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Les rives de Saône deviennent un projet d'art public

Gérard Collomb a présenté mardi 8 février à Paris le projet des rives de Saône après l'avoir expliqué à la presse lyonnaise la semaine dernière. Un projet axé sur l'art public dont certaines œuvres ne parviennent pas à se hisser à la hauteur de l'ambition du projet.

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On mesure d'ailleurs l'importance que Gérard Collomb accorde à ses projets par sa propension à faire le déplacement jusque dans la capitale afin d'espérer quelques retombées nationales. On peut toujours douter de l'efficacité de l'opération. Aux dernières nouvelles, c'était un succès. Mais ce doute, tout raisonnable qu'il soit, sera à coup sûr brûlé sur le bûcher redoutable du l'argument du "rayonnement international de Lyon". Voilà déclamée la nouvelle pensée unique de toute politique publique dans cette agglomération. Quelle que soit l'action engagée, soyez assuré qu'elle l'est au nom du sacro-saint rayonnement.

Un récit fantasmé qui emprunte, s'il l'on veut bien s'en rendre compte, aux techniques de communication du storytelling qui, de Michel Noir à Gérard Collomb en passant par Raymond Barre, n'a cessé de faire croire à la dimension internationale de la deuxième ville de France. Mais une ville aux allures véritablement internationales a-t-elle besoin de l'aboyer sur tous les toits ? En dépit des efforts fournis depuis plus de 20 ans, le rayonnement de Lyon est toujours à accomplir. Voilà un motif d'étonnement suffisant pour nous autoriser le droit de douter ou au moins d'interroger cette politique du rayonnement.

Emphase

Le projet des rives de Saône n'échappe pas à la règle. Il s'agirait même, rayonnement oblige, du "plus grand projet d'art public en Europe, voire du monde". La déclaration emphatique est de Jérôme Sans, directeur artistique du projet et connu dans le monde de l'art contemporain pour avoir fondé le révolutionnaire Palais de Tokyo à Paris. Étrangement, Gérard Collomb ne souhaite pas faire percevoir les rives de Saône comme des berges du Rhône bis. Pourtant le principe est le même. Reconquérir les berges afin de se réapproprier la rivière et susciter de nouveaux usages de flânerie, de déambulation, de loisirs et de nouveaux plaisirs au cœur de la ville, à la fois ludiques et contemplatifs ; sportifs et récréatifs. Mais pour les rives de Saône, l'accent a été mis sur l'art public afin de rythmer et d'accompagner les différentes séquences de ce déploiement de la Saône.

13 artistes ont proposé des œuvres d'art originales pour les 18 km de berges à reconquérir entre le quartier de la Confluence, au sud et Rochetaillée-sur-Saône, au nord. Le parcours sera continu et serpentera sur la rive gauche de la Saône. Il s'agit de la partie qui sera livrée courant 2013. À terme, c'est 50 km de berges qui seront aménagés jusqu'à Neuville-sur-Saône. La rive droite n'est pas complètement oubliée et bénéficiera d'aménagements ciblés, comme la création d'une esplanade devant le palais de justice ou la requalification des quais et des berges du quartier de l'industrie à Vaise. Ce dernier aménagement est cependant renvoyé à plus tard.

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Projet d'esplanade du palais de justice

Parmi les interventions des artistes, on retiendra plus particulièrement l'intervention du Japonais Tadashi Kawamata qui propose la construction d'un belvédère en bois sur la culée de l'ancien pont d'Ainay, afin de contempler l'église Saint-Georges depuis l'autre rive. L'artiste propose également une double pente au niveau du parking Saint-Antoine qui s'accrochera au quai et permettra la contemplation de la colline de Fourvière, effaçant ainsi la vue sur le parking dont la démolition est renvoyée à plus tard. On remarque également ces dix marelles au niveau du bas-port Gillet crées par l'artiste béninois, Meschac Gaba, qui seront réalisées en bas-reliefs et incrustés de divers blasons locaux.

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Le belvédère de l'artiste Tadashi Kawamata

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La double pente sur le parking Saint Antoine

Art contemporain et urbanisme "préventionnel"

En revanche, plusieurs œuvres laissent dubitatifs. On pense à cet escalier proposé par les Suisses Sabin Lang et Daniel Baumann qui n'arrive nulle part, sinon pour proposer un lieu de contemplation de la Saône à quelques hauteurs seulement du sol. On remarque aussi ce projet de l'argentin Pablo Reinoso sur le bas-port Gillet. Dans les niches de celui-ci, l'artiste souhaite installer des "excroissances tentaculaires, sortes de lianes tentant de se frayer un chemin dans la minéralité du quai" selon la présentation qui en faite dans le dossier de presse. On doute de l'intention réelle de l'œuvre lorsque l'on sait que ces niches accueillent aujourd'hui des cabanes de sans domicile fixe. Il semble tout autant question d'art contemporain que d'urbanisme "préventionnel", autrement dit d'approche de la ville fondée sur la sécurité, la gestion des conflits et des nuisances.

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Les "excroissances" de Pablo Reinoso

L'impression globale laissée par la présentation de toutes ces œuvres n'enthousiasment cependant pas. On ne reste pas subjugué par ces propositions artistiques et on ne parvient pas à se les approprier ou à se projeter dans les expériences qu'elles entendent provoquer. Si les rives de Saône sont un projet d'urbanisme ambitieux qui entend changer la physionomie de Lyon en suscitant un usage et une contemplation apaisées de la ville, les œuvres artistiques qui scandent le parcours déambulatoire de la Saône ne semblent pas parvenir à se hisser au niveau du projet.

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