Le procès des quatre accusés dans l'affaire du meurtre du commandant de gendarmerie Norbert Ambrosse s'est poursuivi aujourd'hui. La cour d'Assises du Rhône a tenté de reconstituer les faits du meurtre, le 24 juin 2007, grâce au témoignage du colonel Claude Rommvaux chargé de l'enquête.
Le cambriolage du stand de tir qui a conduit à la mort du commandant Ambrosse avait, semble t-il, été préparé des semaines auparavant par Florent Morat, le principal accusé. Lui et ses trois complices voulaient dérober des armes sur le stand de Saint Andéol cette nuit là. Mais les renseignements généraux étaient au courant de l'opération et avaient prévenu les gendarmes la veille.
Une opération mineure qui a mal tournée
Les hommes en bleu se rendent sur place le jour même pour effectuer des repérages et se rendent vite compte qu'il n'y a pas d'armes à feu à voler sur le stand de tir. Ils décident néanmoins de mener une opération afin de prendre le groupe en flagrant délit le soir même. Cependant, l'opération ne se passe pas comme prévue et Florent M., ainsi que son frère, surgissent par un autre endroit que celui prévu par les gendarmes. Les deux cambrioleurs tentent de démonter le local où ils croient que des armes à feu sont entreposées. Ils se font surprendre par les gendarmes. C'est cette surprise que Florent M. a évoquée lors de la deuxième journée d'audience pour justifier son tir en direction du commandant Ambrosse, touché mortellement. Cet enchaînement de faits a été évoqué et décortiqué une bonne partie de la matinée, mardi.
Des jeunes en mal de reconnaissance
Sur les quatre personnes présentes dans le box des accusés au procès, seul Florent Morat est poursuivi pour meurtre. Les avocats des deux parties ainsi que le procureur général et le président de la cour ont tout de même tenté de comprendre ce matin, le degré de responsabilité des autres trois jeunes dans cette affaire.
Lundi, leurs profils psychologiques ont été dressés à travers leurs témoignages et ceux de leurs proches. Il a notamment été question de leurs sympathies et de leurs éventuelles participations à des groupes d'extrême droite, décrites par les intéressés comme “des conneries“ de jeunes en mal de reconnaissance. Les proches des accusés appelés à la barre n'ont pourtant pas tari d'éloges à propos de ces derniers. Les trois complices s'entendent tout de même sur un point : ils n'ont fait que suivre les instructions données par Florent M. Alexandre R., l'un d'entre eux, embarqué au dernier moment dans le raid pour faire le guetteur affirme notamment qu'il avait peur de partir. Il dit de Florent M. : “il était charismatique. Il en imposait“.
Un fanatique des armes à feu
Au cours de ces deux journées d'audience, c'est donc le profil de Florent M. qui a le plus intrigué la cour. Ancien militaire et fanatique des armes à feu, il est décrit comme mythomane. Exclu de l'Armée, il dit avoir conservé le goût des opérations militaires. Mais le jeune homme de 25 ans n'est plus le même aujourd'hui. Affaibli par un accident cardio-circulatoire qui lui a laissé de lourdes séquelles, il parle d'une voix caverneuse avec de réelles difficultés d'expression. Lors de l'audience, son discours avait parfois des allures de marmonnement inaudible.
Florent M. a avoué aujourd'hui avoir tiré “par réflexe“. Il l'avait nié pourtant lors de ses précédentes dépositions, la thèse du tir réflexe ayant été jugée peu crédible au vu du profil de l'ancien militaire, spécialiste du tir de précision. Son frère a raconté les faits en tremblant : “je suis content que mon frère fasse preuve de cette honnêteté“ et d'ajouter en hésitant : “je lui en ai beaucoup voulu“. Quant au mobile, il reste flou. Ce n'est apparemment pas l'appât du gain qui a incité Florent Morat à cambrioler le stand mais plutôt l'« amour des armes » comme l'affirme son frère Adrien.
Mardi, à la mi-journée, beaucoup de questions restent donc encore en suspens. Le colonel Rommvaux, interrogé par les avocats de la défense, a confirmé que le commandant Ambrosse ne portait pas de gilet par balle lors de l'opération. L'avocat d'Alexandre Arnaud, Me Sauvayre, interroge également le militaire sur le motif de l'opération, alors qu'il n'y avait pas de présence d'armes. A cette question, le colonel, soucieux, répond : « C'est une vrai question mais je n'ai pas la réponse. » saisissant peut-être toute la vacuité d'une opération qui a entrainé la mort d'un officier “adoré de ses hommes".