec légèreté les problèmes de l’immobilier (Fox craque pour un hêtre un peu trop cher), des prêts à taux variable et du consumérisme. Car Fox vit clairement au-dessus de ses moyens, n’aimant rien moins que se sentir pauvre et volant plus de poulets qu’il ne pourrait en consommer. Un confort auquel il faudra renoncer face à l’acharnement de puissants et à la réalité économique, pour « survivre » sous terre, dans des galeries de plus en plus profondes.
A l’ère de la 3D et du numérique conquérant, le prince du vintage qu’est Anderson (il fait porter à Mister Fox son accoutrement fétiche, le costume en velours côtelé) a fait le choix de l’animation image par image. Procédé a priori désuet mais qu’Anderson a dirigé à distance via internet, et auquel il donne un charme fou grâce à un souci du détail quasi pathologique. Bourrés de clins d’œil (le western, le film de casse), rythmés par les Beach Boys ou les Stones, la réalisation et le design du film sont chic-issimes dans un déluge de couleur ocre.
Quant à ces objets inanimés et poilus que sont les figurines aux airs d’animaux empaillés, il leur insuffle littéralement la vie et l’âme de personnages hilarants. Tel le compère de Fox, Kylie, un opossum pas bien futé mais toujours « disponible ». Avec ce bien nommé Fantastic Mr. Fox, Anderson réalise un film à la fois profond (parfois au sens propre) et léger, enfantin mais à la morale très adulte, fait de bouts de ficelles mais aussi splendide et bien plus poétique que la machine de guerre Avatar (sans risque de migraine ophtalmique). Et peut-être, sous la pochade rusée, son meilleur film.
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