Pont de pierre enjambant la Saône à Mâcon @Pexels

Eau : la Saône-et-Loire se prépare aux sécheresses de demain

D'ici 2050-2070, la ressource en eau de Saône-et-Loire sera mise à rude épreuve. Pour anticiper, le Département dévoile les résultats de son étude prospective et 42 pistes d'action construites avec les territoires.

Abondante aujourd'hui, l'eau pourrait venir à manquer demain dans certains secteurs du département. C'est la conclusion d'une étude prospective menée depuis trois ans par le Département de Saône-et-Loire, dont les résultats ont été dévoilés le 29 septembre dernier. Elle débouche sur 42 pistes d'action concrètes pour aider les territoires à s'adapter.

La Saône-et-Loire ne manque pas d'eau. Traversé par la Loire et la Saône, le département compte environ 8 000 kilomètres de rivières et ruisseaux et plus de 5 000 plans d'eau. Cette richesse fait partie de son identité et de son attrait. Mais elle n'est plus acquise : changement climatique, pollutions et inégale répartition de la ressource selon les secteurs fragilisent peu à peu cet équilibre.

Pour anticiper, le Département a lancé en 2023 une démarche intitulée "Ressources et usages de l'eau", avec l'appui des Agences de l'eau Loire-Bretagne et Rhône-Méditerranée Corse. L'objectif était de savoir si, à l'horizon 2050-2070, l'eau disponible suffira à couvrir les besoins sans mettre en péril les rivières et les zones humides.

Des hivers plus arrosés, des étés plus secs

Les projections dessinent une tendance nette. Les températures augmenteraient de 1,6 à 1,9 °C, en hiver comme en été. Il ne pleuvrait pas forcément moins sur l'année, mais la pluie changerait de saison : jusqu'à 17% de précipitations en plus l'hiver, et jusqu'à 14 % en moins l'été. Avec une évaporation en hausse d'environ 8 à 9%, les rivières en ressentiraient fortement les effets. En période d'étiage, leur débit pourrait chuter de 7% à 73% selon les cours d'eau. Seule bonne nouvelle, les nappes souterraines devraient mieux se recharger en hiver.

Des besoins stables au global, mais pas pour tous les usages

Chaque année, 283 millions de m3 d'eau sont prélevés sur le périmètre de l'étude. Une large part retourne ensuite au milieu naturel, si bien que les prélèvements nets, c'est-à-dire l'eau réellement consommée, s'élèvent à 144 millions de m3. D'ici 2050-2070, ce volume global devrait rester à peu près stable. Mais cette stabilité masque des évolutions contrastées. Les besoins en irrigation pourraient bondir de 70% et ceux liés aux plans d'eau de 31%, quand ceux des canaux et de l'industrie reculeraient. L'eau potable et l'abreuvement du bétail progresseraient légèrement.

C'est en été que la situation risque de devenir la plus tendue, lorsque des besoins en hausse rencontrent des rivières au plus bas. Aujourd'hui déjà, plusieurs secteurs de l'ouest du département subissent une pression forte sur leurs cours d'eau en été. À moyen terme, la pression deviendrait très forte sur une large partie de l'ouest et du centre. Certains secteurs de l'est seraient eux aussi davantage sollicités. Ce constat confirme que les enjeux diffèrent fortement d'un territoire à l'autre et appellent des réponses sur mesure.

42 pistes d'action construites avec les territoires

Pour répondre à ces enjeux, l'étude ne s'est pas arrêtée au diagnostic. Les 42 pistes d'action ont été élaborées avec les acteurs locaux, puis hiérarchisées selon les enjeux de chaque secteur. Elles privilégient la mutualisation, la sécurisation de l'approvisionnement, la sobriété et la protection de la ressource. Elles seront d'abord présentées aux nouveaux élus sous une forme synthétique, puis déclinées territoire par territoire. Elles doivent aussi servir de socle pour approfondir les études à l'échelle des bassins versants et bâtir une gouvernance locale de l'eau associant l'ensemble des acteurs.

Présentée par André Accary, président du Département, Catherine Amiot, vice-présidente en charge de la transition écologique, et Jean-Claude Becousse, conseiller départemental délégué à l'eau, cette étude nourrit le nouveau Plan eau 2026-2030, adopté en mars dernier. Dans la continuité du Plan environnement lancé en 2020, la collectivité y mobilise plusieurs leviers. Elle finance les réseaux d'eau potable et d'assainissement, la restauration des milieux aquatiques et le stockage d'eau de pluie à usage agricole. Ses équipes apportent une expertise de terrain, avec le suivi de 400 systèmes d'assainissement, 37 champs captants et 11 démarches de bassins versants. Le Département partage aussi les connaissances, notamment via son Observatoire de l'eau. Il montre enfin l'exemple sur son propre patrimoine, en rétablissant la continuité écologique au niveau des ponts ou en désimperméabilisant les cours de collèges.

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