Florestan Groult, candidat La France insoumise à la Métropole de Lyon, revient sur les liens entre la Jeune Garde et LFI. Il détaille aussi son programme, notamment la gratuité des transports en commun.
La mort de Quentin Deranque, militant nationaliste tué à Lyon lors d'un lynchage dont des membres présumés de la Jeune Garde seraient à l'origine, place La France insoumise dans une position inconfortable à quelques semaines des élections municipales. Ce groupuscule d'ultra-gauche, désormais dissous, avait entretenu des liens avec LFI. Raphaël Arnault, député LFI et fondateur de la Jeune Garde à Lyon, employait deux personnes mises en cause. Florestan Groult, candidat LFI à la présidence de la Métropole de Lyon, condamne "très fermement" les violences, tout en insistant sur la présomption d'innocence et la nécessité d'une enquête sereine. "La France insoumise n’a aucune responsabilité dans ce qui s’est passé jeudi dernier", martèle-t-il.
La gratuité des TCL
L'élu LFI développe les grandes lignes de son programme métropolitain et notamment son objectif d'atteindre la gratuité totale des transports en commun lyonnais (TCL). "Ce n'est pas la gratuité qui coûte, mais le service lui-même", pointe-t-il en réponse à Bruno Bernard qui juge la mesure irréaliste financièrement.
Vice-président sortant de la majorité de Bruno Bernard, Florestan Groult reconnaît les avancées écologiques de la mandature tout en pointant leur insuffisance sociale. Pour lui, la transition des mobilités ne peut réussir sans un "service public de la mobilité intégrale" groupant RER lyonnais, bus, tram, métro, vélo en libre-service, autopartage et même flotte de VTC métropolitaine.
Au-delà des transports, il égrène des mesures plus sociales : colonies de vacances pour tous les élèves de cinquième, budget du sport multiplié par deux, vie associative par trois, hébergement d'urgence aux normes ONU pour les réfugiés et rééquilibrage des investissements vers les communes périphériques comme Vénissieux, Vaulx-en-Velin ou Saint-Fons, au détriment de nouveaux projets en Presqu'île comme celui de requalification de la rive droite du Rhône.
La retranscription intégrale de l'entretien avec Florestan Groult
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Florestan Groult. êtes candidat à La France insoumise à la présidence de la Métropole de Lyon. On va évoquer votre candidature et votre programme dans cette émission. Mais avant, je voulais revenir sur l’actualité, qui est aussi liée en partie à votre mouvement, La France insoumise, et notamment à ses liens avec la Jeune Garde, le groupuscule d’ultra-gauche dissous, dont certains membres seraient à l’origine, ils sont encore présumés innocents, du lynchage de Quentin Deranque, militant nationaliste tué à Lyon. Ces liens avec la Jeune Garde, est-ce qu’ils existent pour vous ? Est-ce qu’il y a un lien que l’on peut faire entre La France insoumise et la Jeune Garde, qui est un collectif qui s’est créé à Lyon ?
Écoutez, la Jeune Garde était dissoute au moment des faits de jeudi dernier. La Jeune Garde, c’est un mouvement, Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise, l’a exprimé, que nous avons soutenu et qui prône un antifascisme qui n’a rien à voir avec les images que l’on a pu voir jeudi dernier, qui prônait un antifascisme d’auto-défense populaire. Les violences que l’on a pu voir sur les vidéos n’ont rien à voir avec ce mode d’action. Et nous les condamnons évidemment très fermement.
La présence d’anciens collaborateurs du député LFI Raphaël Arnault, qui lui aussi est lyonnais, qui a fondé la Jeune Garde, vous avez soutenu un mouvement qui a pu être porté sur la violence. Est-ce que vous aviez, vous, en tête que cela pouvait être les méthodes d’action de ce groupuscule que vous avez peut-être, par ailleurs, connues ?
Raphaël Arnault a des responsabilités en tant qu’employeur. Il est en train de les prendre, il les a même prises, puisqu’il a engagé des procédures de licenciement. Pour le reste, l’enquête est en cours et je pense qu’il y a eu une forte instrumentalisation de l’enquête. On a voulu faire beaucoup de suppositions. Maintenant, il y a une enquête qui doit avancer de manière sereine, en toute indépendance, en toute impartialité. Nous sommes pour ce principe d’enquête et de justice républicaine. Elle doit s’exercer dans la sérénité. Les processus et les procédures doivent se poursuivre et nous en verrons les résultats.
Vous parliez de sérénité. Ce qui est aussi reproché à La France insoumise, c’est justement de ne pas appliquer en politique, de ne pas amener un climat de sérénité, de toujours vouloir tendre cette stratégie de l’attention. Est-ce qu’elle n’est pas finalement en train de se retourner contre vous, depuis la mort de Quentin Deranque ? Est-ce que vous ne vous retrouvez pas finalement dans l’œil du cyclone pour cette raison de vouloir toujours tendre toutes les relations, de tendre tous les sujets ?
