Jeudi, deux hommes et une femme ont été condamnés pour ces délits par des peines allant jusqu'à 18 mois de prison. Chronique d'une journée au tribunal de grande instance de Lyon.
'Je veux aller en prison'
La justice est rendue au nom du peuple. Les jugements en comparutions immédiates sont donc publics. N'en déplaise à certains. F. est agité dans le box des prévenus. Clamant haut et fort qu'il ne souhaite pas être assisté d'un avocat, l'homme de 28 ans ne " supporte pas les gens qui sont présents ici comme si on était au cinéma ". Jean marine et veste de survêtement bleu, le prévenu en rajoute. " Moi je veux être jugé en huis clos ". Et pourtant, l'homme est un habitué des tribunaux. Recel, port d'arme, vol avec violence, outrage. La liste de ses condamnations est déjà bien remplie pour son âge.
Son dernier coup remonte à mercredi. Pris d'une soudaine " envie de se faire plaisir ", le jeune homme sort de la Fnac Part Dieu un carton dans chaque main sans passer par la caisse. Repéré, F. s'en prend verbalement aux agents de sécurité venus l'interpeller pour les vols d'un ordinateur portable et d'un téléphone. " J'ai aussi insulté le président de la République monsieur le président !", s'exclame t-il avec le sourire. " A quoi bon en rajouter jeune homme ", tempère le juge. " Je veux la peine plancher monsieur le président. Je veux aller en prison " rétorque F., défiant du regard le juge puis la procureure.
Constatant un " comportement problématique " et des propos " atterrants " durant l'audience, la procureure requiert une peine d'un an de prison ferme avec mandat de dépôt, peine plancher pour le récidiviste. Impatient de connaitre son jugement, F. semble satisfait d'entendre le président annoncer sa peine. Un an de prison ferme avec mandat de dépôt et obligation de prise de soin. Ses désirs viennent d'être exaucés.
Une lame de cutter dans son slip
S. est un homme de 31 ans au physique aussi imposant que son casier judiciaire. Le 11 mars dernier, il est interpellé par les forces de l'ordre pour des faits de violences et de dégradation d'une voiture. Une dispute avec l'ex ami de sa sœur avait mal tournée. Conduit au poste de police et placé en garde à vue, S. dérape une nouvelle fois. Refusant la fouille au corps, il sort une lame de cutter de son slip et s'entaille l'avant bras gauche avant de brandir l'arme blanche en direction d'un policier.
Cheveux noirs et collier de barbe, le prévenu nie en bloc les faits qui lui sont reprochés. " Je n'ai ni dégradé ce véhicule, ni menacé personne ", explique S. avec calme. " Mais les policiers attestent que vous les avez menacés en garde à vue ", insiste le juge. " Je ne me souviens de rien. Après m'être entaillé le bras, je crois que je me suis évanoui ", répond le prévenu, montrant au juge sa cicatrice.
Rappelant " le passé judiciaire important " du prévenu multirécidiviste et soulignant son " état psychiatrique complexe ", la représentante du ministère public requiert 18 mois de prison dont six assortis d'un sursis et mise à l'épreuve accompagnés d'une prise de soin. Peine retenue après délibéré.
Prise la main dans le sac
Dernière audience. Lorsque L. se présente face au président du tribunal, le dos courbé et la tête basse, son avocat précise immédiatement que sa cliente " est particulièrement fragile ". Vêtue d'un long pull à col roulé gris, la prévenue est une femme âgée de 35 ans résidant à Vénissieux. Elle est soupçonnée d'avoir volé la somme de 60 euros à une personne âgée alors qu'elle se déplaçait dans la même rame de métro. Trois policiers l'ont prise en flagrant délit " voyant la main de la prévenue soutirer la somme d'argent dans le sac de la vieille dame ".
Effondrée, L. bafoue quelques phrases entre deux sanglots, niant le vol. " J'ai gagné cet argent à la Française des Jeux. Je n'ai pas volé cette dame ", ne cesse de répéter la femme qui vit d'une allocation handicapée Cotorep. " Il n'y a pas d'autre preuve que le témoignage de trois policiers qui étaient plus ou moins proches de ma cliente au milieu d'une foule de personne. D'autre part, personne n'a daigné se rendre dans le tabac-presse où elle joue pour vérifier si elle avait gagné ou pas ce jour là ", a expliqué son avocat, plaidant la relaxe.
Au retour du délibéré, le tribunal annonce que le jugement est renvoyé au 8 juillet afin d'établir une expertise clinique. Le juge ajoute que la prévenue est maintenue en détention provisoire avec un mandat de dépôt.
Emeric Merlin