Psychologue et auteur de deux ouvrages, Marie-Catherine Ribeaud interpelle les parlementaires pour que soit votée une loi interdisant la burqa. Elle nous envoie ce texte:
“Une aire de jeux dans une banlieue tranquille de Seine et Marne. C’est le début du printemps, il fait doux, plusieurs enfants jouent dans le sable ou sur les balançoires. Deux petites filles se partagent joyeusement le toboggan, elles rient, se bousculent un peu, elles ont environ 5 ans. Non loin d’elles, leurs deux mamans discutent. Quoi de plus habituel, de plus charmant, des enfants qui jouent, deux petites filles, deux mamans“.
Un doux printemps, en banlieue parisienne
“Oui mais… les deux mamans sont recouvertes par le tchador de la tête aux pieds. Et alors, ne sont-elles pas libres de s’habiller comme elles l’entendent ? Oui mais… les petites filles aussi sont recouvertes de la tête aux pieds. Non par le tchador, sans doute n’en existe-t-il pas à leur taille. Mais toutes deux portent un pantalon recouvert jusqu’aux genoux par une tunique qui dépasse de leur manteau. Sur leur tête et autour de leur cou est noué un foulard : comme le voile islamique, il ne découvre que le visage. Nous sommes dans une banlieue tranquille, le printemps est là et il fait si doux que certains enfants sont même en tee-shirt“.
De jeunes corps marqués par la honte
“Dans un livre paru en 2003 chez Gallimard, Chahdortt Djavann raconte son enfance iranienne bouleversée par l’arrivée au pouvoir de Khomeyni : ouvrage remarquable, qui analyse avec finesse les répercussions de cet emprisonnement vestimentaire sur le développement psychologique des filles. Il ne s’agit pas seulement de l’image, imposée à tous, de ces femmes qui ne peuvent sortir de chez elles qu’entièrement dissimulées : image qui, déjà, imprime une trace durable chez tous les enfants, filles et garçons, marquant à jamais leur perception du genre féminin.
Mais il s’agit surtout du sentiment de soi intériorisé par les petites filles dès leur petite enfance : ces jeunes corps entravés, marqués par la honte, cachés, sont ainsi désignés au regard de tous dès leur plus jeune âge comme la propriété des hommes ; donc, paradoxalement, comme des objets sexuels“.
Il s’agit de nos enfants, des fondements de leur éducation
“Alors que se discute la possibilité d’interdire ou non la burqa dans l’espace public, pensez, mesdames et messieurs les législateurs, aux enfants, filles et garçons, et souvenez-vous des principes fondamentaux de notre République : liberté, égalité, fraternité.
Pour un petit enfant, la liberté est d’abord celle d’un corps libre de ses mouvements et dont on n’a pas honte.
L’égalité part d’une conviction intime, dès le plus jeune âge, que filles et garçons ont droit au même respect et à la même attention concernant leur développement physique et psychologique. La fraternité découle des deux principes précédents : seuls des êtres libres et égaux peuvent la pratiquer.
Or, derrière la burqa, il y a la charia qui ne respecte aucun de ces trois principes pour les humains du sexe féminin : la femme est soumise à l’homme parce qu’elle est sa propriété et qu’elle lui est inférieure ; il ne saurait donc être question de fraternité entre filles et garçons. Alors, mesdames et messieurs les législateurs, ne faites pas semblant de croire qu’il s’agit là d’une affaire vestimentaire, ou même d’une anodine tradition qui ne ferait de mal à personne. Il s’agit de nos enfants, des fondements de leur éducation, et de ce que nos filles sont en droit d’attendre de notre République“.
Marie-Catherine Ribeaud, psychologue, auteur de "Les enfants des exclus" et "La maternité en milieu sous-prolétaire", publiés chez Stock. Elle est aussi auteur d'un roman, "J'ai serré les poings et les dents", chez l'Harmattan (2013).
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