Claire Iselin, directrice de Lugdunum - Musée et théâtres romains, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
À partir du 2 octobre 2026 et jusqu'au 6 juin 2027, Lugdunum propose "Passé antérieur -Voir au-delà des vestiges", une exposition consacrée aux différentes manières de reconstituer l'Antiquité romaine. Entre archéologie, nouvelles technologies et création artistique, le musée entend montrer "comment est-ce qu'on restitue, comment est-ce qu'on reconstitue l'Antiquité romaine", explique Claire Iselin. Une réflexion qui prend notamment en compte l'essor de l'intelligence artificielle et les images qu'elle produit. Le musée entend ainsi distinguer les restitutions fondées sur des sources scientifiques des représentations relevant davantage de l'imaginaire.
Les aquarelles inédites de Jean-Claude Golvin
Parmi les pièces maîtresses de l'exposition figurent une vingtaine d'aquarelles inédites de l'architecte et archéologue Jean-Claude Golvin, consacrées à Lugdunum au IIe siècle, période durant laquelle la ville connaît son développement le plus important. "On travaille sur des sources et ce qu'on appelle la collégialité scientifique, c'est-à-dire qu'on va réunir un certain nombre d'experts sur le sujet, on va débattre, on va émettre des hypothèses", détaille Claire Iselin. L'exposition confronte également ces restitutions scientifiques à d'autres formes de création, notamment les décors de la série "Rome" ou les univers conçus pour le jeu vidéo. Le parcours s'appuie enfin sur une restitution numérique de Lugdunum et sur l'archéologie expérimentale, avec notamment la construction d'une maison antique. L'immersion est aussi sensorielle : sons et odeurs permettent aux visiteurs de se rapprocher de l'ambiance d'une ville romaine, notamment de son port. "Vous vous promenez dans la ville de Lugdunum il y a 2 000 ans, vous pouvez sentir les effluves du port, vous pouvez entendre les bruits", décrit la directrice du musée. L'exposition est accessible à tous et pensée notamment pour les familles, avec un livret-jeu conseillé à partir de 6-7 ans.
Plus de détails dans la vidéo :
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La retranscription complète de l'émission avec Claire Iselin :
Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler de culture, on va parler de la dernière exposition de Lugdunum – Musée et théâtres romains, sur la colline de Fourvière, après le succès de son exposition anniversaire « C'est canon ! L'art chez les Romains », qui a attiré plus de 100 000 visiteurs. Le musée lance une nouvelle exposition qui s'appelle « Passé antérieur – Voir au-delà des vestiges ».
Elle se tient du 2 octobre 2026 au 6 juin 2027. C'est une plongée dans les coulisses de la reconstitution historique et, pour en parler, nous recevons Claire Iselin, qui est directrice de Lugdunum – Musée et théâtres romains. Bonjour, Claire Iselin.
On va rentrer dans le vif du sujet. D'abord, pourquoi avoir choisi de consacrer une exposition tout entière à la reconstitution historique sur l'Antiquité ?
On a voulu se poser la question de comment est-ce qu'on restitue, comment est-ce qu'on reconstitue l'Antiquité romaine.
Ça répond à la genèse de l'exposition : pourquoi avoir eu cette idée maintenant ? Il y a une actualité particulière ou simplement un alignement des planètes, peut-être logistique ?
Alors, plusieurs choses, oui. Les images qu'on voit sur Internet, c'est intéressant de se demander comment est-ce qu'elles ont été constituées. C'est-à-dire : quelles sources est-ce qu'on propose en IA, par exemple ? Est-ce la même chose que ce qu'on propose avec un comité scientifique ?
Ça, c'est une chose. Par ailleurs, nous, on avait travaillé depuis deux ou trois ans déjà sur une maquette numérique de la ville de Lyon il y a 2 000 ans, donc de Lugdunum, qu'on a exposée dans Explore Lyon antique, le dispositif de médiation sur site, mais aussi qu'on peut montrer aux visiteurs. Et par ailleurs, on a travaillé avec un architecte, archéologue, dessinateur, Jean-Claude Golvin, qui a réalisé une vingtaine d'aquarelles pour cette exposition, et qui était intéressant de montrer.
Alors, vous pouvez juste un petit peu nous présenter Jean-Claude Golvin, peut-être, qui n'est pas forcément connu du grand public, et qu'est-ce qu'il apporte ? Qu'est-ce que son regard apporte sur cette exposition ?
Alors, Jean-Claude Golvin, c'est un personnage extraordinaire. Il a désormais plus de 80 ans et c'est un architecte d'abord, qui a collaboré en étant aussi dessinateur, bien sûr, selon les règles de l'architecture. Vous savez qu'on dessine avant de la modéliser en trois dimensions sur un certain nombre de chantiers archéologiques, notamment celui de Karnak, en Égypte. Et donc, il a commencé à réaliser des vues à la fois de sites d'Afrique du Nord, en Tunisie, en Égypte, puis s'est spécialisé sur tout le bassin méditerranéen, et il a fortement contribué à restituer les villes antiques telles qu'on a pu les voir dans les manuels spécialisés d'archéologie. On va dire que les archéologues le connaissent tous très bien.
