Depuis son arrestation le 16 novembre, le convoyeur de fonds Toni M. qui a mis la main le 5 novembre sur 11,6 millions d'euros ne dit rien... jusqu'à quand ? La justice aurait aimé le voir parler lors de sa mise en examen, il est resté muet. L'enquête a maintenant quatre mois pour aboutir.
Selon le procureur de la République de Lyon, Xavier Richaud qui s'est exprimé mardi soir devant une foule de journalistes avides de questions, Toni M., le convoyeur de fonds le plus célèbre de l'hexagone n'aurait pas pipé mot depuis le début de sa garde à vue qui a commencé lundi en fin d'après midi.
« Le mutisme le plus complet »
« Il est dans le mutisme le plus complet », a indiqué Xavier Richaud à la presse mardi soir. « Il ne confirme ni avoir volé les 11,6 millions le 5 novembre, ni avoir toujours les 2,5 millions en sa possession », la proportion du butin qui reste à découvrir. L'homme de 39 ans ne confirme pas non plus être passé en Italie au début de sa cavale, malgré « les éléments détenus par la police et qui vont dans ce sens », selon le procureur.
De là à dire que le voleur d'origine serbo-croate est allé jusqu'en Serbie ces onze derniers jours, le procureur de la République n'a rien confirmé. « On sait simplement qu'il a loué une moto à Lyon le 1er novembre et qu'il a fait un certain nombre de kilomètres avec ». Le kilométrage au compteur de la moto ne serait pas « déterminant » selon Xavier Richaud. Mais des expertises seraient toujours en cours sur le véhicule à la PJ de Lyon.
Mise en examen pour « Vols et tentative d'escroquerie »
Demain mercredi, Toni M. sera présenté au juge d'instruction en fin de matinée qui lui signifiera sa mise en examen pour deux chefs d'accusation, « vol » pour les 11,6 millions du transport de fonds dérobés et « tentative d'escroquerie ». Toni M. se confiera-t-il au juge plutôt qu'aux policiers ? On vient d'apprendre en tout cas que Toni M. serait également poursuivi pour tentative d'arnaque à l'assurance.
En mai dernier, le convoyeur serait en effet passé en Serbie au volant d'une Ferrari qu'il avait en sa possession et il serait rentré en France, sans la voiture. Le pays ne faisant pas partie de l'espace Schengen, les contrôles à la frontière auraient permis d'établir avec certitude ses éléments, selon le procureur.
De retour en France, Toni M. aurait alors déclaré le vol à son assurance, pas en ex-Yougoslavie, mais dans l'Ain, pour tenter d'empocher la prime d'assurance. Mais sa tentative jusqu'alors avait échoué puisque l'assureur ne l'aurait pas remboursé jusqu'ici et aurait même ouvert une enquête pour établir la vérité. La police a terminé le travail ces derniers jours.
Quoiqu'il en soit, avec ce chef d'accusation supplémentaire, Toni M. risque non plus trois, mais cinq années de prison. Une annonce qui le laissait toujours de marbre, mardi soir, dans les locaux de la PJ, selon Xavier Richaud.
Quatre mois pour enquêter
Jean Valardi, vice-procureur de la République de Lyon, a précisé de son côté que « ce n'est pas parce qu'un suspect refuse de parler, que l'information judiciaire ne suit pas son cours », rappelant que la police disposait de suffisamment d'éléments matériels pour avancer.
Des demandes de réquisitions auraient même été envoyées aux banques pour étudier plus avant les mouvements bancaires des comptes de Toni M. et remonter le fil de sa vie. En tous cas, le fugitif mutique n'aurait plus de famille en Serbie et semblerait avoir agi seul et pour son propre compte, selon le procureur. Mais ce ne sont que des a priori puisque l'homme ne parle pas.
Mercredi après midi, Toni M. a été placé en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention. Son incarcération ne pourra pas durer plus de quatre mois, la durée de la détention étant proportionnelle au passé judiciaire du suspect. Ensuite, il sera libéré sous contrôle judiciaire en attendant son procès. En profitera-t-il pour disparaître une seconde fois dans la nature ? La police va devoir travailler vite d'ici là pour établir la vérité.