Le Journal de Saône-et-Loire, à Châtenoy-le-Royal

Le Journal de Saône-et-Loire dans la tourmente d'un vaste plan social

Le groupe Ebra, propriété du Crédit mutuel, prévoit jusqu’à 400 départs sur ses quelque 3 200 salariés, et veut automatiser une partie des tâches grâce à l’IA. Ce vendredi, les salariés de ses neuf quotidiens, dont Le Journal de Saône-et-Loire, sont appelés à la grève.

Les salariés des neuf journaux régionaux du groupe de presse Ebra, dont ceux du Journal de Saône-et-Loire, à Châtenoy-le-Royal, propriété du Crédit mutuel, sont appelés à faire grève vendredi contre un plan de suppression de postes et l'usage accru de l'intelligence artificielle (IA), a appris l'AFP de sources syndicales.

En plus du Journal de Saône-et-Loire, Ebra (Est Bourgogne Rhône-Alpes) édite Le Dauphiné libéré (Grenoble), Le Bien public (Dijon), Le Progrès (Lyon)), L'Est républicain (Nancy), Le Républicain lorrain (Metz), Vosges Matin (Épinal), L'Alsace (Mulhouse) et Les Dernières nouvelles d'Alsace (Strasbourg), des titres qui couvrent au total 23 départements.

400 postes menacés

"Ce sera la première fois qu'il y aura une grève le même jour, et c'est aussi la première fois qu'il y a un plan de cette ampleur, qui touche tous les salariés", a noté Delphine Banas, déléguée syndicale SNJ-CGT au Républicain lorrain. Le groupe Ebra, dont les ventes au numéro et les abonnements ont été divisés par deux en dix ans, a annoncé fin juin un plan de départs volontaires visant jusqu'à 400 postes sur ses quelque 3.200 salariés.

Comme la plupart des titres de presse, ces journaux subissent l'érosion de leur diffusion papier ainsi que la baisse de leurs revenus publicitaires. La perte opérationnelle du groupe a dépassé les 10 millions d'euros en 2025, souligne la direction, bien que, pointent les syndicats, la maison-mère Crédit mutuel ait dégagé un résultat net de 4,8 milliards.

La direction, qui a indiqué mercredi à l'AFP avoir "pris acte de cet appel à la grève, lancé par une partie des organisations syndicales", entend compenser ces réductions d'effectifs par l'automatisation de tâches, notamment d'édition, à l'aide d'outils d'IA. "Introduire massivement dans nos contenus une information bidouillée par l'intelligence artificielle, repérable en deux coups de cuillère à pot par n'importe qui, c'est donner des arguments à ceux qui contestent le rôle fondamental de la presse traditionnelle", a commenté dans un communiqué le Syndicat national des journalistes (SNJ) de L'Est républicain et de Vosges Matin.

"Ce n'est ni tenable, ni réaliste"

"La direction souhaite faire mieux avec moins : ce n’est ni tenable, ni réaliste. L’intégration de l’IA affecte la nature même du métier de journaliste, et sa pratique au quotidien" estime le SNJ du Progrès et des autres titres du groupe. Au Journal-de-Saône-et-Loire, l'objectif du PSE est de supprimer 19 postes, dont 17 à la rédaction. A contrario, 9 postes seraient créés.

"Les directions des titres du Groupe restent disponibles et à l'écoute pour échanger avec les représentants du personnel jusqu'au terme" de la procédure d'information-consultation, qui doit s'achever fin novembre, indique par ailleurs le groupe Ebra.

Les détails du plan social
- Les Dernières Nouvelles d'Alsace : 57 postes supprimés dont 22 journalistes - 8 créations de postes - fermeture d'une ligne de rotatives
- Est Républicain/Vosges Matin : 65 postes supprimés dont 34 à la rédaction, dont 17 SR Le Républicain Lorrain : 35 postes supprimés dont 19 journalistes
- Est Bourgogne Médias (Le Journal de Saône-et-Loire et le Bien public) : 19 postes supprimés, dont 17 à la rédaction - 9 postes créés
- Le Progrès : 60 postes supprimés, dont 49 à la rédaction - 23 postes créés
- Le Dauphiné libéré et Vaucluse matin : 57 suppressions de postes, dont 28 journalistes – arrêt d'une ligne de rotatives
- Ebra services : 95 postes supprimés

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