L’un des bus des supporters de l’OL incendié en marge du match entre le PSG et l’OL en Coupe de France. (Photo by Pierre BEAUVILLAIN / AFP)

Rixe entre supporters lors d'OL-PSG : le chauffeur d'un bus lyonnais au cœur des interrogations

Quatre jours après les affrontements qui ont éclaté entre supporters de l'OL et du PSG au péage de Fresnes-lès-Montauban, les versions divergent entre les autorités et les supporters des deux clubs. Un témoignage recueilli par Lyon Capitale questionne le rôle trouble du chauffeur du bus lyonnais incendié.

Quatre jours après la victoire du PSG en finale de Coupe de France face à l'OL, on ne parle quasiment plus du match mais principalement des tragiques évènements qui se sont déroulés en amont de celui-ci. Trois heures avant le coup d'envoi de la rencontre, de violents affrontements ont éclaté sur l'autoroute A1, au niveau du péage de Fresnes-lès-Montauban (Pas-de-Calais), à une quarantaine de kilomètres du stade de Villeneuve-d'Ascq où se déroulait la finale.

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Depuis cette rixe qui a fait trente blessés parmi les supporters ainsi que huit policiers, et qui a conduit à l'incendie d'un bus transportant des Lyonnais dont des enfants et une femme enceinte, les versions divergent entre les autorités et les supporters des deux clubs.

Les approximations de la préfecture

Si dans un premier temps le préfet du Nord, Bertrand Gaume, avait expliqué que le convoi de supporters lyonnais était "arrivé au mauvais endroit" et "à un mauvais timing" au niveau du péage où se sont déroulés les affrontements, les différents témoignages qui émergent depuis laissent planer le doute sur la véracité des propos de la préfecture du Nord. Selon cette dernière, sur les sept bus qui transportaient depuis Lyon les supporters du Virage Nord, trois étaient en retard sur l'aire de Rumaucourt, aire de repos où le convoi de bus devait retrouver l'escorte policière pour se rendre au stade. "A l’arrivée de ces trois bus retardataires, l’un ne s’arrête pas et file directement au péage de Fresnes" avait expliqué la préfecture peu de temps après les événements.

Une version démentie depuis par les témoignages publiés par nos confrères du Progrès, du Parisien ou encore de L'Équipe. "C'est au départ de Bron, lieu de rendez-vous à 5h30 du matin le samedi, qu'on a eu du retard" rembobine Thomas*, présent dans l'avant dernier bus du convoi et qui témoigne pour Lyon Capitale. "Sur les sept bus, il y en avait trois qui venaient de Paris. Ces 3 bus sont arrivés à Bron avec plus de 2 h de retard et on est finalement parti à 8 h 45 de la région lyonnaise en direction de Lille".

"J'entends les autorités administratives nous dire : 'au mauvais endroit au mauvais moment'. Mais ce n'est pas la réalité" s'est également exprimé Hervé Banbanaste, avocat des Bad Gones, chez nos confrères de BFM Lyon.  "Un retard qui nous handicape tous, et dont nous avons immédiatement fait part à nos contacts au club et à la police, afin que toutes les parties prenantes soient au courant et prennent les dispositions qu'ils estiment nécessaires" expliquait quant à eux les Bad Gones dans un communiqué au lendemain des faits.

Un changement de chauffeur qui interroge

Malgré ce retard à l'allumage, le trajet se passe ensuite sans encombre, jusqu'à l'aire de Rumaucourt. Thomas raconte : "Lorsqu'on est arrivés sur cette aire où on devait récupérer notre escorte, on a été très surpris de voir que les bus du Virage Sud ne nous avaient pas attendus et étaient partis sans nous". Résultat, une grande partie de l'escorte policière n'est plus présente sur les lieux et il ne reste plus que quelques motos et une voiture de police pour escorter les sept bus lyonnais. Sur ces sept bus, un seul manque à l'appel à 17 h. "Le dernier bus n'était pas derrière nous et avait 20 minutes de retard car il avait dû changer de chauffeur un petit peu avant" poursuit Thomas. Un changement de chauffeur qui intrigue le supporter lyonnais : "C'est le seul bus qui a eu besoin d'attendre un nouveau chauffeur qui venait de je ne sais où sur une aire d'autoroute."

