L’Airbus H130 est le modèle d’hélicoptère sur lequel Limatech a testé sa batterie en vol, en juin 2025. © Airbus

Isère : Limatech, testée en vol par Airbus, meurt faute de clients

Née du CEA, certifiée, financée par l'argent public et repérée par Airbus, la start-up iséroise de batteries d'avion avait tout d'une pépite. Le tribunal de commerce l'a pourtant liquidée en juin.

Le 11 juin 2025, Limatech annonçait un premier essai en vol réussi, sur un hélicoptère H130 d'Airbus. Un an plus tard, jour pour jour, le tribunal de commerce de Toulouse prononçait sa liquidation. Entre les deux, une usine flambant neuve, des dizaines de millions levés et presque aucun client.

Du CEA à l'usine de Voreppe

Limatech naît en 2016 dans l'écosystème grenoblois. Elle est issue du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Ses fondateurs, Florence Robin, ingénieur et Marc Béranger, chercheur, veulent alléger les batteries des avions. Leur pari : le lithium fer phosphate, une chimie plus légère que le plomb ou le nickel-cadmium encore courants dans l'aéronautique. Un système d'algorithmes, co-breveté avec le CEA, doit éviter l'emballement thermique, autrement dit la surchauffe qui rend le lithium dangereux.

La technologie séduit vite. En effet, dès 2020, l'Union européenne octroie 2 millions d'euros à la jeune pousse. Le plan France 2030 lui décerne ensuite deux financements, notamment via l'appel à projets Première usine. Le 11 juillet 2024, Limatech inaugure à Voreppe, près de Grenoble, un site de 1 200 mètres carrés, pour 10 millions d'euros d'investissement. L'État et l'Europe en financent l'essentiel. Son usine est iséroise, mais son siège social a migré à Toulouse, capitale aéronautique. La start-up revendique alors 16 millions d'euros levés depuis sa création.

L'usine tourne, les clients manquent

Le décor est planté, mais le carnet de commandes reste vide. À l'inauguration, la dirigeante reconnaissait n'avoir vendu que trois batteries, à 10 000 euros pièce. Soit 30 000 euros de recettes. Dans le même temps, l'entreprise visait 130 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2028, puis 180 millions en 2030. Ces cibles, avancées par la société, n'ont jamais été à portée. Fin 2024, son résultat net accusait déjà une perte de 1,21 million d'euros.

Le marché existe pourtant. Il est estimé à 120 000 batteries par an. Mais Limatech y affrontait six concurrents, tous des multinationales. Face à eux, une start-up sans revenus devait industrialiser vite. Or le démarrage de la production de série glissait sans cesse. Promis début 2025 à l'inauguration, il était repoussé à la mi-2026 un an plus tard. En attendant, la trésorerie brûlait.

L'argent public amorce, le privé recule

Pour tenir, Limatech comptait sur une levée de 20 millions d'euros, lancée fin 2024 et ouverte en partie au grand public. Cet argent devait financer une deuxième ligne, plus automatisée, et la commercialisation. Il n'a manifestement pas suffi. Le 9 avril 2026, l'entreprise cessait ses paiements. Le tribunal de Toulouse ouvrait un redressement, converti en liquidation deux mois plus tard, faute de repreneur.

Reste le site de Voreppe, une poignée de salariés à reclasser et des brevets co-signés avec le CEA. Le liquidateur doit désormais céder ces actifs. La technologie, elle, avait convaincu. Reste à savoir qui la relèvera.

Lire aussi : Isère : une usine de production de batteries s'installe près de Grenoble

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