Une employée de crèche, condamnée à 25 ans de prison pour avoir tué un bébé à Lyon en 2022 en lui faisant boire du déboucheur de type Destop pour "la faire arrêter de pleurer", sera rejugée à partir de mercredi en appel à Bourg-en-Bresse.
Le ministère public, qui avait requis 30 ans de prison en première instance en avril, a fait appel conformément au souhait des jeunes parents, parce que les jurés de la cour d'assises du Rhône avaient écarté la qualification de meurtre pour ne retenir que la torture et l'acte de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
Le 22 juin 2022, Lisa, 11 mois, avait succombé à près de quatre heures de souffrances malgré les efforts acharnés des pompiers et médecins, les voies respiratoires et l'appareil digestif brûlés au dernier degré. Une affaire qui avait suscité une très forte émotion au niveau national.
Myriam Jaouen, titulaire d'un CAP petite enfance, et d'une "immaturité" attestée plus tard par les psychiatres, âgée de 27 ans au moment du drame, était seule ce jour-là à accueillir les pensionnaires de la micro-crèche Danton Rêve du groupe People & Baby. Elle avait finalement reconnu avoir fait boire au bébé une partie d'une bouteille de ce produit éminemment corrosif "pour qu'elle s'arrête de pleurer".
Mais ses aveux n'étaient intervenus qu'après une série de mensonges, de l'ingestion de gouache par accident à la présence de seaux de désinfectant vers lesquels Lisa aurait rampé.
"Pété un câble"
Elle avait reconnu "avoir pété un câble du fait du surplus de travail" notamment, mais n'a jamais cessé d'affirmer ne pas avoir eu conscience de la dangerosité de la soude caustique : avoir cru que "ça n'allait pas faire grand chose" et que ce serait évacué par les selles. Dans son jugement, la cour d'assises du Rhône avait abandonné l'intention de donner la mort.
Myriam Jaouen "a agi en parfaite conscience", avait pourtant tonné l'avocat général Baptiste Godreau à l'audience. "Qui peut mettre un produit de déboucheur dans la bouche d'un enfant et nous affirmer qu'elle n'a pas voulu le tuer?", s'était offusquée l'avocate des parents Catherine Bourgade, en relayant leur espoir que le parquet général fasse appel.
Le procès en première instance a laissé deux questions en suspens. La première "reste froidement sans réponse: pourquoi?", s'était interrogé l'avocat général. "Quelle explication rationnelle à faire ingérer de l'acide sulfurique à une enfant? Il n'y en pas", avait répondu Maylis Leduc, l'avocate de Myriam Jaouen sans pouvoir apporter d'autre réponse que celle d'une "violence pulsionnelle".
"Immaturité"
Les experts psychiatres n'ont trouvé aucune "pathologie mentale" chez la jeune femme mais des capacités intellectuelles "dans la limite faible de la normalité" et une "immaturité affective" évidente. Julia Coppard, son autre avocate, a aussi évoqué un "moment de bascule" pour une jeune employée dépassée par un métier pour lequel elle n'avait pas les compétences.
D'où la deuxième question soulevée dès avant le premier procès: la responsabilité du système des crèches privées dans ce drame? Question qui avait déclenché des enquêtes administratives, parlementaire et journalistiques, épinglant notamment les difficultés à trouver du personnel et la course au rendement.
Myriam Jaouen, recrutée trois mois plus tôt, était seule pour accueillir les petits ce matin-là. Comme de nombreux autres jours, selon des parents, dans une structure clairement "en sous-effectifs", soulignaient les enquêteurs. La directrice de la crèche avait concédé à la barre l'"erreur de recrutement" d'une jeune femme qui "manquait d'expérience" et de "patience", "mal à l'aise avec un bébé dans les bras"...
La controverse a été à peine évoquée au premier procès. Les parents de Lisa avaient expressément souhaité ramener les débats au cas du "monstre" qui avait tué leur fille. Myriam Jaouen n'avait pas montré beaucoup d'émotions au procès mais l'avait clos par un "je regrette tellement..."
