À la veille de la mobilisation interprofessionnelle du jeudi 5 novembre à Lyon, l’intersyndicale a déposé un référé-liberté, examiné par la justice ce mercredi pour pouvoir rejoindre la place Bellecour malgré l’interdiction de la préfecture du Rhône.
Mardi soir, à deux jours de la grande mobilisation nationale, les services de l’État ont pris un arrêté interdisant les manifestations, cortèges, défilés et rassemblements sur la voie publique dans une large partie du centre-ville de Lyon, ce jeudi 5 novembre, entre 9h et 20h. Un arrêté qui fait beaucoup parler, puisque les syndicats souhaitaient un parcours partant de la Manufacture des Tabacs, dans le 8e arrondissement, pour arriver sur la place Bellecour. La préfecture s’est donc opposée à cette arrivée, invoquant les "violences et dégradations extrêmement importantes du 17 octobre" et les conséquences de ces événements pour les commerçants et les habitants de la Presqu’île.
Face à cette interdiction, l’intersyndicale a décidé de saisir la justice par un référé-liberté. Sans connaître encore la décision du tribunal, les représentants syndicaux ont organisé une conférence de presse pour montrer leur colère. "Refuser l’arrivée sur la place Bellecour serait un précédent et une atteinte grave, à quelques mois des présidentielles", a estimé Maud Millier, secrétaire générale de la CGT dans le Rhône. Elle rappelle que les manifestations syndicales arrivent traditionnellement sur cette place, qu’elle considère comme le lieu le plus adapté pour accueillir un grand nombre de participants et "organiser leur dispersion en sécurité". Le représentant de Solidaires ajoute que le rassemblement du 31 octobre a montré que la place Jean Macé ne pouvait pas accueillir plusieurs milliers de manifestants.
Les syndicats dénoncent un "deux poids, deux mesures"
Les organisations syndicales contestent également les arguments avancés par la préfecture pour justifier cette interdiction. Pour Xavier Boiston, représentant de Force ouvrière, "manifester est un droit constitutionnel". Il rappelle que les rassemblements organisés historiquement place Bellecour n’ont pas, selon lui, donné lieu à des violences comparables à celles du 17 octobre qui "n’était pas une manifestation déclarée". "Il y a une urgence sociale. Les travailleurs sont étranglés. Il appartient au gouvernement de répondre aux revendications. Ce n’est pas en interdisant de manifester qu’on va trouver des solutions", a-t-il déclaré. Du côté de la CFDT, Aimé Richard Lekoa, secrétaire régional de l’URI CFDT Auvergne-Rhône-Alpes, estime que "refuser l’accès à Bellecour, c’est chercher à invisibiliser la colère". Il affirme que le parcours avait été proposé à la préfecture huit jours avant la mobilisation et que la date du 5 novembre avait été fixée un mois auparavant.
Le représentant syndical a également évoqué un courrier, daté du 21 octobre selon lui, dans lequel des associations de commerçants et d’entreprises auraient annoncé leur intention de constituer des groupes d’autodéfense. Une situation qu’il juge préoccupante : "On nous demande de sécuriser nos cortèges, ce que nous faisons avec beaucoup de professionnalisme, puis on nous dit qu’on ne pourra pas aller à Bellecour, alors qu’on laisse des individus se défendre par eux-mêmes. C’est très dangereux."
Entre 20 000 et 30 000 manifestants attendus à la Manufacture des Tabacs
Malgré le désaccord avec les autorités, les syndicats maintiennent leur appel à la mobilisation. Entre 20 000 et 30 000 manifestants sont attendus jeudi à Lyon, selon les estimations des services de l’État. "La manifestation est un outil constitutionnel au service des travailleurs", a insisté Maud Millier, tout en maintenant l’appel au rassemblement jeudi à 10h30 devant la Manufacture des Tabacs. Un service d’ordre conséquent doit être mobilisé pour encadrer le cortège.
Les organisations indiquent avoir pris en compte l’arrêté préfectoral, tout en attendant la décision de justice avant de préciser la suite du parcours. Aucun nouvel échange avec la préfecture n’était annoncé à l’issue de la conférence de presse. "Nous voulons atterrir sur la place Bellecour. Si ce n’est pas le cas, ce sera uniquement sous la contrainte de la préfecture", conclut l’intersyndicale. À noter que l’audience concernant l’arrivée, ou non, de la manifestation sur la place Bellecour s’est tenue ce mercredi à 15h30. Nous n’avons pas encore d’informations à ce sujet. En l’état actuel des choses, une arrivée au parc Blandan pourrait être envisagée comme plan de secours.
Les écoles aussi impactées ce jeudi
En parallèle de la manifestation, le syndicat SNUDI-FO annonce une forte mobilisation des enseignants et des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) dans les écoles publiques du Rhône. Plusieurs établissements devraient rester fermés ce jeudi 5 novembre, notamment à Lyon, Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, Tarare, Brignais ou encore Chassieu. Les personnels réclament une augmentation immédiate de 10% de la valeur du point d’indice, l’arrêt des suppressions de postes et la création des postes nécessaires dans les écoles et les établissements sociaux et médico-sociaux. Le syndicat demande également un statut pour les AESH avec un temps plein de 24h, l’abrogation de Parcoursup et l’arrêt de la répression envers la jeunesse.

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