L'aéroport Lyon Saint-Exupéry extension T1

Aéroport Lyon Saint-Exupéry : le coup de gueule de Turcas

Le patron de la CGPME, épaulé du Medef, tacle le triumvirat Aéroports de Paris/Air France-KLM/Direction générale de l’aviation civile.

Le nouveau terminal 1 de l’aéroport Saint-Exupéry (projet d’architecte)

Aéroport St-Exupéry, projet d’extension du T1.

"On va devenir quoi ? Un zoo avec des petits barbelés par-dessus lesquels on nous balance des cacahuètes ?" François Turcas voit rouge. Le zoo, c'est sa façon (très) imagée de représenter Rhône-Alpes privé d'aéroport international, c'est-à-dire doté de lignes long-courriers transcontinentales.

Pétition et cacahuètes

Le patron de la CGPME locale, épaulé de son homologue du Medef, convoquait ce jeudi la presse pour parler ouverture des droits de trafic aérien. En langage courant : ouverture de nouvelles lignes internationales. "On n'a jamais eu autant de journalistes !" Forcément, le sujet passionne. Depuis qu'Emmanuel Macron, le ministre de l'Économie, a annoncé la privatisation de plusieurs aéroports français, dont celui de Lyon, et que celui de Toulouse-Blagnac est sur le point d'être racheté par un consortium sino-franco-canadien, tout le monde a les yeux rivés au ciel.

"Libérez le ciel !" est d'ailleurs l'intitulé de la pétition lancée jeudi par la CGPME et le Medef. Après les manifestations, le patronat s'essaie donc à la méthode pétitionnaire.

Si le sujet passionne autant, c'est aussi parce qu'on nous explique par a+b, et ce depuis des lustres, que Saint-Ex' est de standing international. Or, à y regarder de plus près, il ne compte aujourd'hui que trois lignes transcontinentales : Dubaï, Montréal et Dakar. Autant dire des cacahuètes au milieu d'un champ de betteraves.

Collusion

Les responsables, selon eux : la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), seule autorité compétente pour autoriser une compagnie à ouvrir une ligne au départ, à destination ou à l'intérieur de la France, mais aussi Aéroports de Paris et Air France-KLM. "Il y a une véritable collusion entre Aéroports de Paris, la Direction générale de l'aviation civile et Air France. C'est une anomalie inacceptable et inadmissible !" Autrement dit, la desserte aérienne de la France est essentiellement concentrée sur Paris et les miettes sont dispatchées entre les aéroports de province.

"On aimerait bien sortir du monopole parisien, qui nous freine, mais chaque fois qu'on fait des propositions, on nous répond qu'on est à côté de la plaque et on nous renvoie dans nos cordes", tonne François Turcas. "On demande à l'aéroport de se développer tout en bloquant son développement, c'est quand même très paradoxal !" poursuit sur le même ton Laurent Fiard, patron du Medef local.

Lyon-Dubaï 7J/7 et “petits souverains”

Si, pour eux, le développement de l'aéroport passe par l'international, c'est essentiellement le Moyen-Orient et l'Extrême-Orient qui sont ciblés. "L'ouverture d'une ligne Lyon-Dubaï a constitué pour nous une étape importante. En refusant que cette ligne fonctionne chaque jour, le Gouvernement freine le développement économique d'une région. La ligne Lyon-Dubaï représente chaque année plus de 80 000 passagers et plus de 9 000 tonnes de fret. Une liaison quotidienne, ce serait 60 000 sièges de plus."

Et François Turcas de tacler : "Il ne faut pas qu'ils [la DGAC, Air France et Aéroports de Paris, NdlR] se comportent comme des petits souverains de Roissy et de Charles-de-Gaulle, c'est fini ce temps-là !"

La note envoyée aux ministères
Aéroports de Lyon et Aéroports de la Côte d'Azur viennent d'envoyer “à [leurs] contacts dans les ministères” une note de quinze pages destinée à “lâcher un peu la bride” sur l'ouverture des droits de trafic aérien, expliquant que “le régime de limitation des droits de trafic est désormais un boulet pour l'attractivité des régions françaises”. Parmi les propositions : l'ouverture des droits de trafic sans limitation pour l'ensemble des aéroports de région et, a minima, la redistribution des droits de trafic existants entre Paris et les aéroports de région.

La privatisation de l’aéroport Saint-Exupéry vue par les élus

Mercier-Imberton-Queyranne-Kimelfeld

Mercier-Imberton-Queyranne-Kimelfeld
Ce qu’en dit Michel Mercier, vice-président du conseil général
“Sur le principe, c'est au Gouvernement de décider. Par contre, en tant que collectivité, on peut avoir une vision et un intérêt. L'aéroport, c'est le principal moteur de développement de la région Rhône-Alpes/Auvergne. Il faut donc que Saint-Exupéry soit un aéroport qui nous permette de sortir de chez nous avec des lignes internationales, vers l'Asie du Sud-Est ou l'Afrique. Il faut un pacte d'actionnaires, car le futur actionnaire qui récupérera la part de l'Etat doit s'engager à investir et développer l'aéroport. Il faut donc que les collectivités aient un droit de regard.”
Ce qu’en dit Emmanuel Imberton, président de la CCI
“Notre seul objectif est de défendre les intérêts des entreprises et d'agir pour que notre aéroport continue son déploiement au service du développement économique, des activités internationales des entreprises et de l'attractivité du territoire de Lyon et de Rhône-Alpes.”
Ce qu’en dit Jean-Jack Queyranne, président du conseil régional
“Je ne suis pas fana de cette privatisation, mais elle sera engagée par la loi... Nous avons plusieurs exigences : d'abord, que les collectivités soient associées à toutes les phases, notamment pour l'élaboration du cahier des charges ; ensuite, que les droits de trafic soient ouverts à Saint-Exupéry – Lyon est le 47e aéroport européen et Rhône-Alpes la 7e région européenne, le déséquilibre est évident. Il y a une cosanguinité DGAC/Aéroports de Paris/Air France qui nous met dans une situation de blocage. Rhône-Alpes mérite mieux que l'aéroport tel qu'il existe aujourd'hui.”
Ce qu’en pense David Kimelfeld, vice-président au développement économique du Grand Lyon
“Nous ne sommes pas opposés à la privatisation. Nous avons bien compris que l'État avait besoin de renflouer ses caisses. Mais le Gouvernement doit bien comprendre que l'enjeu du développement de l'aéroport, et de notre territoire, c'est l'ouverture des droits de trafic aérien. Aujourd'hui, il y a Paris et le reste, c'est totalement déséquilibré. Il faut donc envisager plus de lignes intercontinentales, notamment en direction de l'Extrême-Orient.”

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