Opération de lutte contre le narcotrafic dans le quartier de la Guillotière. (Clemence Margall)

93 interpellations, 106 kg de drogues et 7 armes : quel bilan pour la vaste opération contre le narcotrafic à Lyon ?

Un millier de policiers et de gendarmes ont été déployés mardi à Lyon et dans sa banlieue pour envoyer un "signal fort" contre le narcotrafic, dont les acteurs se livrent depuis des mois à une guerre de territoires sanglante.

Huit jours après un incendie mortel probablement lié à un règlement de comptes à Décines, et au lendemain de l'arrivée d'un nouveau préfet, plus de 200 opérations judiciaires et contrôles ciblés ont eu lieu dans l'ensemble du département du Rhône.

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Elles ont débouché sur 93 interpellations, ainsi que sur la saisie de 106 kg de drogues et 7 armes, a indiqué dans la soirée sur X la préfecture du département, précisant que les opérations se poursuivaient. "Ce genre d'opération permet de mettre un coup de pied dans la fourmilière et (...) parfois de tirer aussi des liens, y compris certains qui permettent de remonter à de plus grosses affaires", a déclaré le procureur de Lyon, Thierry Dran, lors d'un point-presse dans la journée.

Les cibles des policiers, dont 800 ont été mobilisés pour cette opération, allaient de la simple "nourrice", chargée de stocker les produits, aux dealers, mais aussi aux transporteurs ou commerces servant à blanchir les fonds issus du trafic, a précisé à l'AFP une source policière.

"Union sacrée"

Cette opération a envoyé "un signal fort", celui d'une "union sacrée de l'ensemble des pouvoirs publics contre le narcotrafic", a estimé le préfet du Rhône Etienne Guyot, en inspectant le dispositif déployé dans le quartier populaire de la Guillotière à Lyon.

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Entouré du procureur, de hauts responsables de la police, des douanes ou de la gendarmerie, le représentant de l'Etat a souligné que "la lutte contre le narcotrafic et contre la guerre des territoires était la priorité absolue, notamment par rapport à la vie quotidienne des gens." "La population veut la sécurité, veut l'apaisement", a abondé le maire écologiste de Lyon Grégory Doucet, qui a participé à ce déplacement.

Les habitants de Lyon et son agglomération ont été secoués ces derniers mois par une recrudescence des violences et des actes d'intimidation liés à des rivalités entre trafiquants de drogues, qui s'affrontent au mépris du risque pour les riverains. Le 11 mai, un nouveau cap a été franchi: trois personnes inconnues de la justice sont mortes dans un incendie criminel à Décines-Charpieu, à l'est de Lyon, où plusieurs départs de feu et fusillades avaient déjà été enregistrés les jours précédents.

"La thèse du règlement de comptes est privilégiée" par les enquêteurs, selon le directeur interdépartemental de la police nationale (DIPN) Nelson Bouard. Aucune interpellation n'a encore eu lieu dans ce dossier.

"A coups de kalachnikov"

Un corps calciné a aussi été retrouvé le 2 mai dans une voiture incendiée à Villeurbanne, après des échanges de tirs en pleine rue. Un modus operandi qui rappelle les méthodes des clans marseillais, mais inédit à Lyon. Selon une source policière, une partie des conflits actuels se jouent entre trafiquants lyonnais, mais des Marseillais tentent aussi de se réimplanter après avoir échoué à le faire en 2024.

Fin mars, trois personnes ont été tuées par armes à feu à Vénissieux, Villeurbanne et Vaulx-en-Velin, des villes de la banlieue est, où se trouvent de nombreux points de deal. Lundi soir encore, vers 21h, trois hommes de 19, 21 et 33 ans ont été blessés dans le 8ème arrondissement de Lyon par des tirs d'arme à feu, a indiqué le parquet qui a ouvert une enquête pour "tentative d'homicide en bande organisée".

Depuis le début de l'année, il y a eu près de 70 actes d'intimidation dans l'agglomération lyonnaise contre 71 sur toute l'année 2025, a relevé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez vendredi sur France 5. Pour le procureur Thierry Dran, "il y a une augmentation de la violence sur les points de deal", en raison de l'importance des sommes en jeu. "Vous avez des gens qui ne pensent qu'à l'argent, gagner plus et encore plus. Et dans ce milieu-là, on ne discute pas autour d'une tasse de thé. On discute à coups de kalachnikov ou d'armes de poing", a-t-il souligné.

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