Rue de la République de Lyon @Hugo LAUBEPIN
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Lyonnais qui êtes-vous ?

L'Insee vient de produire une photographie de la population lyonnaise. Lyon Capitale l'avait fait en 2013 et 2022. Voici le comparatif.

La population lyonnaise a-t-elle changé en treize ans ? Les évolutions sont là, chiffrées, documentées, implacables. Lyon, ville bourgeoise et laborieuse, catholique et franc-maçonne, froide et fermée, jalouse de Paris : ces stéréotypes qui collent à la cité de Guignol depuis des générations résistent de moins en moins à l'examen des faits. La réalité est plus complexe, plus mouvante, et souvent plus inattendue.

Synthèse : en treize ans, Lyon a consolidé son identité de métropole jeune, diplômée et cadre, tout en voyant ses fractures internes s'accentuer : entre arrondissements riches et populaires, entre diplômés et non-diplômés, entre natifs et immigrés, entre hommes et femmes. La ville attire, retient et sélectionne, avec une efficacité croissante. Le risque, lisible dans les chiffres, est celui d'une ville à deux vitesses qui se referme progressivement sur ses catégories supérieures, pendant que ses classes populaires refluent vers les marges de la métropole.

Sources : Insee Flash Auvergne-Rhône-Alpes du 26 février 2026, données recensement 2022- Enquêtes de Lyon Capitale n°893 (mars 2022) et Lyon Capitale n°726 (octobre 2013) basées sur les données de l'Insee.

Note : Le Flash INSEE Auvergne-Rhône-Alpes de février 2026 est une étude thématique ciblée sur la jeunesse et la structure socioprofessionnelle de Lyon. Il ne couvre pas l'ensemble des indicateurs traités par Lyon Capitale en 2013 et 2022 (revenus, logement, ménages, mobilité), lesquels agrègent des sources Insee multiples dans une logique de portrait global. Pour ces indicateurs, la comparaison ne porte donc que sur les deux enquêtes du magazine (2013-2022).

Lyon, une ville jeune mais qui commence à vieillir

Avec 520 800 habitants en 2022 Lyon est la troisième ville de France. Son profil démographique reste sa caractéristique la plus frappante : l'âge médian y est de 33 ans, soit neuf ans en-dessous de la moyenne nationale (42 ans) et deux ans en-dessous des autres grandes villes (35 ans). Les moins de 30 ans représentent 44 % des résidents et la tranche des 18-29 ans, pèse 26 % de la population, une proportion inchangée depuis 2006 et nettement supérieure à la moyenne nationale (14 %).

Cette jeunesse n'est pas le fruit du hasard : elle est largement importée. Un résident âgé de 18 à 29 ans sur cinq n'habitait pas Lyon l'année précédente, un taux supérieur à celui des autres grandes villes françaises (17 %). Lyon capte les jeunes de toute la France, et particulièrement de régions éloignées, grâce à ses pôles universitaires et à son tissu économique. Revers de la médaille : les personnes âgées de 60 ans ou plus ne représentent que 19 % de la population lyonnaise contre 27 % en Auvergne-Rhône-Alpes. Dans Lyon Capitale, les sociologues Jean-Yves Authier et Isabelle Mallon (CNRS/Lyon 2) alertaient dès 2022 sur "un léger vieillissement de la population avec un accroissement de la part des 60-74 ans", un signal faible à surveiller.

La "cadrification" : tendance lourde et accélérée à Lyon

C'est sans doute la transformation la plus structurante de Lyon sur vingt ans. En 2013, les cadres représentaient 17 % des CSP. En 2022, ils atteignent 20,4 %. Selon l'Insee l'INSEE qui donne la mesure réelle du phénomène : 40 % des Lyonnais en emploi sont cadres, soit deux fois plus qu'en France métropolitaine et davantage que dans n'importe quelle autre ville de plus de 200 000 habitants (32 % en moyenne). Depuis 2006, la part des cadres a bondi de +13 points.

Cette montée en gamme s'explique par la tertiarisation de l'économie lyonnaise et par un effet d'attractivité sélective. Fait révélateur : 1 Lyonnais sur 2 né dans une autre région de France est cadre contre moins d'un sur trois parmi les natifs de Lyon. Les résidents originaires d'Île-de-France sont les plus qualifiés : 54 % d'entre eux sont cadres. En miroir, les ouvriers (-5 points depuis 2006) et les employés (-7 points) reculent continûment. Les ouvriers ne représentent plus que 8 % des actifs, soit deux fois moins qu'en France métropolitaine. La fracture est également très marquée selon l'origine : les Lyonnais nés à l'étranger sont beaucoup moins souvent cadres (29 %) et bien plus souvent ouvriers (19 %) ou employés (27 %).

