Fondation Brigitte Bardot : "l'étourdissement est le minimum du minimum"

INTERVIEW - Alors que la campagne d'affichage contre l'abattage rituel est désormais lancée à l'échelle nationale. Christophe Marie, porte-parole de la fondation Brigitte Bardot, a accepté de répondre à nos questions. Il rejette toutes accusations d'islamophobie, tout en prêchant pour un étourdissement avant l'abattage rituel.

Lyoncapitale.fr : Après avoir été interdite par l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, la campagne d'affichage contre l'abattage rituel a été autorisée récemment, pourquoi ?

En novembre 2010, on nous a dit qu'il était impossible de s'en prendre à un culte précis et de faire références aux termes halal et casher. Ce n'était pas notre objectif, nous voulions seulement donner une information aux consommateurs sur l'abattage rituel qui se généralise. Nous avons donc retiré ces deux mots de l'affiche pour les remplacer par l'expression "abattage rituel". Cependant, cela nous paraissait moins pertinent et compréhensible pour le grand public.

Le site internet www.abattagerituel.com présente la méthode classique avec des dessins et la méthode rituelle avec des photos, n'y a-t-il pas un problème d'objectivité ?

Au départ, nous avons fait faire des dessins sur les deux systèmes d'abattage. Nous avons gardé un visuel pour représenter "le retournement". En ce qui concerne la photo d'égorgement, nous voulions montrer la manière, mais aussi les problèmes sanitaires que cela soulève. La trachée et l'œsophage sont coupés en intégralité ce qui provoque des déversements de contenu gastrique. Par ailleurs, nous avons réalisé une vidéo dans laquelle il y a des images explicites des deux modes d'abattages.

Certains accusent la campagne d'islamophobie, que leur répondez-vous ?

C'est ridicule! Nous avons fait des actions contre le gavage des oies et des canards, personne ne nous a accusés d'être anti-français. De même, nous ne sommes ni anti-espagnol ou canadien lorsque que nous militons contre les corridas et la chasse au phoque. Cette campagne s'inscrit dans l'historique des combats de Brigitte Bardot qui dès 1962 s'est mobilisée pour l'étourdissement avant abattage. La loi n'a été adoptée qu'en 1974. Nous ne nous attaquons pas à des communautés religieuses, mais à des pratiques cruelles contre les animaux. Il y a une hypocrisie générale où l'on préfère ne rien dire et ne rien faire.

Pourtant Brigitte Bardot est souvent accusée de faire le jeu de l'extrême droite et d'être proche du Front National, cela ne discrédite-t-il pas la campagne ?

Je travaille depuis 20 ans avec Brigitte Bardot et elle a toujours démenti ce genre d'idée tout en s'opposant à tout rapprochement avec ce parti. Ça arrange tout le monde de dire qu'elle a des accointances avec eux, mais c'est totalement faux. La campagne s'inscrit dans une cohérence. Elle mène ce combat depuis 1962 : on doit éviter toute souffrance à un animal.

Pour le recteur de la mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, l'étourdissement avant l'égorgement fait souffrir deux fois l'animal ...

Cela n'est basé sur rien du tout. Il y a beaucoup de rapports scientifiques qui démontrent que les animaux souffrent, cela peut durer jusqu'à 14 minutes pour les bovins. Il y a une différence que personne ne peut nier entre les deux méthodes d'abattage. Nous avions rencontré Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris. Après étude des textes religieux, il a conclu que rien ne s'oppose à l'abattage rituel après étourdissement si ce dernier ne tue pas l'animal. Par ailleurs, à titre d'exemple, dans sa charte sur le Halal, la mosquée d'Evry ne s'oppose pas à l'étourdissement.

Le problème n'est-il pas industriel au final ?

Effectivement, le vrai problème est l'abattage industriel. Les abattoirs et les spécialistes du secteur ont fait un lobby terrible et veulent généraliser l'abattage rituel pour couvrir tous les marchés. Certaines parties des animaux ne sont pas halal ou casher et sont renvoyées dans le circuit classique sans que le public en soit informé. Il y a une réglementation européenne qui favorise l'information des consommateurs, mais Brice Hortefeux s'y oppose. Nous avons donc porté plainte contre la France pour qu'elle respecte la loi européenne.

Vous militez pour un étiquetage de la viande halal et casher, mais ne serait-il pas plus juste que toutes les méthodes d'abattage soient précisées ?

Nous sommes favorables à l'étiquetage qui mentionne avec ou sans étourdissement, sans préciser les termes halal ou casher. On nous dit que c'est inapplicable et ridicule. On nous a tenu le même discours lorsque nous avons demandé à ce que les boites d'œufs précisent si les poules sont élevées en plein air ou en cage, ce qui est désormais le cas.

Au final, ne faut-il pas aborder un vrai débat sur la consommation de viande ?

Nous devons réduire notre consommation de viande. Ce n'est pas évident. On connait les pratiques des Français qui aiment manger de la viande à tous les repas. Pourtant l'élevage en lui-même pose un vrai problème de rejet de CO2. Nous nous attaquons souvent aux élevages de cochons qui représentent ce qui se fait de pire. D'une manière générale, l'animal est chosifié, maltraité, que ce soit lors de l'élevage, du transport, ou bien encore de l'abattage. L'étourdissement est donc le minimum du minimum.

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