C'est une référence mondiale.
C'est une référence mondiale, et c'est surtout quelqu'un qui s'est ouvert très tôt, dès les années 1980, aussi aux techniques numériques, c'est-à-dire qu'il a collaboré à la numérisation des données, notamment avec Ubisoft, par exemple, pour des jeux vidéo.
Alors, si vous voulez, on peut en parler maintenant. L'exposition, effectivement, travaille sur l'idée de reconstitution sous différentes formes. Et pourquoi, voilà, vous avez des liens avec les jeux vidéo, avec la série Rome aussi.
Est-ce que vous pouvez nous dire un mot autour de cette culture plus populaire qu'on n'attendait pas forcément à côté d'un travail sur l'archéologie ?
Alors, dans la restitution de l'Antiquité, il y a plein de sources qui se confondent. Donc, ça peut être les écrits, ça peut être l'iconographie, le résultat des fouilles. Et après, avec ces sources, on peut réaliser différentes formes de restitution.
Donc, les dessins de Jean-Claude Golvin, dont je viens de vous parler, une vingtaine d'aquarelles inédites de Lyon.
Jamais été montrées au public ?
Jamais montrées au public, en fait, qu'on voit à la fois dans l'exposition temporaire mais aussi dans le parcours permanent. C'est l'occasion de revisiter le musée.
Et c'est important de dire qu'elles sont vraiment sourcées scientifiquement. Elles n'ont rien à voir avec, exactement, les images que peuvent produire l'IA, on en parlait avant l'émission. C'est important de dire : ce ne sont pas des dessins tirés de l'imagination de Jean-Claude Golvin, ce sont des dessins qui permettent de comprendre comment était la ville de Lugdunum au deuxième siècle, si je ne dis pas de bêtises.
Oui, c'est ça. On a choisi le deuxième siècle parce que c'est l'époque où la ville est la plus développée. Oui, on travaille sur des sources et ce qu'on appelle la collégialité scientifique, c'est-à-dire qu'on va réunir un certain nombre d'experts sur le sujet, on va débattre, on va émettre des hypothèses et ces hypothèses, bien sûr, à tout moment, elles peuvent être revues. Notamment, la technologie numérique le permet. Donc, on va voir des dessins, on va voir aussi une restitution 3D de la ville de Lugdunum avec ces technologies numériques, mais on va voir aussi de l'archéologie expérimentale, c'est-à-dire, par exemple, vous avez des personnes qui restituent les métiers de charpentier et qui construisent une maison à l'antique, et les visiteurs vont être chargés finalement d'en faire la décoration, c'est-à-dire mosaïque et peinture sur les murs. Ils vont pouvoir le montrer au public à la fin de l'exposition.
Mais on a aussi voulu travailler sur la question de l'imaginaire et aussi du côté créatif. Par exemple, on a travaillé avec le réalisateur des décors de la série Rome. Vous savez, la série Rome qui a servi aussi de décor à la série Kaamelott.
Oui, tout à fait. Alexandre Astier, que les Lyonnais connaissent bien, qui a fait un travail remarquable, parce que lui, il a confronté à la fois les sources historiques, en fait, mais il s'est aussi inspiré de villes cosmopolites, modernes, comme New Delhi, par exemple, comme Mexico, et il a confronté notamment la couleur, mais aussi la saleté, les travaux en cours.
C'est-à-dire qu'on est dans quelque chose de très concret dans la restitution qui est faite au public.
Il y a l'odeur, le bruit ?
Alors, on le regarde à la télé ou sur un grand écran, on n'aura pas ces éléments-là, mais par contre, dans l'exposition, oui, vous avez aussi des bruits et des odeurs, puisque, par exemple, vous êtes dans un port. Vous vous promenez dans la ville de Lugdunum il y a 2 000 ans, vous pouvez sentir les effluves du port, vous pouvez entendre les bruits, vous pouvez sentir aussi les produits qui étaient vendus dans le port, les sauces à base de poisson, les vins, donc c'est très immersif.
Donc, très concrètement, quand même, il y a une immersion qui est importante. On arrive à la fin de l'émission. Est-ce que, aussi, on peut venir avec des enfants et à partir de quel âge ?
Oui, vous pouvez venir avec des enfants, bien sûr. Vous en profitez vraiment à partir de l'âge de 7 ans. Il y a un petit livret de jeux pour les enfants et puis une programmation très riche tout autour de l'exposition.
C'est aussi pensé pour eux. Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup, Claire Iselin, d'être venue sur notre plateau. Quant à vous, je vous remercie d'avoir suivi cette émission. Vous l'avez compris :
Elle s'appelle « Passé antérieur – Voir au-delà des vestiges », elle se tient jusqu'au 6 juin 2027. Les enfants sont les bienvenus, vous pourrez retrouver plus de détails sur le site lyoncapitale.fr. Je vous dis à très bientôt.

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