La mise en scène de Robin Renucci de L’École des femmes est à l’affiche du Radiant. Excellente occasion de voir ce spectacle qui dépoussière l’œuvre de Molière.
C’est un lieu commun d’affirmer que les grandes œuvres du passé ne perdent rien de leur acuité en traversant les décennies et même les siècles. Mais il se trouve que c’est souvent vrai. En tout cas, L’École des femmes, mise en scène par Robin Renucci, a connu un formidable succès public – et critique – lors de la longue série de représentations qui a eu lieu cet été au château de Grignan. Notamment parce que c’est François Morel qui tient, avec brio, le rôle – prépondérant – d’Arnolphe. Mais surtout parce que Robin Renucci, metteur en scène talentueux, directeur de La Criée de Marseille depuis 2022, a considérablement dépoussiéré la pièce, tout en en gardant l’insolence et la vivacité.
Mariages forcés et l’intransigeance masculine
Certes Molière n’était pas féministe (et encore moins “néo-féministe” !) au sens actuel du terme. Sans parler de son époque, qui accordait aux femmes une place secondaire sinon négligeable. Mais cela n’empêche pas, de manière incontestable, L’École des femmes (comédie créée au théâtre du Palais-Royal le 26 décembre 1662) de pointer clairement les excès du patriarcat, les mariages forcés et l’intransigeance masculine. (Ce qui entraîna d’ailleurs un succès de scandale.) En ridiculisant le personnage d’Arnolphe, vieux barbon qui veut épouser une toute jeune fille, Agnès, et la maintenir dans l’ignorance pour mieux la contrôler, Molière dénonçait l’idée que les femmes doivent être éduquées dans le seul but d’obéir, et avant tout aux hommes (père, mari, frère).
Une jeune fille d’aujourd’hui
Robin Renucci s’appuie sur cette critique mais la pousse plus loin, jusqu’à proposer un dénouement différent (que l’on ne révélera pas ici). Son Agnès, incarnée avec une énergie vive par Juliette Cahon, est volontairement plus jeune que chez Molière, elle a 13 ans au lieu de 17 dans le texte original. Mais elle gagne très vite en maturité. Et son émancipation est davantage mise en avant. Elle apparaît comme une femme qui apprend à penser par elle-même et à choisir sa vie. En somme, c’est une jeune fille d’aujourd’hui.
À rebours de l’Arnolphe joué par François Morel qui apparaît comme une incarnation passéiste des mécanismes de domination masculine et d’emprise sur les femmes, totalement rejetés aujourd’hui, du moins dans le monde occidental. Il n’est qu’une figure comique du mari jaloux et autoritaire dont les ruses et manipulations pathétiques échouent l’une après l’autre.
Le texte garde son aspect mordant et sa vis comica, que les spectateurs actuels, toutes générations confondues, applaudissent avec enthousiasme ; tout en prolongeant une réflexion lucide sur la condition féminine dont Molière semble un précurseur.
L’École des femmes –Les 20 et 21 octobre au Radiant-Bellevue, Caluire
