Dalila Belaza © Luca Ianelli

Dalila Belaza à la Maison de la danse : un récit choral intense !

Dalila Belaza crée Un peu pour mon cœur, un récit choral qui explore une vibration commune passant par le corps, le son et la voix. À ne pas rater.

Artiste associée à la Maison de la danse, Dalila Belaza y créera sa toute nouvelle pièce Un peu pour mon cœur après avoir déjà présenté à Lyon trois pièces : Figures, Rive et Orage, son travail en tant que chorégraphe ayant démarré avec Cœur en 2021. D’une pièce à l’autre, il y a cette même intention matricielle : créer des rencontres entre la mémoire de rituels folkloriques et les gestes de la danse contemporaine, à la recherche dit-elle « du récit intime, mystérieux et immuable qui sommeille en nous. Ce qui parle de l’être dans un sens essentiel et qui peut rassembler. Je crée pour cela les conditions qui permettent d’ouvrir, de questionner l’intime comme pour en extraire une histoire réinventée des hommes. » Ici encore et avec la puissance scénique et émotionnelle qui caractérise sa danse, il est question d’intime, de corps en résonance, de communion et d’individualité, de mémoire et de musicalité. Entretien.

Dalila Belaza © Luca Ianelli

Lyon Capitale : Un peu pour mon cœur est traversée comme vos précédentes pièces par l’idée de construire un récit à partir d’une partition musicale à laquelle vous intégrez, cette fois, la voix.

Dalila Belaza : Mon travail depuis Au cœur est effectivement traversé par le désir de construire du récit à partir d’une sorte de partition musicale, toutes mes pièces ne démarrent pas sur ce principe mais elles l’utilisent et cela fait partie de ma manière d’articuler les choses entre elles. La rencontre du son avec la danse qui elle aussi apporte une matière musicale avec également la manière dont j’utilise la lumière et l’espace, les rythmes, le silence, comme si tout cela était plusieurs instruments qui jouent ensemble pour produire du récit, créer une partition et permettre en même temps d’être en communion et c’est naturellement que j’ai ouvert cette nouvelle création à la voix.

Ce n’est pas le thème central mais vous puisez aussi dans vos expériences vécues en Algérie ?

Je parle d’un autre regard sur l’Algérie parce qu’en ce moment, je m’autorise à regarder de plus près d’où me vient cette sensibilité à la musicalité et qui finit par forger du récit. Et je constate que dans mes origines, dans les expériences que j’ai vécues, avec l’altérité, il y a énormément de ça. Dans les célébrations, les mariages au pays, cette manière de rassembler du chant, de la danse, de la musique et le fait que tout le monde y participe. On est ainsi dans une expérience assez complète qui n’assigne pas chacun à des rôles, « toi tu danses, toi tu chantes » etc. Ce qui est important, c’est l’expérience collective qui en ressort à ce moment-là et non pas la justesse du chant ou de la musique.

Et vous utilisez une variété de chants.

Oui, des chants traditionnels, bulgares, arabes, liturgiques en latin mais ça ne m’intéresse pas du tout de faire en sorte que le chant devienne en premier lieu quelque chose qui identifie une culture. Je n’échapperai pas à ça puisque l’on va entendre la langue arabe, ce qui m’intéresse c’est comment cela peut être réabsorbé, réintégré dans une pièce où seul le récit importe.

La notion d’altérité est-elle intrinsèque à la choralité ?

Oui, cela rejoint ma recherche de communion. Tout ce qui n’est pas nous est altérité, l’autre bien-sûr, et si on est trop dans le fait de se définir soi, on est déjà en train de créer une dissociation avec le tout et donc c’est toujours quelque chose qui se réévalue. Il s’agit d’effacer tous les paramètres identitaires comme par exemple ce que l’on pense être et regarder ce que l’on est quand ils sont mis de côté. Qu’est-ce ce qu’on est si on met tout cela au profit d’une partition ? Une partition c’est une possibilité de sons, il s’agit de créer des harmonies, des natures de dialogues, de contrepoints. Le son est immatériel et la manière de le traiter est de rejoindre en soi l’espace qui l’autorise à exister. Il ne s’agit pas ici de nier le corps mais c’est qu’à un moment donné, il ne doit pas être bruyant sinon il va empêcher cette matière de se propager à l’intérieur de soi. Et je pense qu’il y a nombre de choses à neutraliser quand on se pense être un danseur, les appuis que l’on a l’habitude d’utiliser, un corps qui bouge de telle manière etc. Il faut reprogrammer une autre manière d’être présent à l’intérieur de son corps car personne ne doit décider à un moment ce qu’il faut faire quand le son ou le chant viennent à soi.

Un peu pour mon cœur © Louise Ernandez

Justement comment abordez-vous le travail du corps ?

Il y a différentes écoles, nous on a travaillé le corps pour faire en sorte qu’il soit totalement disponible à un espace intérieur, car c’est bien cet espace qui est en action et cette approche fait partie de mon ADN. C’est à cet endroit-là que je maintiens la question du corps, un corps qui absorbe, qui reçoit, qui est polysémique, polymorphe et qui a un espace d’imaginaire vaste, à l’inverse d’un corps qui avec deux bras, deux jambes, un buste et une tête retranscrit seulement des choses apprises. Pour moi, la choralité c’est mettre tout le monde à cet endroit, pour capter et absorber et le plus important est de maintenir cet état que j’appelle de résonance.

L’espace, la lumière et le noir font partie de la partition comme dans tous vos spectacles d’ailleurs.

Oui, l’idée est de regarder un tout, donc avec l’espace, pour moi cela fait partie intégrante de la partition. Et pour la lumière, c’est pareil. J’essaie de continuer à explorer ce que j’avais commencé avec Cœur. La lumière est une matière première dans mon travail et je fais en sorte qu’il y ait toujours un mouvement intrinsèque à la lumière, qu’elle ne soit jamais décorative et elle peut être le prolongement d’une vibration. Le noir est présent parce qu’il me semble qu’on est déjà dans une boîte noire et qu’à priori, on regarde quelque chose à partir d’un point de départ qui est le noir, on éteint tout et on est déjà dans le noir avant qu’il ne se passe quoi que ce soit en fait. Et la question pour moi, tout le temps, c’est qu’est ce qui nait à partir de ce noir ? Donc ça reste toujours un dialogue avec l’obscurité, le noir est source de vie, entre ce que l’on voit en pleine lumière et ce que l’on voit dans l’obscurité.

Un peu pour mon cœur – Dalila Belaza, les 3 et 4 novembre à la Maison de la danse

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