médecine et IA

IA : nouvelle alliée des chercheurs lyonnais contre le cancer

À Lyon, deux chercheurs du Centre de recherche en cancérologie utilisent l'intelligence artificielle pour améliorer l'efficacité des immunothérapies.

À l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer, mercredi 4 février, la recherche en cancérologie connaît une révolution technologique majeure.

C'est une avancée qui s'inscrit dans un mouvement national où près de 70 % des établissements hospitaliers français ont déjà recours à l'IA ("Cancer et IA : de la science-fiction à la pratique clinique", étude Opinion Way pour la Fondation ARC, décembre 2025).

Pierre Saintigny et Stéphane Dalle, respectivement médecin oncologue au Centre Léon Bérard et médecin dermato-oncologue aux Hospices Civils de Lyon, ont fait de l'intelligence artificielle un outil indispensable de leurs recherches au Centre de recherche en cancérologie de Lyon (CRCL). Leurs travaux, soutenus par la Fondation ARC, illustrent comment cette technologie transforme la médecine de précision.

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"L'IA est devenue un outil indispensable dans mes travaux de recherche"
Pierre Saintigny, chercheur au Centre de recherche en cancérologie de Lyon

Pierre Saintigny mène le projet FRAILIMMUNE-BIO, qui vise à prédire la réponse à l'immunothérapie chez les patients atteints de cancer des voies aérodigestives supérieures et trop fragiles pour recevoir les traitements classiques. En analysant les échantillons tumoraux de 120 patients grâce à l'IA, son équipe identifie les biomarqueurs capables de prédire l'efficacité des traitements.

"L'IA est devenue un outil indispensable dans mes travaux de recherche. Je pense qu'il y a un point de non-retour, on ne peut rester indifférent à son potentiel" souligne le chercheur. Ce projet bénéficie d'un financement de 565 000 euros sur trois ans de la Fondation ARC.

De son côté, Stéphane Dalle s'attaque à un défi majeur : 40 % des patients atteints de mélanomes développent une résistance à l'immunothérapie. Son projet INTEGRATE, également financé par la Fondation ARC à hauteur de 588 000 euros, utilise l'IA pour caractériser finement les interactions entre cellules tumorales et cellules immunitaires.

"L'IA nous permet de débloquer l'analyse de jeux de données de très grande taille permettant des analyses intégratives d'un très grand nombre de paramètres", explique-t-il, tout en insistant sur l'importance de l'expertise des bio-informaticiens pour garantir la bonne utilisation de ces outils.

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Cancers : près de 70 % des établissements français recourent à l'IA

Si l'IA révolutionne déjà la cancérologie, le grand public peine à mesurer l'ampleur de cette transformation. Selon une étude Opinion Way réalisée pour la Fondation ARC en décembre 2025, près de 7 Français sur 10 déclarent ne pas savoir si l'IA est aujourd'hui utilisée à l'hôpital. Plus frappant encore, 60 % des moins de 35 ans la considèrent comme un "gadget" dans le diagnostic et le traitement des cancers.

Cette méconnaissance contraste avec la réalité du terrain : près de 70 % des établissements français recourent déjà à l'IA, que ce soit pour le diagnostic ou le traitement. L'intelligence artificielle permet notamment de détecter certains cancers jusqu'à cinq ans avant l'apparition des symptômes.

"Dans les années qui viennent, l’IA devrait provoquer une bascule conceptuelle dans la recherche sur le cancer"
Eric Solary, médecin chercheur à à Gustave Roussy (Villejuif)

La Fondation ARC a récemment publié une "enquête sur le tournant vers l'intelligence artificielle", détaillant les usages concrets de l'IA dans la lutte contre le cancer. Les applications sont déjà nombreuses : en termes de diagnostic, l'IA fournit une analyse complémentaire en imagerie et dans l'analyse des tissus, assistant les radiologues et anatomopathologistes; sur le volet traitement, l'IA permet de créer des groupes comparatifs virtuels dans les essais cliniques, comme le programme Esmé qui centralise des données sur plusieurs types de cancers métastatiques; en matière de traitement, l'IA joue un rôle majeur dans le traitement des données massives produites par la cancérologie moderne, que l'humain ne peut analyser efficacement seul.

Pour le Éric Solary, professeur émérite d’hématologie à la faculté de médecine Paris-Saclay et vice-président de la Fondation ARC l'IA devrait provoquer "une bascule conceptuelle" dans les années à venir : "aujourd’hui, l’intelligence artificielle est un outil d’aide à la performance. Il facilite l’analyse des images et la gestion des données massives que génèrent les analyses moléculaires pour guider le traitement d’un cancer "installé". Dans les années qui viennent, l’IA devrait provoquer une bascule conceptuelle dans la recherche sur le cancer. Longtemps, cette recherche s’est focalisée presque exclusivement sur le traitement, en particulier l’amélioration de la prise en charge des formes métastatiques et des cancers de mauvais pronostic. Demain, l’IA pourrait offrir l’opportunité de progresser dans la prévention et le dépistage. À moyen terme, elle devrait suggérer des stratégies permettant d’éliminer certains cancers à un stade très précoce, avant même qu’ils ne soient détectables cliniquement."

Et de mettre en garde : "son acceptation (de l'IA, NdlR) nécessite le respect de règles de transparence et d'éthique."

Les deux chercheurs lyonnais insistent d'ailleurs sur l'importance d'une utilisation rigoureuse de l'IA. "Ces méthodes sont complexes et nécessitent une rigueur méthodologique. Les analyses par l'IA doivent être réalisées par des professionnels de métier, qui sont en mesure d'en comprendre les limites et les dangers", avertit Pierre Saintigny.

Des investissements massifs en France

La France a mobilisé 2,5 milliards d'euros en faveur de l'intelligence artificielle dans le cadre du plan "France 2030". En février 2025, à la veille du Sommet pour l'action sur l'IA organisé à Paris, le président de la République a annoncé que 109 milliards d'euros supplémentaires seraient investis par des entreprises privées dans les prochaines années.

Dans le secteur hospitalier, 90 % des établissements utilisent déjà l'IA pour le diagnostic et le suivi, toutes maladies confondues, et autant ont l'intention de lancer de nouvelles initiatives basées sur l'IA d'ici un à trois ans. Ces chiffres témoignent d'une transformation profonde du système de santé français, où Lyon et ses chercheurs jouent un rôle pionnier.

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