L’avis de Jérôme Pierrat, journaliste et spécialiste du grand banditisme et de la criminalité organisée
Lyon Capitale : Depuis quelques mois, à Lyon, c’est un peu le Festival de Cannes question braquages. Cela vous étonne ?
Jérôme Pierrat : Ça fait quand même deux-trois ans que ça revient en force dans le domaine de l’or et de la bijouterie. D’autant que Lyon est la seule ville française à avoir autant d’ateliers d’or et de métaux précieux. On pouvait donc légitimement s’attendre à ce que ça pète. Mais ça s’inscrit dans un mouvement plus global : en France, depuis 2007, il y a entre 40 et 50% d’augmentation des braquages tous les ans. Car les bijouteries restent le dernier commerce qui a pignon sur rue et où il y a encore des valeurs. Taper un fourgon, il faut quand même quelques renseignements déjà et être une quinzaine super organisée et sur-armée. La bijouterie, d’après ce que me disent les braqueurs, c’est trop facile, tu ne peux pas te rater.
Pourtant, plusieurs gros braquages lyonnais ont avorté...
Les braquages, ça marche toujours en série. De manière générale, le banditisme, ce n’est que de l’effet d’imitation. Il y a un type qui cogite sur un coup et si ça marche, tu as une ribambelle de suiveurs, plus ou moins bons.
C’est nouveau les armes lourdes ?
Le braquage a toujours été violent. Tu as des mecs qui, plutôt que d’aller vingt piges en prison, préfèrent allumer la police. Dans les années 80, les braquages, c’étaient des boucheries. Ce qui est nouveau avec ces braqueurs, dont bon nombre sont issus des quartiers, réservoir actuel du grand banditisme, c’est qu’ils intègrent cela avant de partir “taper”.
Ils ne montent plus sur des braquages, ils vont à la guerre ! Avant, à la limite, la finesse du coup faisait qu’on évitait les forces de l’ordre. Aujourd’hui, les gonzes tapent des cibles en plein centre-ville, au vu et au su de tout le monde, avec cagoules, gilet pare-balles, kalachnikov et grosses voitures voyantes. Ils se mettent en condition d’attirer l’attention. Les mecs n’en ont rien à foutre ! Ils partent du principe qu’ils seront plus forts que les gens qui vont intervenir. Un braqueur me disait comme ça : “pourquoi tu veux qu’on lève les bras parce qu’il y a un mec en bleu qui crie “police!” alors qu’il a un pauvre 9 mm dans la main ! Nous, on a des kalach. On leur tire dessus, c’est tout”...
Alors qu’avant, il y a avait une sorte de respect entre policiers et grands bandits...
Un respect forcé plutôt, les voyous se disaient que c’était quand même des flics en face. Aujourd’hui, la police représente juste une bande adverse, un ennemi à abattre s’il se met en travers. Quand tu leur demandes s’ils sont capables de taper tel ou tel établissement, ils te répondent : “on s’en fout. Ils vont nous envoyer quoi ? Un équipage de la BAC et deux connards en bagnole sérigraphiée ? ”. Ils se marrent.
Comment les braqueurs écoulent leur marchandise ?
C’est le nerf de la guerre quand tu fais de la bijouterie car c’est une spécialité où il faut des receleurs. Quand ils font de l’or, à la limite, ce n’est pas très compliqué. Au Maroc, tu les revends en direct très facilement. On a vu des types aller en vendre à Dubaï aussi. Ce qui est complexe, ce sont les pierres et les bijoux finis. Il faut avoir des contacts dans le milieu. La bande qui a écumé les bijouteries de la place Vendôme était très forte, ils avaient les armes, les corones mais ils étaient trop jeunes et ne connaissaient pas de receleurs.
> À lire : Braqueurs. Redouane Faïd. Des cités au grand banditisme. Le parcours d’un voyou. Édition La Manufacture de Livres. Septembre 2010.