La France insoumise n’a aucune responsabilité dans ce qui s’est passé jeudi dernier. C’est important de le rappeler. Ensuite, vous n’arrêtez pas de nous dire que nous tendrions le débat. Mais dites-moi à quel moment nos propos ont été violents ou tendus. Oui, nous dénonçons des formes de violences sociales. Oui, nous avons une forme de radicalité parce qu’il y a des inégalités. Il y a aussi des personnes qui sont victimes d’un système qui les opprime, qui font que leur quotidien est difficile, que l’on a du mal à finir les fins de mois, que l’on peut se retrouver dans des travaux harassants.
Pour vous, il n’y a pas d’aggiornamento, de mise à jour, de correctif à faire dans la manière dont vous faites de la politique, vous individuellement ou La France insoumise collectivement, à la lumière, à l’aune de cette affaire ?
Il y a surtout le fait d’affirmer un projet politique de justice sociale, d’égalité entre les individus, un projet politique qui dit que la différence est belle, que l’on est libre de pouvoir exercer sa foi, que l’on est libre de pouvoir exercer sa religion. C’est un projet politique qu’il va falloir appliquer et mettre en avant de toutes nos forces face à celui qui a défilé dans les rues de Lyon au gré de saluts nazis et aux cris de « à mort les bougnoules et les pédés ». Je pense qu’à un moment donné, oui, nous avons un projet politique, un projet politique de progrès social qui est l’héritier du programme du Conseil national de la Résistance, qui a été fondé sur le fait de dire « plus jamais le fascisme ». Aujourd’hui, le fascisme a défilé dans les rues de Lyon, capitale de la Résistance, avec les slogans dont je viens de vous parler, avec un élu Les Républicains. Pendant ce temps-là, Martine Vassal nous réhabilite le « travail, famille, patrie ». Pendant ce temps-là, Rachida Dati nous dit que si elle n’est pas élue, ce sera à cause d’un club d’homosexuels. Oui, nous avons un projet politique affirmé, parce que c’est un projet politique de justice sociale, d’égalité, de liberté, de fraternité. Nous ne cédons rien sur ce projet politique face à un projet politique qui hiérarchise les individus entre eux, qui stigmatise la différence, qui cherche des boucs émissaires. Cela nécessite une certaine forme de fermeté parce que, vous l’avez vu, nous sommes sur une forme de point de bascule où ces idéologies, qui sont délétères, sont en train d’être normalisées. Ce n’est même pas moi qui le dis, c’est Dominique de Villepin qui le dit. Dominique de Villepin a une analyse qui disait : attention à ce que nous sommes en train de faire.
Le temps nous est compté. Vous évoquiez le programme. Moi, je voulais parler de votre candidature maintenant à la présidence de la Métropole et justement de ce programme qui s’articule notamment autour, pour l’instant, d’une mesure phare qui a été annoncée, la gratuité des transports en commun. Il y a eu des notes, notamment du SYTRAL ou de la Cour des comptes, disant qu’une gratuité nuirait au service public puisqu’elle est globalement déficitaire. Est-ce que ce n’est pas finalement une fausse bonne idée de vouloir offrir un service si, finalement, c’est pour le détériorer ?
Nous ne le croyons pas. Les notes ou les analyses du SYTRAL, de certaines universités ou laboratoires de recherche, nous les avons regardées avec attention et, effectivement, se pose toujours la question du financement. Mais je l’ai montré à vos confrères, tout le monde me dit que ce n’est pas finançable, que la gratuité coûte. Ce n’est pas la gratuité qui coûte, c’est le service qui coûte, et ensuite la manière dont on finance ce service. Nous avons plusieurs manières de le faire.
Comment vous le financerez alors ?
Ce qui est assez incroyable, c’est que personne ne se pose la question pour la carte Vitale. Avec la carte Vitale, on a accès aux soins gratuitement, on a accès aux médicaments gratuitement. Est-ce que l’on le remettrait en question ? C’est bien un modèle de financement collectif qui permet d’avoir accès de manière collective et universelle à des soins sans stigmatisation. Pourquoi ce modèle-là ne serait-il pas possible pour les transports ?
Pour l’assurance maladie, on cotise, donc cela voudrait dire qu’il faudrait que l’on cotise pour les transports en commun. Finalement, on paierait d’un côté, mais ce serait gratuit de l’autre. C’est un jeu à somme nulle, en fait.
