Dans Rendez-vous sur l’autre rive, nouvel opus de de Jay McInerne, on retrouve ses personnages new-yorkais de Trente ans et des poussières, désormais septuagénaires, qui sont confrontés au Covid et à leur propre couple en plein déclin.
Toutes proportions gardées, les Calloway sont un peu les Rougon-Macquart de Jay McInerney. Certes, l’ex-golden boy de la littérature new-yorkaise révélé par Bright Lights, Big City en 1984 (il a alors 29 ans), roman écrit à la deuxième personne, n’a pas grand-chose à voir avec Zola.
Mais il n’empêche que ses romans décrivent eux aussi au plus près une société et son envers, celle des yuppies et de l’intelligentsia de l’Upper East Side de Big Apple. Un havre friqué autant que cloaque pourri jusqu’à la moelle de la bonne société de la côte Est.
Son œuvre a suscité pas mal de vocations, y compris en France où McInerney est vénéré, comme son ami Bret Easton Ellis. Et pas toujours pour le meilleur, par toute une ribambelle d’auteurs parisiens qui pensaient qu’il suffisait de mettre de la coke dans un roman pour faire jeu égal (entre ici, Beigbeder).
De l’ère Reagan à aujourd’hui
Les Calloway, ce sont Russell et Corrine, éditeur et ancienne tradeuse reconvertie dans l’humanitaire, découverts dans Trente ans et des poussières, l’autre roman culte de McInerney.
On a suivi leurs pérégrinations de l’ère Reagan à aujourd’hui, au gré de La Belle Vie et Les Jours enfuis. On les a vus survivre, entre autres, eux et leur New York, au 11 septembre et à la crise des subprimes de 2008.
Dans Rendez-vous sur l’autre rive, les voici confrontés, désormais septuagénaires, au Covid, au couple qui ne s’use plus à force de l’être déjà trop, aux péripéties de leurs enfants (leur fils fait la campagne de Bernie Sanders, leur fille ouvre un restaurant).
Le tout dans un confort certain et une avalanche de name-dropping, notamment culinaire. Mais le livre, au titre particulièrement évocateur d’une fin approchant à grands pas, est surtout l’occasion de clore le chapitre des Calloway.
Dans Trente ans et des poussières, ils étaient, comme leur auteur, de fringants jeunes New-Yorkais au sein d’une société particulièrement insouciante, égoïste, et sans doute inconsciente. Celle d’une génération qui se foutait de tout puisque tout était possible et que rien n’avait vraiment de conséquences. Même si McInerney, qui partageait leur mode de vie à l’excès, démontrait la vanité et l’artificialité de ce monde.
En 2026, plus que jamais, l’insouciance, ou ce qu’on prenait pour tel, envolée, les trente ans sont loin.
Ne reste que la poussière.
Rendez-vous sur l’autre rive – Jay McInerney, traduit par Thierry Decottignies, Éditions de l’Olivier, 336 p., 23,50 €.