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Gérald Bronner, sociologue : "Notre disponibilité mentale est cambriolée par les propositions du monde numérique via les écrans"

Le déferlement d’informations a entraîné une concurrence généralisée de toutes les idées, une dérégulation du “marché cognitif”, dont la fâcheuse conséquence est de capter, souvent pour le pire, "ce trésor si précieux pour l’humanité". Les écrans, nous dit le sociologue Gérald Bronner, membre de l’Académie des technologies et spécialiste des croyances collectives et de la cognition humaine, sont l’arme du crime idéale de ce "cambriolage" du temps de cerveau libéré, de notre disponibilité mentale, l’homme s’étant peu à peu affranchi, tout au long de son histoire, des contraintes qui le rendaient peu disponible à l’usage de certaines de ses fonctions cognitives supérieures. Surinformation, croyances, fake news… qu’avons-nous fait de nos cerveaux ?

©Hannah Assouline

Lyon Capitale : Comment résumeriez-vous votre livre ?

Gérald Bronner : L’idée centrale est que nous sommes face à un carrefour civilisationnel, lequel carrefour ressort de deux éléments importants : d’une part, l’augmentation massive de notre disponibilité mentale, c’est-à-dire le temps qu’on pourrait consacrer à étudier les sciences par exemple ou à faire toutes sortes de choses – ce temps de cerveau libéré a été multiplié par huit depuis 1800, et selon mes estimations il est aujourd’hui de 1 139 000 000 d’années en France – et d’autre part, la disponibilité cyclopéenne de l’information, c’est-à-dire la cacophonie qui règne sur le marché cognitif. Ces deux éléments mis en regard provoquent une situation que je nomme apocalypse cognitive.

Qu’est-ce, au juste, que cette apocalypse cognitive ?

Il ne s’agit aucunement de la fin des temps. Il s’agit en réalité d’une révélation – du latin apocalypsis – et donc de la mise en regard de notre disponibilité mentale et de cette surcharge d’information, via les écrans qui révèlent un certain nombre de traits constants, de grands invariants cognitifs de notre espèce en partie inquiétants.

D’où la Gorgone en couverture de votre livre...

Exactement. Notre contemporanéité nous tend un miroir de ce que nous sommes et ce reflet, bien que déplaisant, est réaliste car formé des traces numériques que nous laissons. La Gorgone symbolise le fait que l’homme peut être pétrifié par sa propre nature, le monde moderne nous dévoilant à nous-même.

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