Stade du Clos Layat. @Loris Lacroix

Reportage à Lyon : face au pass sanitaire, le foot amateur préfère se mettre hors jeu

Défaut de moyens pour les contrôles, incohérence des mesures, baisse des effectifs… Les clubs amateurs comme le FC Lyon subissent de plein fouet les nouvelles difficultés liées au pass sanitaire et son extension aux plus jeunes depuis le 30 septembre.  

Le pass sanitaire vient jouer les fauteurs de troubles sur les pelouses où les plus jeunes ont l’habitude de pratiquer leur sport : depuis le 30 septembre, les mineurs de 12 à 17 ans doivent avoir un schéma vaccinal complet ou un test négatif de moins de 72 heures pour participer aux entrainements et aux compétitions. Un véritable coup de massue pour les clubs amateurs, déjà ébranlés par la crise sanitaire et désormais contraints de se réorganiser en interne pour rester dans les clous.  


"On se donne une obligation de moyens, mais pas de résultats "

Yvan Claudey, Directeur général du FC Lyon. 


Au FC Lyon, ce n’est pas tant l’extension du pass aux mineurs qui sème le doute, mais plutôt le contrôle des QR codes des jeunes licenciés, des officiels et des spectateurs. "Le message est très clair de notre côté : on va faire le nécessaire. Simplement, on se donne une obligation de moyens mais pas de résultats. On a 78 équipes, il faut juste imaginer ce que ça représente en termes de programmation de matches les week-end. C’est dantesque. Il nous faudrait une douzaine de bénévoles chaque week-end pour faire ça. Mais on ne les a pas", résume ainsi Yvan Claudey, directeur général du FC Lyon.  

Le ministère chargé des sports a été limpide sur ce point. Dans les décisions applicables aux pratiques sportives à partir du 30 septembre, c’est bien le responsable de l’équipement ou l’organisateur de l’activité qui désigne les personnes habilitées à effectuer le contrôle du pass sanitaire. " En d’autres termes, l’Etat vient statuer de ce qui doit être fait avec le message suivant : « démerder vous », s’emporte Yvan Claudey, exaspéré. La fédération répète ce même message aux clubs, et nous, associations publiques et sportives, on doit assumer cette lourde responsabilité, seuls. On est très en colère car ce n’est pas notre rôle" 


"Je n’ai pas envie d’imposer tout ça aux entraineurs "

Frédéric Prat, responsable de l'école de foot du FC Lyon. 


Si les mesures sont bien définies, les contrôles du pass, eux, ne le sont pas. Chaque mercredi, ce sont plus de 600 enfants accompagnés de leurs parents qui défilent sur le complexe, très ouvert, du Clos Layat dans le 8ème arrondissement. Aucun contrôle du pass n’y est exigé. Pour Frédéric Prat, responsable de l’école de foot du FC Lyon, il n’y a rien de très surprenant. "On en peut plus de cette crise, elle dure depuis trop longtemps, souffle-t-il. On se relève à peine d’une année plus que compliquée et on doit encore trouver les ressources nécessaires pour gérer celle qui arrive. À titre personnel, je n’ai pas envie d’aller imposer tout ça aux entraineurs. Ils ne sont pas flics. Notre mission c’est de permettre à nos licenciés de pouvoir pratiquer leur sport, et rien d’autre. D’autant qu’on nous donne des directives, le hic c’est qu’on ne peut pas les mener à bien ".  

Stade du Clos Layat. @Loris Lacroix

À peine 30 % de vaccinés chez les plus jeunes  

Les encadrants et salariés du club se heurtent à un autre défi, plus coriace, qui là aussi ne relève pas de leurs compétences : faire en sorte que les plus réticents se vaccinent. "On voit beaucoup de parents qui se sont vaccinés, mais qui émettent plus de réticences lorsqu’il s’agit de leurs enfants, explique Yvan Claudey. Ça leur appartient et on n’est pas là pour juger et encore moins pour dire aux autres ce qu’il faut faire. Mais lorsqu’il a été demandé à nos éducateurs de faire le point très précis sur qui avait le pass sanitaire et qui ne l’avait pas, on s’est aperçu qu’il y avait moins de 30 % de vaccinés sur les 12-17 ans ". Un chiffre qui met les éducateurs dans des dispositions peu amènes en vue du démarrage des prochaines compétitions. Inévitablement, s’astreindre à ne convoquer que les joueurs vaccinés ou testés entraînera des forfaits, reports, voire une suspension de championnat. "On savait que les plus jeunes allaient être concernés. Mais où a été la communication durant tout le mois de septembre ? Pourquoi personne n’épaule les associations ? Les adhérents ont oublié tout ça. Ils se sont inscrits comme chaque année et d’un coup on leur coupe l’herbe sous le pied, ajoute le directeur général". Toutefois, les dirigeants du district et de la ligue ont informé les clubs que, dans l’immédiat, " ils allaient faire preuve de souplesse ", glisse Frédéric Prat. "Car s’ils avaient été radicaux dès le premier week-end, il n’y aurait pas eu de matches ".  


"Le pass sanitaire peut avoir du sens, mais la politique qui règne autour de son application n’en a aucun"

Patrice Réa, président du FC Lyon.


Au sein de la direction du FC Lyon, le moral ne faiblit pas. L’incompréhension face à ces mesures non plus. Pour Patrice Réa, président du club, la différence de traitement entre les associations sportives et l’école a de quoi laisser songeur. " C’est une aberration, un de mes licenciés peut aller faire du foot le matin sur notre terrain, sans avoir de pass à présenter, lorsqu’il est à l’école. Mais quand il revient sur ce même terrain le soir, pour aller s’entrainer cette fois-ci, il faut qu’il montre patte blanche. Le pass sanitaire peut avoir du sens, mais la politique qui règne autour de son application n’en a aucun ". Aussi, Patrice Réa espère une réaction des instances. Ces mêmes instances qui avaient promis des assouplissements au niveau des contrôles du pass la semaine passée. En espérant que cela facilite la vie associative et sportive. 

 

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