Ancien détenu de la prison Saint-Paul, Didier Chamizo y est revenu jeudi 17 septembre pour inaugurer son exposition "Sans les murs", présentée à l’UCLy jusqu’au 19 novembre.
Il y a 37 ans, Didier Chamizo était détenu derrière les murs de la prison Saint-Paul, à Lyon. Ce jeudi 17 septembre, il y est revenu, non plus comme prisonnier mais comme un artiste confirmé, à l’occasion du vernissage de son exposition "Sans les murs", organisée par l’Université catholique de Lyon (UCLy). Présentée sur le campus installé dans les anciens bâtiments de la prison, l’exposition est visible jusqu'au 19 novembre. L’artiste aborde la misère sociale, les atteintes aux libertés et les différentes formes d’enfermement.

"Personne ne peut me mettre des barreaux dans la tête"
Didier Chamizo raconte avoir commencé à peindre dès son enfance. Durant ses 17 années de détention, la peinture est devenue un moyen de s’évader autrement. "Toute ma vie, j’ai essayé de créer un espace de liberté, car personne ne peut me mettre des barreaux dans la tête", explique-t-il. Avec un autre détenu, Jean-Louis Escot, aujourd’hui disparu, il a participé à la création d’un espace consacré à la peinture au sein de la prison Saint-Paul. Puis lui est venu l’idée de décorer le tunnel souterrain reliant les prisons Saint-Paul et Saint-Joseph. "C’était une volonté d’améliorer les conditions de détention", raconte-t-il.
Ce tunnel sera justement ouvert gratuitement au public durant les Journées européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre. De 13h30 à 18h, les visiteurs pourront découvrir cet ancien passage souterrain et les fresques réalisées par Didier Chamizo et d’autres détenus durant son incarcération.

"Je n’ai ni nostalgie, ni colère"
Le retour dans les anciens bâtiments de la prison ne semble pas susciter d’amertume chez l’artiste de 75 ans. "Je reconnais tout, mais il n’y a plus de cellules. Elles ont été intégrées avec l’architecture moderne. C’est tellement joli. Et puis, sincèrement, ça ne me fait rien de revoir tout ça, c’est derrière moi. Je n’ai ni nostalgie, ni colère. Je n’ai pas de temps à perdre avec la rancœur, ça m’a déjà plombé 17 ans entre 20 et 40 ans", nous avoue-t-il.
Son parcours reste pourtant intimement lié à ces années de détention. Condamné en juin 1973 pour vol qualifié après un braquage de banque, il a passé près de deux décennies en prison. "Pendant ces années de détention, au lieu de rester les bras croisés, j’ai fait des tableaux". En revanche, Didier Chamizo refuse de glorifier son passé. "Je n’ai pas fait de livre ou de films sur mes aventures, je ne veux pas que les gosses soient fascinés et terminent en taule", affirme-t-il.

Pour le père Grégory Woimbée, recteur de l’UCLy, cette exposition fait le plus grand bien à l’université. "L’UCLy considère que l’art appartient pleinement à son geste éducatif. Nous sommes profondément convaincus que l’accès à la culture fait pleinement partie de notre mission de formation humaine, parce que l’art élève autant qu’il questionne", souligne-t-il. "Les murs d’une université ne sont jamais faits pour enfermer, ils sont faits pour accueillir, transmettre et ouvrir des horizons nouveaux".
À 75 ans, l’artiste dit avoir conservé une énergie "débordante" et surtout une volonté de continuer à créer. "La vie est assez courte, il faut faire ce que l’on aime."
Lire aussi : Aube Rouge aux Clochards Célestes : Ah Ça ira, ça ira !
