Nouveau marché-gare de Corbas : "Les petits vont disparaître"

1h30 du matin, les premiers semi-remorques pénètrent dans le Marché-Gare pour y décharger la pêche de Méditerranée. La Bretagne arrivera un peu plus tard dans la nuit. Vers deux heures. Il fait un froid à vous givrer le squelette. Une dizaine d'hommes s'activent sur le quai de la marée. Il n'y reste plus qu'un seul grossiste. Les autres "carreaux", ces larges ouvertures donnant accès aux entrepôts, ont baissé leur rideau de fer définitivement. L'entreprise Lequertier, coquillages et crustacés, est la dernière à travailler sur ce quai. Elle a tout de la petite entreprise familiale, mais est détenue par un lointain groupe installé en Normandie. Une dizaine d'hommes s'activent pour charger les cinq petites camionnettes qui iront livrer restaurants, grandes surfaces et poissonneries aux quatre coins de la région Rhône-Alpes. Jusqu'à 3h, ils se livrent à un incessant va-et-vient et transbahutage de caisses de poissons cadencés par les cris et les engueulades du patron. "Sardines ! Elles sont où les sardines ? Et les filets de grenadier ?".
Les livreurs reconnaissent leurs marchandises avec une science qui échapperait au plus devin des hommes. "Oh, les sardines là, elles sont à moi !". Rien ne vient pourtant différencier celles-ci de celles-là. Cinq tonnes de poissons dont une tonne de moules viennent d'arriver. Petit volume. Les gros jours, Lequertier en reçoit le double. Des merlus du Guilvinec, du lieu noir de Lorient, du saumon d'écosse, des crevettes de Madagascar et même un requin de douze kilos qui ira impressionner les clients d'un intermarché de la Loire. Lequertier, comme la plupart des grossistes, ira rejoindre l'énorme pôle agroalimentaire à Corbas, mais pas le futur marché de gros destiné à remplacer Perrache. à Corbas, le marché de gros ne sera occupé que par les grossistes en fruits et légumes. M. Morel, grossiste en volailles, aurait bien voulu rejoindre le futur marché de gros. Selon lui, les grossistes en fruits et légumes ont signé un accord tacite. "On n'a pas été accepté. On m'a dit qu'il était impossible de construire un bâtiment adapté à mon entreprise. Mais en fait, ils ne voulaient que des primeurs".

"Ils polluent le marché"
6h, après une petite accalmie, l'animation reprend. C'est au tour des fruits et légumes de se mettre au travail. Il faut décharger la marchandise qui vient d'arriver en provenance de toute l'Europe. Frutas Sanchez, 22 millions d'euros de chiffre d'affaires avec 20 000 tonnes par an, est le plus gros et le plus ancien grossiste du marché. Son dirigeant, Eric Pelloux explique sans sourciller : "beaucoup de ceux qui n'ont pas voulu suivre à Corbas étaient des petites structures qui nous gênaient pour faire nos marges. Une petite entreprise va vendre n'importe comment sans connaître les prix du marché et va nous gêner pour faire notre travail. Elles polluent notre marché". Certains auraient voulu suivre à Corbas, mais n'ont pas pu. Le statut de Marché d'Intérêt National (MIN) de Perrache permettait à petits et gros de cohabiter. Tous étaient locataires, mais le marché lyonnais a perdu le statut de MIN. à Corbas, tout le monde sera propriétaire. Le ticket d'entrée moyen est de deux millions d'euros pour un investissement total de quarante millions d'euros. à ce tarif, seuls les gros peuvent survivre. Dix-huit grossistes s'installeront donc dans deux bâtiments flambants neufs avec des hangars réfrigérés et beaucoup de volumes afin de stocker beaucoup plus de marchandises. "On va pouvoir développer nos entreprises. à Perrache, c'était impossible", explique Christian Berthe, président du futur marché. Ecoeuré, un petit grossiste rappelle que certains "ont oublié qu'ils ont été eux aussi des petits". Il taira son nom. Dès janvier, il travaillera comme simple employé chez un grossiste à Corbas et fermera son entreprise. Dans moins d'un mois, il ne gênera plus la marge des plus gros. D'ailleurs, ces derniers espèrent un chiffre d'affaires de 300 millions d'euros. Identique à celui de Perrache, où ils étaient un peu plus nombreux pour le réaliser. Cette concentration de grossistes aura assurément une conséquence sur les prix des fruits et légumes sur les marchés lyonnais. Mais certainement pas à la baisse.

Le futur marché de gros de Lyon-Corbas en chiffres
- 300 000 tonnes de fruits et légumes commercialisés chaque année.
- 1200 tonnes par jour.
- 2ème marché en tonnage fruits et légumes.
- 18 grossistes.
- 60 producteurs.
- 450 salariés.
- 300 millions d'euros de chiffre d'affaires.
- 35 000 m2 de surface totale (1200 m2 de surface moyenne par grossiste).

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