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© Cyrille Sabatier

Un spectacle tout près des sommets

Manier les symboles, s’adresser d’abord à l’imaginaire et délivrer dans le même mouvement une réflexion sur le monde contemporain… C’est souvent ce que cherchent les auteurs qui écrivent pour le jeune public. Tout en ayant le souci de ne jamais exclure les adultes qui les accompagnent par un ton trop naïf, ou même gnangnan. C’est ce que réussit admirablement Stéphane Jaubertie avec Everest, un texte que lui a commandé Nino d’Introna, metteur en scène et patron du Théâtre Nouvelle Génération.

Contrairement à ce que pourrait laisser croire son titre, la pièce ne se passe pas sur les sommets enneigés de l’Himalaya. Mais elle a pour sujet le sentiment d’élévation que chacun s’efforce d’atteindre. C’est le cas d’un jeune père qui, mordu par un mystérieux serpent, se retrouve affublé d’une taille minuscule, celle d’une cerise. Il imagine alors que le remède pour recouvrer sa stature normale est de lire tous les chefs-d’œuvre de la littérature, l’élévation de l’esprit devant immanquablement amener celle du corps. Son fils se dévoue pour l’aider dans cette entreprise, qui semble d’ailleurs donner les résultats attendus. N’était qu’elle vient aviver les tensions avec la mère, qui doit nourrir sa petite famille et préférerait que l’on investisse dans une nouvelle chaudière plutôt que dans une bibliothèque bien remplie.

L’aspect symbolique et merveilleux de cette histoire ainsi que les rebondissements extraordinaires qui émaillent son déroulement pourraient paraître trop appuyés. Mais ce n’est pas le cas, tant Stéphane Jaubertie a su intégrer cette fable à un contexte contemporain. Faire en sorte que les portes ouvertes sur un imaginaire débridé prennent toujours leur source dans le réel. Ainsi, le cadre renvoie aux difficultés ordinaires d’un couple qui se débat face au chômage, à l’usure du temps et aux tentations de la vie quotidienne. Tandis que la qualité de l’écriture, qui manie l’humour, permet de donner une vraie existence aux trois personnages de ce conte et aux liens qui les unissent.

On est touché et captivé de bout en bout. D’autant que la mise en scène de Nino d’Introna magnifie la poésie de la partition. D’une sobriété qui tient de l’épure, elle offre aux comédiens un cadre d’une grande beauté visuelle et sonore, où ils donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Everest. Jusqu’au 22 février, au Théâtre Nouvelle Génération. 23, rue de Bourgogne. Lyon 9e.

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