Oui, mais cela ne représente pas la même chose en termes de manière de faire société. Ambroise Croizat, quand il crée la Sécurité sociale, le dit très bien : il faut libérer l’ouvrier d’une forme de dépendance, même symbolique, au patronat. Il faut le sécuriser profondément dans ses conditions de vie pour qu’il y ait un sentiment d’égalité. Quand on adosse tous les services publics à des tarifs ou à des formes de tarifs sociaux, il y a des formes de non-recours. Parfois, il y a des formes de stigmatisation. On est dépendant de quelqu’un d’autre pour pouvoir avoir accès à un besoin essentiel. Cet idéal d’égalité, c’est celui-là qu’il faut retrouver. C’est celui-là, absolument, qu’il faut retrouver. Là où vous avez raison, c’est que l’on ne peut pas le faire complètement immédiatement. C’est là qu’est le sérieux de notre proposition politique. Nous avons chiffré les choses et nous savons que nous pouvons le faire dès la rentrée pour les moins de 26 ans. Dès la rentrée, nous le faisons pour les moins de 26 ans. Ensuite, nous savons qu’il faut mener une bataille pour dire que notre versement mobilité doit être rehaussé au même niveau que celui de Paris. Il y a aujourd’hui une inégalité territoriale, presque une inégalité de traitement. Enfin, il faudra que nous puissions encore rehausser ce versement mobilité pour que cette gratuité puisse être accessible à tout le monde, avec une forme de cotisation des entreprises qui produisent de la valeur ajoutée. Ce n’est pas une mesure anti-entreprise, parce que les entreprises ont aujourd’hui le versement mobilité d’un côté et elles prennent aussi en charge entre 50 et 100 % des abonnements. Peut-être même que votre entreprise, Paul Terra, prend en charge votre abonnement TCL. Demain, si nous avons un système de financement qui permet cette universalité, tout le monde y gagne. Déjà, vous avez une ingénierie beaucoup moins lourde et ensuite vous avez un service public réellement accessible et universel.
Vous êtes vice-président sortant de la majorité actuelle menée par l’écologiste Bruno Bernard. Sur quoi voulez-vous faire mieux, puisque vous avez décidé de partir seul ?
Il y a des propositions politiques qui nous singularisent, et c’est le sens de notre offre politique. Par exemple, sur cette gratuité des transports en commun, sur ce service public de la mobilité intégrale, la majorité sortante a fait ces changements de paradigme d’un point de vue écologique, mais elle ne l’a pas fait du point de vue social. Si l’on veut vraiment révolutionner les mobilités, il faut un service public de la mobilité intégrale, avec un RER à la lyonnaise, bus, tram, métro, Vélo’v, autopartage. À terme, je veux même des bons pour avoir une flotte de VTC métropolitaine, de manière à ce qu’en tout point de la métropole, vous soyez sûr d’avoir une solution de transport en commun. C’est cela qui sécurise. Les gens ont du mal à lâcher leur voiture parce qu’ils ont peur que, s’ils ont un besoin ou une urgence, ils ne trouvent pas de solution. Cela constitue un changement de paradigme social. Permettre à tout le monde de partir en vacances, on parle beaucoup de l’importance de la rencontre, d’arrêter que chacun reste dans son quartier et ne se rencontre plus. Notre programme « Changer d’air » permettra à tous les élèves de cinquième de se retrouver dans des colonies de vacances à la mer ou à la montagne, alors qu’un enfant sur trois ne part pas en vacances, n’a jamais vu la mer ni la montagne. C’est une chance extraordinaire, cela crée du ferment social. Nous avons aussi des mesures comme le réseau égaliste, la lutte contre les racismes et les discriminations, l’hébergement d’urgence. Nous proposerons deux sites aux normes du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Il y a un certain nombre de propositions et une vision politique de changement de paradigme social, comme multiplier par deux le budget du sport ou multiplier par trois celui de la vie associative. C’est un ferment de société que nous souhaitons proposer aux habitantes et aux habitants. Enfin, retrouver la métropole comme instrument d’égalité des territoires. Le projet Lyon Rive Droite, alors que le projet Presqu’île à vivre a déjà embelli la Presqu’île, peut attendre pour des projets à Vénissieux, à Saint-Fons, à Vaulx-en-Velin. C’est cela aussi, l’égalité territoriale. Tout ne doit pas être uniquement pour le centre. En plus, cela viendrait de nouveau emboliser un peu la circulation. Je ne suis même pas sûr que les habitants de la Presqu’île en aient envie.
Très rapidement, une alliance de second tour avec les écologistes, pour vous, est-ce de l’ordre du possible ? Est-ce souhaitable ? Mais pour vous, est-ce que c’est envisageable ?
Écoutez, c’est l’intérêt de partir seul au premier tour, s’il y a alliance, elle se fera sur la synthèse des idées. Ce que nous proposons aux électrices et aux électeurs, c’est de choisir, pour une fois, positivement entre deux projets et de faire que, s’il y a fusion, s’il y a cette synthèse, elle puisse se faire sur les idées qui auront été exprimées, les préférences qui auront été exprimées vis-à-vis du programme.

si par son action et ses derives violentes dans les discours LFI a un respeonsabilite
elle en a aussi une dans la montee du RNFN. C'est leur meilleur marchepied
une honte!