Une géographie sociale qui s'accentue par arrondissement lyonnais

L'Insee apporte en 2026 une donnée absente des enquêtes précédentes : la carte sociale de Lyon par arrondissement qui révèle une polarisation croissante entre un centre aisé et des périphéries populaires. Le 6e arrondissement est le plus "cadre" de Lyon, avec 53 % de cadres parmi ses actifs. Plus généralement, les résidents lyonnais natifs d’Île-de-France sont en particulier très souvent cadres (54 %).  Le 1er arrondissement (46 %) et le 4e arrondissement (45 %) (pentes et plateau de la Croix-Rousse) suivent de près. À l'opposé, les 8e et 9e arrondissements concentrent les plus fortes parts d'employés et d'ouvriers, dessinant des périphéries au profil socio-économique nettement plus populaire. La géographie de la jeunesse est tout aussi marquée : les 1er, 2e et 7e arrondissements concentrent les 18-29 ans étudiants et jeunes actifs. Le 9e arrondissement est, quant à lui, le plus familial de Lyon (le plus de mineurs, de couples avec enfants, de familles monoparentales). Enfin, les seniors se retrouvent davantage dans les 4e et 5e arrondissements.

Lyon, ville de plus en plus diplômée et à deux vitesses

En 2013, 44,1 % des Lyonnais avaient fait des études supérieures. En 2022, cette part atteint 55,4 % soit une hausse spectaculaire de + 11 points en neuf ans. Lyon confirme son statut de première capitale universitaire du Grand Sud-Est avec une particularité : 6 étudiants sur 10 résidant à Lyon sont des femmes, attirées notamment par "les filières féminisées" de lettres, langues, droit et sciences sociales des universités Lyon 2 et Lyon 3. Paradoxe révélateur : dans le même temps, le nombre de personnes sans aucun diplôme augmente légèrement (+0,7 %). Lyon est une ville à deux vitesses intellectuelles où la surqualification coexiste avec des poches de précarité éducative concentrées dans les arrondissements populaires.

La solitude comme mode de vie dominant

Pour la première fois, la part des personnes vivant seules franchit le cap de la majorité absolue : 50,5 % des ménages lyonnais en 2022 contre 48,2 % en 2013. La progression est continue depuis 1999. Ce phénomène touche plus les femmes (57 % des personnes seules), même si leur nombre est en légère baisse (-1,3 %). Couples sans enfant (19,6 %) et couples avec enfants (17,2 %) reculent tous deux. La colocation progresse signe de la pression du marché immobilier et de la hausse du nombre d'étudiants. Lyon est structurellement une ville de célibataires, un modèle qui renforce la demande de petits logements et pèse sur les loyers.

Une ville structurellement locataire malgré tout

Malgré deux décennies de politiques d'accession à la propriété, 2 Lyonnais sur 3 sont locataires (64,2 % en 2022 contre 632 % en 2013). Les propriétaires stagnent à 33,7 %, très loin de la moyenne nationale (48,7 %). La jeunesse, la mobilité résidentielle et la pression foncière rendent l'accession à la propriété difficile pour une large part de la population

Des revenus en hausse mais des inégalités qui se creusent

Entre 2013 et 2022, la médiane du revenu disponible a progressé de +13,5 %, passant à 24 150 euros. Les salaires horaires nets ont également augmenté : 16,90 euros/heure/ en moyenne (18,50 euros pour les hommes, 14,80 euros pour les femmes). Mais cette hausse masque une fracture croissante. Le 9e décile (les plus aisés) a progressé de +18,9 % quand le 1er décile (les plus modestes) n'a gagné que +3,4 %.

Une féminisation confirmée et spécifique

Lyon compte 30 800 Lyonnaises de plus que de Lyonnais. La part des femmes y est plus importante qu'en France métropolitaine (+1,4 point) particulièrement chez les 60 ans et plus (59 %) et chez les 18-29 ans (54 %). Le fait que six étudiants sur dix résidant à Lyon soient des femmes s'explique par la géographie des campus : Lyon 2 et Lyon 3 (lettres, langues, droit, sciences sociales) sont situées en plein cœur de la ville. À l'inverse à Villeurbanne où se trouve le campus scientifique de Lyon 1 (la Doua) les femmes sont moins nombreuses (49 %)

Une immigration stable, mais une fracture sociale selon l'origine

Les étrangers représentent 9,3 % de la population lyonnaise en 2022 (+1 % depuis 2013). Les Algériens restent la première communauté (19,9 % des étrangers), mais la plus forte progression concerne les autres nationalités africaines hors Maghreb (+0,5 %).

L'Insee révèle une fracture socioprofessionnelle très nette : les Lyonnais nés à l'étranger sont bien moins souvent cadres (29 %) que la moyenne (40 %), et bien plus souvent employés (27 %) ou ouvriers (19 %). Leur profil est aussi plus âgés, 48 % ont entre 30 et 59 ans (vs 37 % pour l'ensemble) car ils viennent à Lyon essentiellement pour le travail, non pour les études.

Lire aussi : Lyonnais qui êtes-vous ? Photographie de la population lyonnaise


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