Ces 20 minutes de retard ont finalement changé beaucoup de choses sur la suite de la journée des supporters lyonnais. Après avoir quitté l'aire de Rumaucourt escortés très faiblement par les forces de l'ordre, les sept bus lyonnais se retrouvent au péage de Fresnes-lès-Montauban au même moment qu'arrivent les bus de supporters parisiens. S'en suivra alors 45 minutes de guérilla urbaine entre supporters lyonnais et supporters parisiens.

Des supporters parisiens armés qui se seraient simplement "défendus" ?

Si le Collectif Ultra Paris ainsi que le PSG ont affirmé après les évènements que les supporters parisiens s'étaient simplement défendus face à l'attaque des Lyonnais, cette version est largement mise en doute par les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux. L'Olympique lyonnais qui a pointé du doigt "l'erreur manifeste de parcours" de la part des autorités s'est montré plus mesuré sur les responsabilités des violences : "La violence a éclaté sans que l'origine en soit clairement établie".

"J'ai vu des parisiens avec des piolets, des couteaux, des pieds de biche…"

Thomas, supporter lyonnais

"Lorsque notre convoi est arrivé au niveau du péage, les premiers bus ont été pris pour cible par des supporters parisiens" reprend Thomas. "Ceux qui étaient prêts à se battre sont alors descendus des différents bus pour se défendre. On était à main nue avec simplement nos ceintures pour nous protéger. Mais en face, j'ai vu des Parisiens avec des piolets, des couteaux, des pieds de biche ou encore des barres de fer".

C'est à ce moment-là que le comportement du chauffeur du septième et dernier bus du convoi lyonnais, celui qui sera complètement détruit par les flammes, chauffeur qui avait précisément été changé quelques kilomètres auparavant, interroge : "Au moment d'arriver au péage et alors que les forces de l'ordre lui demandaient d'avancer et de défoncer la barrière pour s'extraire du lieu des tensions, le chauffeur a coupé le moteur et a quitté le bus en passant par la fenêtre. On a ensuite vu le chauffeur partir en courant". Un témoignage qui rejoint celui recueilli par nos confrères du Parisien. Un supporter lyonnais affirme avoir vu le chauffeur prendre la fuite en montant dans un autre véhicule.

"Ce chauffeur était visiblement parti avec les clés du bus car au moment où le véhicule commençait à prendre feu, on a voulu monter dedans pour le faire avancer mais on n'a jamais trouvé les clés pour le démarrer" complète Thomas.

"Un guet-apens"

"Pour moi, on est clairement tombé dans un guet-apens" estime le supporter lyonnais qui avoue avoir un sérieux doute sur les chauffeurs des trois bus qui venaient de Paris. "Sans la demi-heure de retard du chauffeur parisien qui a dû être remplacé, on serait arrivé au péage avant les bus des Parisiens". Sur ces trois véhicules, l'un a donc fini incendié sous le péage, un autre, celui dans lequel Thomas se trouvait a été trop endommagé et n'a pas pu reprendre sa route vers le stade et le troisième a disparu alors que les Lyonnais venaient d'arriver au stade. "Quand on est ressorti du stade on s'est aperçu que le chauffeur avait décidé de rentrer à Paris sans rien dire à personne, alors même qu'il y avait des effets personnels des Lyonnais à l'intérieur du bus".

Mais alors, pourquoi l'OL et les organisateurs du Virage Nord ont fait appel à des bus venant de la région parisienne pour transporter des supporters entre Lyon et Lille ? "Aujourd'hui il y a de moins en moins de compagnies qui veulent nous prendre pour les déplacements" avoue Thomas, encarté depuis plusieurs années chez les Bad Gones. Sur les sept bus utilisés par le Virage Nord pour organiser son déplacement vers Lille, trois venaient donc de Paris, deux de Grenoble et deux autres d'encore plus loin en France.

Suite à ces incidents, le parquet d'Arras a ouvert une enquête "des faits de destruction aggravée du bien d’autrui par incendie, de dégradations en réunion, et de violences en réunion." Si à ce stade "aucun auteur n'a été identifié" selon le procureur d'Arras, l'enquête devrait permettre d'y voir plus clair sur les responsabilités de chacun. Et de comprendre enfin, ce qui s'est réellement passé ce samedi au péage de Fresnes-lès-Montauban.

*le prénom a été changé à la demande de l'intéressé.

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