Nouvelle traduction de "L’Attrape-cœurs" de J. D. Salinger : Je d’enfant

Le roman adolescent le plus brillant de l’histoire de la littérature, L’Attrape-cœurs, est un véritable défi de traduction. Alice Déon et Jean Esch contribuent à rendre le texte immortel de Salinger un peu plus actuel.

Quand vient la rentrée littéraire, choisir un livre (et même plus, pour les plus insatiables) parmi la poignée de centaines publiés en quelques semaines revient à déambuler dans le menu Netflix à la recherche d’un film un samedi soir. Alors pourquoi ne pas lire un classique ?

Un classique tout frais, même. Après tout, la rentrée est aussi l’occasion de voir fleurir sur les étals de libraires de nouvelles traductions de classiques un peu poussiéreux.

Monument de la pop culture

Après Le Bruit et la Fureur l’an dernier, cette rentrée nous offre la nouvelle traduction du très culte L’Attrape-cœurs. Sans doute le roman adolescent le plus brillant de l’histoire de la littérature, devenu un monument de la pop culture et un jalon référentiel pour beaucoup.

Un choc pour plusieurs générations, dont certaines bien postérieures à sa parution en 1951. Vendu à 90 millions d’exemplaires, L’Attrape-cœurs se lit toujours aussi bien et frappe toujours aussi juste le cœur d’un adolescent.

Il relate trois jours de l’errance du jeune Holden Caulfield. Errance physique dans New York, errance psychologique aussi puisque sa confession, son monologue, traduit la peur de grandir, l’incompréhension des adultes, le deuil de son frère Allie et bien des questionnements existentiels que l’on pourrait résumer ainsi : où va l’enfance quand on grandit ?

Et s’il se lit toujours aussi bien, nul doute qu’une nouvelle traduction y contribue pleinement. Car comme pour le Faulkner de Le Bruit et la Fureur, comme le Mark Twain de Les Aventures de Huckleberry Finn, deux chefs-d’œuvre farcis d’argot, L’Attrape-cœurs est un véritable défi de traduction.

Argot

Salinger a écrit comme pense l’adolescent de son roman, fruit de son époque qui s’adresse directement au lecteur (du moins croit-on), dans une sorte d’argot de la jeunesse upper-class américaine. Une langue qui fit à peu près le même effet à la critique états-unienne que la révolution orale opérée par Céline en France avec Le Voyage au bout de la nuit. Et une langue guère plus aisée à adapter pour un traducteur que les patois du Mississippi de Mark Twain.

Forcément les traductions initiales de L’Attrape-cœurs avaient sans doute un peu vieilli, celle-ci contribue à rendre le texte immortel de Salinger un peu plus actuel, sans rien lui faire perdre de son authenticité, ou, toute traduction restant une trahison, le moins possible.

L’Attrape-cœurs – J. D. Salinger, traduit par Alice Déon et Jean Esch, éditions de La Table Ronde/Quai Voltaire, 304 p., 14 €.

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