Bertrand, porte-parole de FO Police municipale de Lyon et de l'intersyndicale de la police municipale lyonnaise
Bertrand, porte-parole de FO Police municipale de Lyon et de l’intersyndicale de la police municipale lyonnaise

Fusillade à la Duchère : "On a tiré la sonnette d'alarme à de très nombreuses reprises" (police)

Suite à la fusillade à Lyon Duchère qui a fait deux morts de 16 ans et 20 ans, le porte-parole de FO Police municipale de Lyon réagit, "dépité".

Lyon Capitale : Comment réagissez-vous à la fusillade mortelle de La Duchère? 
Bertrand* : On a tiré la sonnette d'alarme à de très nombreuses reprises. On a dit plusieurs fois sur Twitter que les graves problématiques et les tensions sur le trafic de produits stupéfiants s'amplifiaient un peu plus chaque jour à La Duchère, et plus globalement à Lyon. On avait anticipé ce qui risquait de se passer. Et ça s'est

Caddies dans une barre d'immeuble de la Duchère pour barrer l'accès de la police
Caddies dans une barre d'immeuble de la Duchère pour barrer l'accès de la police @DR

Ce n'est pas la première fois que la barre d'immeuble de l'avenue Sakharov est sous le feu des tirs...
On assiste à une escalade de violence liée au trafic de produits stupéfiants. L'endroit où s'est produit le drame est un gros point de deal connu. Il est fixé. En octobre dernier, des policiers avaient été visés par des tirs d'armes à feu alors qu'ils étaient en intervention sur ce point de deal (un chiffre d’affaires pouvant générer jusqu’à 10 000 euros par jour, NdlR); en mars et mai, des fusillades avaient fait plusieurs blessés. A chaque fois, c'est sur fond de trafic de drogue. Nous, les policiers sommes sur le terrain, on se fait l'écho de ce que nous disent et ressentent les citoyens. Il faut nous écouter pour éviter les morts.

 


"Depuis peu, Lyon "rattrape" son retard sur Paris et Marseille."


On a souvent entendu dire par les policiers spécialisés dans la lutte contre le trafic de drogue que Lyon n’est pas au même niveau que Marseille car le trafic était moins bien organisé...
On est clairement sur du grand banditisme. Le drame de La Duchère en est une illustration mortelle. Depuis peu, Lyon "rattrape" son retard sur Paris et Marseille. Désormais, on tire sur la police quand elle s’intéresse de trop près aux trafics et sur les concurrents pour les éliminer.

La classe politique lyonnaise a largement réagi au drame. L'ancien maire de Lyon Gérard Collomb parle de "ras le bol de l’angélisme", le maire du 2e arrondissement s'indigne que "Lyon ne peut pas être tenue par les trafiquants et les caïds" , Grégory Doucet, l'actuel maire "condamne sans réserves les violences". Derrières les discours, quels actes ?
Des efforts sont consentis à Lyon mais vu l'emballement de ces problématiques, on a l'impression d'un coup d'arrêt. 16 et 20 ans, c'est l'âge des jeunes qu'on retrouve sur les points de deal qui choufent (guettent, NdlR) et qui dealent. A Marseille, la ville socialiste change son fusil d'épaule et recrute 350 policiers municipaux (pour atteindre l'objectif de 800 fonctionnaires en 2025, NdlR). Nous, à Lyon, on souhaiterait plus de policiers municipaux. Le problème, c'est que la police municipale lyonnaise manque d'attractivité, ce que reconnaît d'ailleurs l'adjoint à la sécurité de la ville. Les candidats partent ailleurs, où c'est plus attractif en termes de salaires, de primes, d'indemnités. Mais les plus grosses problématiques sont à Lyon. On prend donc du retard, même si l'Etat a répondu présent avec 300 policiers supplémentaires dans la Métropole de Lyon.


"La Ville de Lyon abandonne l'objectif de porter le GOM à 60 fonctionnaires, et même temps, on augmente le nombre de cavaliers au par de la Tête d'Or. C'est un signal inquiétant."


Il y a une urgence à sécuriser la place Gabriel Péri, Mazagran, la Duchère... Il faut maintenir le GOM (groupe opérationnel mobile, NdlR), le cœur de la sécurisation de la police municipale, à un niveau élevé. Ils sont aujourd'hui une quarantaine de policiers, et l'objectif fixé à 60 a été abandonné. Dans le même temps, on augmente le nombre de cavaliers au par de la Tête d'Or. C'est un signal inquiétant.

La médiation fonctionne ?

C'est certainement utile mais c'est un travail de longue haleine pour qu'elle porte ses fruits, ce qui n'est pas toujours le cas. L'efficacité d'un éducateur, d'un médiateur est très difficile à évaluer. On nous demande parfois de faire de la médiation. Mais on n'est pas formé. Nous, on est des urgentistes de la voie publique. Quand on intervient, c'est trop tard pour la médiation. Mettre de la médiation, d'accord, mais pas au détriment de la sécurisation. On est pragmatique, on est sur le terrain tous les jours.


"Mettre de la médiation, d'accord, mais pas au détriment de la sécurisation."


Considérez-vous la Duchère zone de non droit comme certains le disent ?
Non, parce que les forces de l'ordre interviennent au quotidien. Mais il nous faut juste plus de moyens pour faire notre travail de manière encore plus efficace. Il faut passer la vitesse supérieure.

* à la demande de l'intéressé, et pour des raisons de "sécurité", seul le prénom a été donné.


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