MMI en fête©_Bertrand_PICHENE

Baisse du niveau en maths : "la clé, c'est de se faire plaisir", positive Olivier Druet

La dernière enquête PISA dévoilait une baisse significative du niveau des élèves français en maths. Pour faire face, Olivier Druet mise sur une approche plus ludique.

Ce sont des chiffres qui inquiètent. Lors de la dernière enquête PISA de 2023 (Programme International pour le Suivi des Acquis des Élèves) commune aux pays de l'OCDE, les résultats en maths des élèves français âgés de quinze ans chutaient de 21 points par rapport à 2018. Le pays se classait ainsi à la 23e place du classement recueillant 474 points. Une enquête où les pays asiatiques trustent les places sur le podium avec Singapour, le Japon, puis la Corée du Sud. Plus inquiétant, la France se place seulement deux points au-dessus de la moyenne de l'OCDE, qui elle aussi a connu une baisse significative de quinze points si l'on se réfère aux chiffres de 2018. Des résultats à prendre avec attention, alors que la prochaine enquête PISA aura lieu en septembre prochain.

Voir les mathématiques comme des sciences expérimentales

Peut-on expliquer cette baisse de niveau ? Comment réconcilier les élèves français avec les mathématiques ? Lyon Capitale s'est entretenu avec Olivier Druet, directeur de la Maison des mathématiques et de l'informatique (MMI) de Lyon (7e arrondissement). L'objectif de cette infrastructure, "montrer les maths et l'informatique d'une autre manière que par le scolaire". Ce lieu de médiation accueille en majorité un public scolaire, avec 12 500 élèves par an, du CM1 à la terminale, mais aussi du grand public.

Des activités diverses sont proposées. C'est le cas de contes mathématiques pour les plus jeunes, mais aussi des jeux autour de la discipline. "Nous proposons de voir les mathématiques comme des sciences expérimentales. Il y a beaucoup de pratique, le défi c'est de reprendre du plaisir en partant de problèmes mathématiques. Une fois que le participant est rentré dans le jeu, on va essayer de faire passer quelques notions" explique Olivier Druet, également directeur de recherche au CNRS.

Olivier Druet, directeur de la MMI de Lyon

"Il y a une grande appétence pour les maths"

Pour expliquer cette baisse de niveau, Olivier Druet relève plusieurs facteurs. D'abord, la pression sociale exercée sur les élèves : "De manière inconsciente, des parents vont dire à leur enfants 'en maths, tu es bon ou tu ne l'est pas' à la première mauvaise note. C'est un discours qu'il faut un peu casser parce que très souvent chez les parents il y a ce défaitisme. Le moindre échec est vécu durement. La clé, c'est de leur montrer que l'on peut se faire plaisir en faisant des maths. Contrairement à ce qu'on pense, je pense qu'il y a une grande appétence pour les mathématiques, gâchée par le système."

Justement, le système éducatif constitue un autre facteur. Le directeur de recherche souligne "la baisse des moyens alloués à l'éducation depuis 25 ans", des classes surchargées, et "des programmes lourds avec très peu d'heures pour les enseigner". Il poursuit : "la pierre est à jeter au système éducatif, il manque du temps aux élèves pour qu'ils intègrent des notions difficiles."

"Montrer que l'on peut prendre du plaisir en faisant des maths"

Dernier aspect, un "problème d'image sociale" des mathématiques, véhiculée "par les journalistes et les politiques." "Quand des articles vont parler des mathématiques, c'est pour évoquer l'échec scolaire à travers les enquêtes PISA. Ce pessimisme infuse dans la société à partir du moment où ce n'est pas contrebalancé avec le fait que l'on peut prendre du plaisir en pratiquant", déplore Olivier Druet.

Concernant les résultats des enquêtes PISA, le directeur de la MMI se veut plus prudent. Il justifie sa position par des programmes scolaires et des méthodes d’enseignement qui varient fortement selon les pays, rendant les comparaisons partielles et parfois trompeuses. "Par exemple, les fractions vont être enseignées plus ou moins tardivement selon les pays, ce qui va créer un décalage", relate Olivier Druet. Pour le directeur de recherche, l'enjeu principal pour remonter le niveau dans les prochaines années, c'est de "réussir à montrer qu'on peut prendre du plaisir en faisant des maths. En français, il y a un peu plus cette dimension de faire aimer les œuvres. Le défi c'est d'avoir plus de temps pour faire la même chose en mathématiques."

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