Autant de substantifs dignes d'une comptine pour enfant. Mais c'est dans une trame de toute autre nature qu'ils ont eu leur importance.
Rien de fictif ici : il s'agit en réalité de pseudonymes dont s'affublaient certains membres d'un réseau de trafic de stupéfiant. En effet, ce lundi 07 septembre 2009, comparaissaient 23 prévenus devant la 16ème chambre correctionnelle du TGI de Lyon, tous impliqués dans des go fast.
Les accusés forment un groupe bigarré à la barre : les uns ont la vingtaine, d'autres entre 45 et 50 ans. Ils viennent des quartiers périphériques et du 1er arrondissement de Lyon. Une collaboration intergénérationnelle, en quelque sorte, qui a abouti à une quinzaine d'importations ou tentatives d'importation de cannabis entre le Maroc et Lyon. Les enquêteurs parlent de 4 tonnes de résine entre 2006 et 2007.
Seulement un peu plus d'un kilo sera saisi. Le réseau aurait débuté son trafic depuis au moins 2002.
L'histoire de nos 23 protagonistes ressemblent fortement à un film américain : des bateaux de plaisance (notamment un très évocateur " Capricorne II ") , des berlines lancées à toute vitesse, des écoutes et expertises vocales...Etc. Il ne manquait à la barre que le témoignage d'un Roschdy Zem.
Notre fausse comptine (ou notre faux film) commence réellement le 25 juin 2006, près de Lyon, avec une saisie de 628kg de stupéfiant, conditionnés dans des valises imbibées d'essence. Les douanes agisssent sur renseignements. Le convoi est composé d'une voiture " ouvreuse ", d'une " porteuse ", et se termine par une " balayeuse ".
A chaque voiture sa fonction : d'abord un véhicule de reconnaissance, un autre chargé du transport, et enfin un dernier en appui en cas de problème. Interceptés près de Vienne, ces premiers 628kg appeleront d'autres saisies : 700kg en juillet 2007, et enfin 400 kg en décembre de la même année. Toute cette marchandise est importée par le même réseau. Malgré l'arrestation du " mangeur " en 2006 (une des présumées " têtes "), le réseau a donc continué pendant plus d'un an à organiser des transports via l'Espagne jusqu'à Lyon. C'est grâce à un travail d'enquête basé sur des écoutes et des recoupements par surveillance vidéo que le reste du réseau sera identifié et inculpé. Aujourd'hui, quatre individus incriminés sont toujours en fuite.
Le président de la 16ème chambre a insisté sur la constante " peur de représailles " dont ont fait part les inculpés tout au long de l'instruction. Le regroupement des prévenus à la prison de Corbas n'a en rien arrangé les choses : à l'approche du procès, les menaces se seraient faites plus sensibles.
Lors de ce premier jour d'audience le " mangeur " est pourtant sorti de son silence (inébranlable pourtant depuis 3 ans) : " Je n'avais pas confiance en moi, en la justice... maintenant je vais libérer ma confiance ". Il avoue être le fameux " mangeur " et décide de collaborer au procès.
Maître Metaxas, un des avocats des accusés, entend quant à lui baser sa défense sur une base plus politique que judiciaire : " Moi je suis là pour dénoncer l'hypocrisie internationale qui veut qu'on tape sur ceux qui font ça en France.
Alors qu'on sait très bien au Maroc qui fait ça, comment ils le font et comment ils l'exportent. On a 3000 tonnes de production de cannabis par an... Si on sulfate les champs de la vallée du Rif, on résoud le problème... seulement le gouvernement marocain ne peut pas le faire sinon ils ont une révolution nationale. La France est devenue une plaque tournante. "
Les douanes, dans leur droit de se constituer partie civile, réclament aujourd'hui 1,5 millions d'euros d'amendes contre les prévenus.
Pendant ces deux semaines d'audience, David Metaxas aura à cœur de démontrer l'absurdité d'un système : " quand on propose à un jeune 15 000 euros pour aller chercher de la résine de cannabis, quelle autre réinsertion lui proposer face à ça... le mettre en taule, travailler pour 1500 euros par moi de 8h du matin à 20h le soir ? C'est juste impossible.Si on veut que ça s'arrête, il faut taper à la source. "
Un système qui paraît être effectivement frappé du sceau de l'éternel retour : comme le démontre cette affaire, dès que le réseau est décapité, d'autres prennent les places vacantes.
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