Six milliards de projets pharaoniques promis, zéro explication sur qui paiera : les candidats lyonnais pratiquent une sorte d' omerta fiscale.
Chaque matin, la presse lyonnaise se fait l’écho d’une nouvelle merveille infrastructurelle lancée tambour battant par les candidats aux élections municipales et métropolitaines.
Et en la matière, on ne regarde pas à la dépense. 500 millions par-ci, plusieurs milliards par-là… Côté projets babyloniens, les prétendants sortent l’artillerie lourde. Bruno Bernard, président écologiste de la Métropole et candidat pour un deuxième mandat, propose un tramway Part-Dieu/Rillieux via Villeurbanne et Caluire (entre 350 et 900 millions d’euros selon les scenarii) et ressuscite le tramway express de l’Ouest lyonnais (Teol) pour 800 millions. Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli (Grand Cœur lyonnais) rêvent d’un méga tunnel reliant Tassin à Saint-Fons sous la Presqu’île (au moins 2 milliards d’euros) et d’un métro Tassin-aéroport, dont le simple tronçon Tassin-Bellecour est déjà estimé à 1,5 milliard. Face à ces chiffres vertigineux, le projet d’extension de la bibliothèque de la Part-Dieu de Grégory Doucet (140 millions) fait presque figure de menue monnaie. Faisons un rapide calcul : nous voilà partis pour quelque 6 milliards d’euros de projets dans une métropole dont le budget annuel tourne autour de 4 milliards.
Mais d’où sort tout cet argent ? C’est la question que personne ne semble vouloir poser frontalement. Les candidats évoquent pudiquement les subventions de l’État, les financements européens, l’emprunt ou les partenariats public-privé. Comme si ces formules magiques dispensaient d’expliquer qui paiera la note. Rappelons quelques évidences : les subventions de l’État et les financements européens, c’est l’argent des contribuables. L’emprunt ? Il faudra le rembourser avec des intérêts, via les impôts locaux ou la réduction d’autres dépenses. Quant aux partenariats public-privé, l’expérience montre qu’ils coûtent souvent plus cher que prévu.
C’est un peu le syndrome du catalogue de Noël. On assiste à une surenchère où chaque candidat sort son projet XXL, comme si Lyon avait découvert du pétrole sous la Saône. Tous ces projets sont sans doute pertinents pris isolément (en tout cas parfaitement justifiés par leurs promoteurs) mais leur accumulation pose question. Aucun ne nous dit clairement : “voici ce à quoi je renonce pour financer cela” ou “voilà de combien augmenteront vos impôts locaux”. Et pour cause, annoncer une hausse des impôts en pleine campagne électorale équivaut à un sabordage politique.

Alors on préfère l’omerta fiscale. Aucun non plus n’évoque les délais interminables : un métro, c’est dix à quinze ans entre les études et la mise en service, pas deux. Aucun ne mentionne les dépassements budgétaires systématiques : mieux vaut annoncer le devis de départ que la facture finale.
Et si on parlait vraiment finances ? La Métropole de Lyon a déjà un encours de dette de 1,85 milliard d’euros et le Sytral Mobilités une capacité d’investissement de seulement 500 millions d’ici 2035. Les marges de manœuvre ne sont pas infinies. Alors oui, on peut emprunter davantage mais à quel coût pour les générations futures ? On peut espérer des subventions mais, dans un contexte de finances publiques nationales tendues, sont-elles vraiment garanties ?
Ce qui manque cruellement dans cette campagne, ce n’est pas l’ambition, elle est débordante, c’est la transparence sur les arbitrages. Car dire “je veux tout”, c’est ne rien dire. Pierre Mendès France le rappelait déjà : “Gouverner c’est choisir.” Et accessoirement, c’est expliquer comment on finance ses choix sans faire exploser les comptes publics. Sortir du déni de l’argent magique, c’est aussi une manière de responsabiliser les Lyonnais, en les associant aux projets plutôt que de les laisser simples spectateurs.

Les Meilleurs Ouvriers de France à Lyon : Nicolas Salagnac, graveur médailleur