L’arche de Stravinsky à l’Opéra

La nouvelle production de l’Opéra de Lyon est consacrée aux œuvres animalières de Stravinsky. Pas bête...

Bien que l’œuvre d’Igor Stravinsky mette en scène des animaux de tout poil, il semble absurde d’imaginer que le compositeur se soit un jour intéressé à nos amies les bêtes... L’arche de Stravinsky (à l’instar de celle de La Fontaine) est assurément peuplée d’humains, et si ces derniers revêtent volontiers masques, toison, pelage et autre plumage, c’est pour mieux servir un propos souvent cynique, sévir en ayant recours à l’allégorie.

Un renard rusé (ou plutôt cruel et impudent) se déguisant en religieuse ou en mendiante pour s’attaquer à un coq, un chat et un bouc prenant la défense du coq, finissant par tuer Renard... Un ragtime endiablé, des berceuses pour un chat désinvolte, un vieux et un lièvre : empruntant tantôt au folklore russe, tantôt à l’imaginaire médiéval, ou ayant tout simplement recours à sa pure invention, Stravinsky échafaude des fables insolentes, parfois immorales, égratignant avec espièglerie ses congénères tout en nous ravissant d’une musique la plus belle qui soit.

Car Stravinsky est sans doute le meilleur, le plus doué d’entre tous, sans doute aussi le plus mésestimé eu égard à ses inconvenances répétées. La première exécution du Sacre du printemps ne provoqua-t-elle pas un chahut parmi l’auditoire, ses détracteurs qualifiant l’œuvre de “massacre du printemps” ?

Le Rossignol déchu

Plat de résistance de cette production, Le Rossignol met de nouveau en scène la cruauté des humains, à travers le prisme d’un animal bienfaisant, innocent mais trahi par son maître cupide. Séduit un temps par le chant étourdissant de l’oiseau, l’empereur de Chine jette soudain son dévolu sur un rossignol mécanique (aux brillants artifices) offert par son homologue japonais. Notre vocaliste déchu se voit alors banni de l’empire. Peu rancunier cependant, l’oiseau merveilleux reviendra, une nuit, sauver le souverain souffrant des griffes de la mort.

Une partition exceptionnelle, à la croisée des genres et des modes d’écriture abordés par Stravinsky, une orchestration virtuose et scintillante : ce conte lyrique achevé en 1914 offre une grande place au rêve et à la féerie.

La mise en scène, confiée à Robert Lepage, joue la carte de l’exotisme. L’Empire du Milieu est à l’honneur : marionnettes, ombres chinoises et avalanche de couleurs... Attention les yeux !

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Le Rossignol et autres fables.

Le 22 avril à 16h et du 23 au 27 avril à 20h, à l’Opéra de Lyon.

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