Le lancement de la « Royal Pop » repoussé par crainte de débordements. (Photo d’archives : Julien Barletta)

La folie Swatch vire au chaos à Lyon : nuit blanche, files d’attente… et boutique fermée

Des dizaines de jeunes ont campé toute la nuit devant la boutique Swatch lyonnaise pour la montre “Royal Pop”, convoitée pour la revente. Mais face à la cohue mondiale, le magasin n’a finalement jamais ouvert.

Rafael a patienté toute la nuit devant la boutique Swatch de Lyon dans l'espoir de se procurer la montre "Royal Pop", pour la revendre à prix fort. Une "nuit comme une autre", explique ce jeune bien rodé dans ce système d'achat-revente, son unique activité. Samedi, le lancement des ventes de cette montre colorée, une collaboration avec l'horloger suisse de luxe Audemars Piguet, au prix de 400 euros environ et qui avait fait l'objet d'une forte campagne de communication sur les réseaux sociaux, a viré au chaos.

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Des échauffourées ont éclaté dans plusieurs villes du monde où des centaines de personnes ont formé de longues files d'attente, conduisant à l'intervention des forces de l'ordre, et à la fermeture de certains magasins. Le groupe Swatch a affirmé à l'AFP que l'organisation de certains centres commerciaux n'était pas suffisante pour contenir la ruée en boutique. Pour éviter les conflits, celle de Lyon n'a même pas ouvert le rideau.

Lundi matin, plusieurs dizaines de jeunes faisaient donc toujours le pied de grue, emmitouflés dans leurs doudounes, en attendant la réouverture. Installés en rangs dans leurs chaises de camping, ils étaient séparés en différentes files, un numéro de passage chacun griffonné sur un bout de papier.

"On s'organise pour pas que ça soit le bordel, éviter que les CRS viennent et que les voisins se plaignent", explique à l'AFP l'un d'entre eux, âgé de 25 ans. Dans le lot, rares sont les véritables passionnés d'horlogerie. "On espère tous la revendre pendant que la hype est forte", souligne un autre, en requérant l'anonymat comme ses voisins.

Ils estiment la plus-value à grosso modo 1.000 euro par montre, au minimum: sur le site de revente en ligne Vinted, plusieurs annonces dépassaient dès samedi les 2.000 euros. Ce jour-là, Rafael, 20 ans, a voulu tenter sa chance au magasin Swatch de Genève, mais il est arrivé trop tard. Habitant à Vaulx-en-Velin, une banlieue populaire de Lyon, il s'est donc installé vers 2H00 du matin lundi à Lyon. "Une nuit comme une autre", résume-t-il.

"Juste pour l'argent"

Quand il avait 16 ans, Rafael a abandonné le lycée en découvrant qu'il pouvait gagner de l'argent facilement sur des objets achetés en exclusivité. Au départ, il les revendait sur des plateformes comme Leboncoin. De fil en aiguille, il s'est constitué un carnet d'adresses d'acquéreurs. Pour la Royal Pop, "j'ai déjà un acheteur", explique-t-il.

Montres, cartes Pokémon, places de concert... Avec cette activité qu'il exerce à temps plein, Rafael empoche au moins un Smic par mois. Parfois c'est le jackpot. "En juin dernier, j'ai fait 11.000 euros", raconte-t-il. Il travaille beaucoup avec des particuliers, mais aussi avec des boutiques ou sites de revente spécialisés. Officiellement, il est autoentrepreneur. "Sauf que je déclare dix euros par mois..."

D'autres sont plus néophytes. Pour Rayan, 22 ans et résidant en Isère, c'est occasionnel, un "complément" à son salaire de routier pour "arrondir les fins de mois". À Lille, où, comme à Lyon, le magasin n'a pas ouvert samedi, Aurèle, un étudiant de 20 ans, avoue aussi être là "vraiment juste pour l'argent". "Je ne connais même pas les modèles, mais on m'a dit +ça va se revendre hyper vite, hyper bien+."

La boutique lilloise a rouvert dans la matinée, mais une affiche a été apposée sur la vitrine, indiquant que les montres tant convoitées ne seraient finalement pas disponibles dans ce point de vente, faute de stocks. Idem sur celle du magasin lyonnais, sauf que ce dernier a gardé portes closes.

"C'est du manque de respect pour les gens qui ont fait la queue", regrette Sam, 22 ans, arrivé en premier sur les lieux il y a une semaine et qui dort depuis dans sa voiture. À côté, un homme d'une trentaine d'années croit déceler une forme de "discrimination". "S'il y avait eu que des Blancs, ils auraient ouvert, assure-t-il. En face, y a toujours la queue devant Louis Vuitton, et ça pose pas de problème."

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