Scream 4 : le crime 2.0

Retour attendu et réussi de la franchise Scream où Wes Craven continue de décortiquer minutieusement le genre du slasher-movie à mesure qu'il dépèce ses victimes.

Plutôt que Scream 4 (ou Scre4m), le quatrième volet de la franchise Scream aurait pu s'appeler Scream 2.0 tant il semble dresser le portrait d'une génération qui était à peine née au moment de la sortie du film originel. Et qui tout en le connaissant par cœur, porte dessus un regard ultra-distancié à force d'avoir tout vu. A l'heure où le film d'horreur s'épanouit (plus ou moins bien) dans le faux documentaire (Rec, Paranormal Activity) ou le torture porn le plus insoutenable (Hostel, Saw), Scream 4 est tout autant un anachronisme qu'une gentille bluette.

D'autant qu'avec Scream (et dans une moindre mesure ses deux suites), ou Freddy sort de la nuit, Wes Craven, maître ès-slasher, avait habilement décortiqué, dépecé et mis en abîme un genre devenu trop attendu. Jusqu'à en faire un spectacle postmoderne où le film d'horreur classique, trop classique, contenait son propre commentaire, dénonçait ses propres ficelles pour mieux en jouer (et en jouir) et déjouer la peur. A l'époque même les Cahiers du Cinéma étaient restés sur les fesses. Après l'échec de My Soul to Take, non sorti en France, et quelques escapades hors du genre, Craven revient donc dix ans après à ses premières amours.

Dix ans après

Dix ans c'est l'intervalle idéal pour qu'un tueur revienne faire des siennes. Une décennie c'est l'intervalle rêvé pour que les protagonistes du film originel, dont Sidney (Neve Campbell qui ressort pour de bon des ténèbres de sa non-carrière), seule victime de toute l'histoire du film d'horreur à ne jamais mourir, se retrouvent. Et pour que tout recommence. Nous sommes toujours à Woodsboro où les crimes de jadis sont l'objet des blagues de la nouvelle génération : "les drames d'une génération sont les blagues de la suivante", commente le shériff (David Arquette), dans une analyse quasi-marxiste de l'Histoire. "Nouvelle décennie, nouvelles règles", dit l'affiche.

Car cette génération 2.0, celle des réseaux sociaux, a toutes les clés (on aime beaucoup l'appli I-phone qui imite la voix de Ghostface, le tueur au masque munchien). Et c'est à se demander, à entendre rire dans la salle, si Wes Craven cherche encore à lui faire peur. Non Scream 4 ne fait pas peur. On y joue à se faire peur et on ne prend jamais la menace très au sérieux, comme dans les remakes de l'histoire originale, la série des Stab, films dans le film, que le réalisateur exploite à merveille dans une scène d'ouverture réjouissante. Craven assume donc totalement le côté pop-corn movie de son film qu'il bourre jusqu'à la garde de références postpostmodernes.

Scream/Stab

A ce petit jeu, lui et le scénariste originel Kevin Williamson (l'homme à qui l'on doit aussi Dawson, c'est dire s'il aime torturer les ados), restent les plus forts, on croit qu'il nous ont déjà fait le coup (on connaît les codes), mais ils ajoutent (ou pas) le pas de côté qui fait tomber dans le panneau. Une manière de commenter ce qui fait le sel un peu pavlovien des films d'horreur : cet inattendu que l'on attend, cette répétition, ce systématisme de scènes obligées dont on espère toujours un peu qu'il sera modifié, même à la centième vision d'un DVD. Surtout, à travers les personnages des premiers Scream et les ados de ce quatrième volet, Craven remue la plaie d'un gouffre générationnel : si l'ironie et le postmodernisme des premiers Scream ont rendu la jeunesse insensible à la peur, ils l'ont aussi rendu insensible tout court.

L'ironie fondatrice de Scream laisse ainsi, du moins un temps, place au cynisme, au nihilisme et au narcissisme d'une génération Facebook/Twitter qui clame : "je n'ai pas besoin d'amis, j'ai besoin de fans". Ici, il s'agit bien pour ces jeunes de faire le remake de Scream/Stab, mais en vrai, en version télé-réalité (car en un peu trafiqué quand même). Bref d'avoir leur part du gâteau de cette société du spectacle où pour être connu "il suffit qu'il t'arrive un truc super merdique". Depuis le temps que les slasher movies les découpent en morceau, il fallait bien qu'un jour les ados trouvent un moyen d'en tirer gloire et profit.

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